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Il s’arrêta, la bouche demi béante, la prunelle dilatée, faisant à sa mémoire un de ces énergiques appels qui concentrent la pensée sur un point unique.

Tout à coup, il se frappa le front.

– J’y suis, disait-il, j’y suis! Comment, diable! n’ai-je pas aperçu cela du premier coup d’œil? Tous ces mots ont été découpés dans un paroissien. Au surplus, nous allons bien voir, il est un moyen de vérification.

Alors, délicatement, du bout de sa langue, il mouilla quelques-uns des mots collés sur le papier, et lorsqu’il vit la colle assez humide, s’aidant d’une épingle il réussit à les détacher. À l’envers d’un de ces mots, un mot latin était imprimé: Deus .

– Eh! eh! fit-il avec un petit rire de satisfaction, j’avais deviné. Papa Tabaret, s’il était ici, serait content.

Mais qu’est devenu le paroissien mutilé? L’a-t-on brûlé? Non, parce qu’un livre relié ne brûle pas comme cela. On l’aura jeté dans quelque coin.

M. Verduret s’interrompit; le concierge rentrait, ramenant le commissio

– Ah! tu arrives à propos, mon garçon, dit le gros homme de son air le plus ouvert.

Et présentant au commissio

– Te souviens-tu, lui demanda-t-il, d’avoir apporté ce pli ici ce matin?

– Parfaitement, monsieur, d’autant mieux que j’avais remarqué l’adresse: on n’en voit pas beaucoup de pareilles, n’est-il pas vrai?

– Je suis de ton avis. Et qui t’a chargé de l’apporter? Est-ce un homme, est-ce une femme?

– Non, monsieur, c’est un commissio

Cette réponse, qui égaya singulièrement le concierge, ne fit même pas sourire M. Verduret.

– Un commissio

– Je ne l’avais jamais tant vu.

– Comment est-il?

– Ma foi! monsieur, ni grand ni petit; il était vêtu d’une veste de velours verdâtre, il avait sa médaille.

– Diable! mon garçon, le signalement est vague et peut s’appliquer à beaucoup de commissio

– Non, monsieur. Il m’a seulement dit, en me mettant dix sous dans la main: «Tiens, porte cela rue Chaptal, au 39, c’est un cocher qui me l’a remis sur le boulevard…» Dix sous! je suis sûr qu’il a gagné sur moi.

Cette réponse sembla un peu déconcerter M. Verduret. Tant de précautions prises pour faire parvenir cette lettre à Prosper l’inquiétaient et dérangeaient ses plans.

– Enfin, reprit-il, reco

– Pour cela, oui, monsieur, si je le voyais.

– Alors, attention. Combien ton état te rapporte-t-il par jour?

– Dame! monsieur, je ne sais pas au juste, mais j’ai un bon coin, allez; enfin, mettons entre huit et dix francs par jour.

– Eh bien! mon garçon, je vais te do

– Peste! je le crois bien, bourgeois.

– Alors, ne perds pas une minute, en route!

Bien qu’ignorant le plan de M. Verduret, Prosper commençait à s’expliquer le sens de ses investigations. Sa vie dépendait pour ainsi dire du succès, et cependant, il l’oubliait presque pour admirer la vivacité de ce singulier aide que lui avait légué son père, son sang-froid goguenard, la sûreté de ses inductions, la fertilité de ses expédients, la rapidité de ses manœuvres.

– Ainsi, monsieur, demanda-t-il, quand le commissio

– Plus que jamais, et d’une femme dévote, qui plus est, d’une femme, dans tous les cas, qui possédait au moins deux paroissiens, puisque pour vous écrire elle en a mutilé un.

– Et vous avez quelque espoir de le retrouver?

– Dites un grand espoir, mon cher Prosper, grâce à des moyens que j’ai de recherches immédiates, moyens que je vais utiliser sur-le-champ.

Il s’assit sur ces derniers mots, et rapidement griffo

– Vous êtes prêt, demanda-t-il, pour notre visite à monsieur Fauvel? Oui? Alors partons, nous aurons bien gagné notre déjeuner.