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Je voyais la jambe gauche de Pollux Lesiak, le pied, la cheville, le mollet, le genou, je voyais la cuisse de Pollux Lesiak. Je voyais la courbe d'un sein. Allez, pouce. Vercingétorix des sens, j'ai jeté mon bouclier aux pieds de l'arrogante ceinture en éponge. Non, je n'allais pas me refuser plus longtemps. Prends possession de moi, luxure, puisque tu as su faire courber l'échiné à ma vertu. (Ma vertu n'était qu'un calcul de séducteur à la manque, mais perso

Je fais le malin, mais je fondais littéralement devant cette femme simple (inutile de préciser qu'elle ne prenait pas de poses langoureuses, qu'elle ne battait pas des paupières, qu'elle n'écartait pas progressivement les jambes: elle restait absolument simple). Je n'avais pas seulement envie de coucher avec elle, c'était presque un détail: en la voyant, j'avais envie de me fondre en elle, de m'associer à elle, physiquement, comme un fantôme qui rejoint un corps mortel, comme une diapositive que l'on superpose à une autre.

Elle commençait à do

– Tu viens?

Ce n'était pas une proposition timide. Ce n'était pas non plus une incitation à la débauche, au parfum de trottoir. C'était juste une question. Comme si je dormais ici depuis plusieurs mois. Comme si je m'attardais devant la télé. Ou comme si nous avions déjà abordé le sujet pendant le repas («Bon, alors c'est entendu: vers 2 h 30, on baise. J'étais sûr qu'on allait s'entendre. Je te ressers un peu de riz?»). J'ai toujours été estomaqué par l'aisance des femmes dans cet exercice, par l'insouciance et la spontanéité dont elles font preuve lorsqu'il s’agit de passer à la chose. Ça m'abasourdit et m'abasourdira jusqu'à la fin de mes jours. À croire qu'elles ont fait ça toute leur vie. L'homme est naturel dans le domaine du foot, de la voiture ou de la politique, la femme est, entre autres, naturelle dans le domaine de la chose. Du sexe, allez, disons le mot. Tant pis, la vérité est à ce prix. Du SEXE. C'est la femme qui veille sur la flamme du SEXE. Elle l'a en elle. Elle l'entretient. Elle la co

Je me suis levé du divan, à l'aise comme une momie. J'étais sur le point de louper une bo

Les quatre pas qui me séparaient du lit ont sans doute été les plus empruntés de l'histoire de la marche. À avancer ainsi vers elle allongée, j'avais l'impression d’aller au charbon. Heureusement, Pollux a eu la bonté, la présence d'esprit, la délicatesse de ne pas me fixer des yeux pendant mon approche – elle a tourné la tête vers la table de chevet et le radioréveil, l'air de se demander ce que pouvait bien faire là cet appareil noir avec de gros chiffres rouges. L'être parfait.

Arrivé près du lit, je n'avais plus d'idée pour la suite. Les trois mètres étaient franchis, très bien, mais maintenant? Elle me regardait – elle ne pouvait pas non plus feindre de s'intéresser au radioréveil pendant dix minutes -, elle me regardait et semblait attendre quelque chose de ma part, mais quoi? Je dois réfléchir vite, ce n'est pas le moment de me tromper.

Je me déshabille? Il faudrait. Elle est presque couchée, en peignoir, je ne peux pas m'allonger tout habillé près d'elle, les bras le long du corps. Mais si je me déshabille maintenant, ça ne fait pas un peu vicelard?

Je m'assieds sur le bord du lit? Et puis? Il faudra qu'elle reformule sa question autrement («Est-ce que tu viens, finalement?»). Mais quoi, alors? Je me laisse tomber sur elle, lourd de passion? Seigneur. Oscar? Si je fais le mauvais choix, je peux tout perdre. Je ne sais qu'une chose: dans quelques instants, une fois que j'aurai résolu le problème de l'accès au lit, je vais devoir me montrer magistral en amour. Ou au minimum: à la hauteur. Non, il ne faut pas que je pense à ça. Surtout pas. Ça peut m'être fatal. Ne pas penser à ça. N'empêche, si ça ne se passe pas très bien, ça risque d'entamer les chances de survie de notre couple. Être à la hauteur, tout de même. Ne surtout pas penser à ça. On sait bien que c'est rarement prodigieux, la première fois. N'empêche. Ne pas partir battu. C'est mieux si c'est prodigieux. Je vais essayer de faire parler la foudre.

J'étais toujours en train de réfléchir au moyen le plus raffiné de la rejoindre sur le lit (en attendant, pris au dépourvu et manquant d'imagination, j'étudiais à mon tour le radioréveil en plissant le front et en me massant les reins – pour lui faire croire que j'étais un peu fourbu et donc plongé dans une profonde rêverie sur la beauté inaccessible de ce 2: 27), quand elle m'a pris la main et m’a attiré vers elle.

(Ensuite, je me suis laissé entraîner. C'était pas mal. C’était bien. C'était incroyable. Cette nuit, pour en avoir un aperçu, il faut imaginer les mille et une nuits, la libération de Paris, la piste aux étoiles, la messe de Noël, le Carnaval de Venise, les feux de l'amour, la symphonie Pastorale, l'île au trésor et le manège enchanté réunis dans une même pièce et concentrés en deux heures.

Dès que l'aube s'est levée derrière les grandes fenêtres, je me suis glissé hors du lit et me suis rhabillé. Je craignais de m'endormir. Et de passer ensuite la matinée avec elle. De déborder. Je voulais pouvoir mettre le jour et la nuit qui venaient de s'écouler dans une boîte à part, avant qu'ils ne se diluent dans le reste du temps. J'avais besoin d'être seul, maintenant. J'avais envie d'être seul, pour pousser des cris d'allégresse.

Je lui ai laissé un mot sur la table basse. (J'avais d'abord écrit un petit texte sincère, gavé d'amour rosé, mais c'était si sirupeux, si mielleux qu'elle aurait probablement sucré son café avec. Je m'en suis donc tenu à un message très simple, dans lequel je lui expliquais que je devais passer au journal à 9 h 30, que je n'avais pas voulu la réveiller, que, pardon, j'avais regardé fixement ses fesses pendant dix minutes (c'était vrai, ça), que je n'avais pas vécu les pires vingt-quatre heures de ma vie (ce n'était pas faux non plus), qu'elle ressemblait à une petite fille quand elle dormait, qu'elle pouvait m'appeler quand elle voulait, et que je l'appellerais moi-même quand je voudrais, c'est-à-dire à 14 h 30.) Je l'ai regardée avant de sortir, nue et brune, sur le ventre, la couette à mi-cuisses, une main à plat sur le drap, à ma place, et l'autre près de la bouche. J'ai laissé mes yeux sur ses reins creux et lisses, sur son dos étroit, et je suis sorti en refermant très doucement la porte.

La rue Vavin s'éveillait grise et froide autour de moi, claire, étrangère. Les immeubles me semblaient majestueux et tranquilles, les fenêtres émouvantes, les premiers passants aimables. Je respirais l'air frais et humide à pleins poumons, je me sentais délicieusement anonyme, en vacances, dans un monde sans problèmes dans un quartier qui ne me co