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Au moment du café, j'ai prié de toutes mes forces pour qu'elle ne commande pas un déca. J'en étais venu à détester les gens qui pre

Elle a demandé un café. Un vrai.

Il faut des penchants intégristes pour prendre un déca à midi, je le reco

Alors je me suis penché au-dessus de la table et je l'ai embrassée sur la bouche, sans rien de sole

Elle m'a simplement dit:

– Encore.

Et j'ai recommencé.

En sortant, nous sommes repartis lentement vers le sud. (Pour rien au monde, je ne lui aurais proposé de passer chez moi: je craignais trop qu'elle ne se mépre

Nous sommes passés devant un cirque, près de l'avenue de Clichy. Elle venait de lire Un cirque passe, de Modiano, et m'a dit:

– Là, c'est le contraire, c'est nous qui passons.

J'ai eu la sensation que tout ce que ce cirque contenait de souplesse, de force, de plaisir, d'équilibre et de lumière irradiait vers Pollux et moi pour nous en imprégner au passage, comme le désir des enfants irradie vers le cirque qui passe et le charge de mystère et d'attrait tout au long de la route. Sentimental comme une adolescente à lunettes, j'imaginais les jongleurs, les trapézistes et les funambules s'interrompre en pleine répétition pour écouter, mélancoliques, le pas des amoureux qui s’éloignent sur la neige.

Nous avons continué à marcher en nous racontant toutes sortes de niaiseries enivrantes, et dès qu'il s'est mis à pleuvoir, vers Saint-Lazare, nous sommes entrés dans un café d'une laideur insoupço

«Apportez-nous des rafraîchissements, s'il vous plaît.»

Mais je n'ai pas osé, et nous avons commandé une bouteille de vin.

Pollux ne se maquillait pas beaucoup. Elle était pâle. L'un de ses yeux était un peu moins grand que l'autre. Elle avait une seule tache de rousseur, presque invisible, sous la pommette droite. Encore une fois, malgré le froid, elle ne portait ni collant ni bas, et sous son manteau, un pull léger, à col très échancré – j'apercevais parfois la bretelle blanche de son soutien-gorge sur son épaule. Lorsqu'une mèche de cheveux tombait sur son front, elle l'écartait aussitôt, d'un geste machinal et flou. De temps en temps, elle regardait ses mains, l'air momentanément ailleurs, absorbée, comme pour y chercher quelque chose qu'elle ne voyait pas – elle observait d'abord la paume puis le dos de sa main, avant de revenir à moi. À sa manière de lever la tête vers le serveur acariâtre lorsqu'il a posé brutalement la bouteille sur la table, puis à sa manière de cligner des yeux lorsqu'elle a renversé un peu de vin en me servant, j'ai senti qu'elle pouvait avoir des réactions violentes et incontrôlées. Je continuais à distinguer, par moments, le voile sombre qui passait sur son visage, dans son regard, sur sa bouche. Et pourtant, je voyais aussi de l'envie et de la gaieté dans ses yeux. De l'appétit. Troublé par le vin, je pensais: «Elle doit être obligée de faire le deuil de quelqu'un ou de quelque chose qui n'est pas mort.» Je pensais aussi: «Elle est violente. Elle est faible.» Je l'imaginais perdue. Je pensais: «Elle est débordante de vie.» Et plus tard, en observant ses grands yeux tournés vers la rue, légèrement sur sa gauche, en regardant ses mains un peu nerveuses, son cou clair, j'ai eu l'intuition étrange, sans raison, en une fraction de seconde de lucidité intense – comme on ne peut en avoir que de façon extrêmement fugitive -, que le plaisir tenait un grand rôle dans sa vie. Le plaisir physique. Le sexe.

Un instant, j'ai eu peur. Je me suis dit: «Elle est peut-être insaisissable. Comme le mercure qui glisse sur le carrelage, se divise et file quand on essaie de le prendre entre ses doigts.» Mais elle s'est mise à me parler de son adolescence, à me raconter des moments instables, drôles ou pénibles, et je n'y ai plus pensé.

En début de soirée, nous étions attablés dans un autre café, plus bas, près de l'avenue Montaigne, en plein Dior-town – le parfum, le cuir, la soie, les perles, dénaturés par l'obsession de la propreté et du luxe apparent, de la laque et du miroir. Mais nous résistions sans problème à la pression malsaine de ce quartier artificiel. Je commençais à me sentir fébrile. Au téléphone, Poîlux avait bien précisé qu'il valait mieux ne pas trop nous approcher de la nuit. Or il faisait noir dehors. C'était l'hiver, d'accord, il n'était pas bien tard, mais quand même. Dans quelques minutes, l'un de nous deux allait devoir demander à l'autre, l'air de rien, si par hasard il n'avait pas un petit creux. Je préférais que ce soit elle. Il me semblait que ce serait plus convenable si l'idée venait de la femme, malgré l'étiquette. C'était elle qui avait fixé les limites (très abitrairement, il faut le reco

Cependant, je devais l'aider, lui laisser habilement deviner ce que j'attendais d'elle. J'essayais de me do

– On a bien marché, hein?