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Je me suis arrêté près d'eux et me suis tranquillement posé là en spectateur, sans me soucier le moins du monde de l'incongruité de ma présence. Ha
– Do
– Je ne vous ai rien fait, laissez-moi tranquille.
– Do
– Laissez-moi tranquille, répétait l'autre affolé, comme un poupon qui pleure quand on le secoue.
– Do
– Laissez-moi tranquille.
– Do
– Laissez-moi tranquille.
– Je te préviens, je t'éclate…
– Je ne vous ai rien fait.
– Ta chaîne.
Je commençais à m'e
– Do
– Aïe, vous me faites mal.
– Tu me cherches, hein?
– Aidez-moi, vous!
Ah, je n'étais pas invisible. Comme Ha
Alors ça, je me moquais bien de déranger un caïd de la pègre marseillaise dans son travail. Je lui ai posé une main sur l'épaule en souriant.
– Arrête d'e
– Va te faire foutre, toi.
– Ha
– Tu parles pas de mon grand-père, s'il te plaît.
– Écoute… Je suis ton ami. Le mari de la belle femme, là.
– Casse-toi, co
Le vide au fond des yeux, en transe de petite frappe, il ne se contrôlait plus.
– Fais-moi plaisir, Ha
– Lâche-moi. Je le laisserai partir quand il m'aura do
Il me répondait, ça marchait. Je n'avais pas vraiment envie de sauver le vieux chauve, mais quand il l'a écrasé contre le mur, lui a cogné la tête à plusieurs reprises contre le béton et s'est mis à tirer comme un dément sur sa chaîne, je n'ai pas hésité une seconde: il était grand temps que j'entre en action. L'œil sévère, j'ai bousculé mon ami (vertement) pour m'interposer. Face à un Ha
À ma grande fureur, il m'est passé sur le corps. Je me suis immédiatement effondré comme une masse et suis resté étendu au sol.
LAISSEZ LES JEUNES S'ATTAQUER AUX VIEUX,
C'EST LA LOI DE LA NATURE
Je suis resté étendu au sol pour deux raisons. D'abord parce que le choc avait réso
Le vieux avait profité de cet incident entre les deux amis pour s'enfuir. En redressant la tête, je l'ai vu détaler comme un véritable bolide. C'était un spectacle éto
Je les ai retrouvés en bien triste posture. Le vieux chauve était couché sur le dos au beau milieu de la rue, et Ha
Ensuite, nous avons vécu tous les trois quelques secondes dramatiques. Je tirais les cheveux d'Ha
Mon intervention barbare a sans doute déboussolé le vieux, car Ha
Je me suis relevé tant bien que mal (cette fois je me sentais moins bien, j'avais l'impression d'avoir l'oeil au fond du crâne). Le vieux chauve, assis sur le bitume, la tête en charpie, continuait à ululer au voleur comme un lapin mécanique qui patine sur place contre un mur. Quel con.
– J'ai fait ce que j'ai pu, monsieur, je suis désolé. Ça va? Vous auriez dû vous protéger le visage, plutôt.
– Au voleur! On m'a volé ma chaîne!
– Je sais, oui. Je vais appeler un médecin, ne bougez pas.
– On m'a volé ma chaîne! Au voleur!
Quel con. Bon, l'Auvergnate, d'accord. Je me suis retenu pour ne pas lui envoyer un coup de pied dans la bouche et suis parti à la recherche d'Ha
J'ai retrouvé le voleur sous un porche dans une rue voisine. Il contemplait son butin, calme, revenu de sa crise de folie délinquante. Comme après tous les paroxysmes, la redescente était pénible: abattu, il examinait son piteux trésor, presque honteux.
Je me suis mis à lui parler (sans me souvenir une seconde qu'il pouvait à tout moment me briser la mâchoire) pour qu'il me rende la chaîne, que je me chargerais de restituer à son propriétaire éploré – je ne sais quel élan crétin me poussait à tant de bienveillance envers le détroussé, qui geignait sans doute encore par terre dans sa rue de souffrance.
– Tu as des billets plein les poches et tu mets un pauvre type en morceaux pour une chaînette en plaqué…
– Je m'en fous, je la garde, je la mettrai, me disait-il, les yeux baissés. Excuse-moi pour tout à l'heure, au fait, mais tu m'énervais.
– Non, ne t'excuse pas, je n'ai rien senti. Et puis c'était normal, j'essayais de t'arracher les oreilles. Tu as eu un réflexe naturel.
– De toute façon, je fais ce que je veux. Faut le savoir.
Et là-dessus, il s'est éloigné comme si je n'existais plus.
Je l'ai suivi. Abruti, je l'ai suivi. Nous avons marché pendant je ne sais combien de temps l'un à côté de l'autre, comme deux matelots dépressifs dans la nuit glaciale. Nous avons fini par échouer au bord de la rue de Rivoli, il est monté dans un taxi qui traînait et j'ai fait une ultime tentative, va-tout vibrant d'émotion, misant sur un remords de dernière seconde. Il a claqué la portière sans m'avoir rendu le quart d'un maillon. C'est le seul coup de chance que j'aie eu de la soirée.
Tout enveloppé d'émouvantes pensées d'ivrogne, j'ai regardé s'éloigner le taxi («Va, Ha
Sur le chemin qui me ramenait chez moi, je suis passé par la rue où j'avais laissé le massacré, riant par avance à l'idée de le trouver toujours assis disloqué à hurler, au voleur. Mais non, il ne restait qu'un peu de son sang, rouge sombre sur le macadam, une trace scandalisée.
À quelques pas de la porte de mon immeuble, j'ai croisé une voiture au ralenti qui bringuebalait et ferraillait de partout. Dix mètres plus loin, elle a freiné brusquement avec un crissement de cinéma. La portière arrière s'est ouverte et j'ai vu en sortir la tête tuméfiée du vieux chauve.
– C'EST LUI!
Oui, c'est moi. Quelque chose dans le ton de sa voix m'a prévenu que je n'allais pas voir sortir de la voiture une hôtesse en maillot de bain qui viendrait déposer un gros bouquet de fleurs à mes pieds en récitant quelque compliment pour louer mon altruisme et mon courage. Pourtant, hein… Il avait la voix d'un fou sanguinaire.
Je m'attendais plutôt à voir surgir un bataillon de mercenaires assassins – en maillot de bain peut-être, mais bon.
Deux perso