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Je m'appelle Halvard Sanz et je suis né à Morsang-sur-Orge. J'étais traducteur de romans de gare, à l'époque de cette chute dans la baignoire.

Le lendemain, en début de soirée, je discutais avec ma sœur dans un bistrot russe, minuscule et sombre, près de la rue Montorgueil. J'y venais presque chaque soir, pour contempler les clients bizarres qui traînaient par là (peintres nuls, putes ratées, truands de seconde zone et vieux radoteurs qui clignotaient déjà) et déguster l'excellente vodka que l'on y servait pour dix francs le verre.

La patro

Je bavardais donc avec ma sœur ce soir-là, lorsqu'un grand séducteur marseillais est venu s'asseoir près de nous, avec le sans-gêne et l'aisance d'un propriétaire qui vient s'assurer que nous sommes satisfaits. Il nous a adressé un clin d'œil complice en s'installant, puis a tapé dans ses mains:

– Un pastis, Olga!

La patro

– Pas de pastis ici, petit trou de cul. Et je vais dire deux choses: si encore une fois tu gueules comme ça dans mon bar et si tu tapes dans les mains pour que je viens, je te jette dans la porte.

– Ha ha ha! O.K., Olga, O.K. C'était pour rigoler. Do

Il était splendide: une vingtaine d'a

– Je m'appelle Ha

Ma sœur restait ébahie. Soufflée. Je l'avais amenée là pour lui faire goûter à cette ambiance camerouno-russe si particulière, mais je n'en espérais pas tant.

– Mais attention, les enfants. Quand j'ai un ami, c'est pour la vie. C'est comme ça, chez nous. Je meurs pour lui, s'il faut. Mais s'il est pas réglo avec moi, c'est lui qui meurt.

– Normal, Ha

Il l'a regardée avec respect. Mazette, ça sait causer, ces Parigotes. Un petit clin d'œil pour se ressaisir, avant de boire une gorgée de vodka sans la lâcher des yeux pardessus le verre – ça sait vous envoûter une petite, ces Marseillais.

– Elle est splendide, ta femme. C'est ta femme, non? Comme je l'ai dit, je n'avais encore jamais été confronté à des situations dangereuses, mais l'instinct est l'un de ces mystères de la nature qu'il est inutile de chercher à expliquer.

– Oui. Content qu'elle te plaise.

– Elle me plaît, oui. Dommage. La femme d'un ami, c'est sacré, dans le milieu. Mais c'est dommage. Sérieux. J'aurais pu la rendre heureuse. Note bien que si je voulais… Parce que je fais toujours ce que je veux, faut le savoir. Surtout avec les dames. Enfin, un ami c'est un ami. Vous vous appelez comment, tous les deux?

– Halvard Sanz.

– Pascale Sanz.

– Moi c'est Ha

– Hein? Moi? Nom de jeune fille? Blaise. Pascale Blaise.

– C'est joli, mais… T'as dû avoir des problèmes à l'école, hein, les jeux de mots… Non, excuse-moi, c'est vulgaire. J'aime pas être vulgaire avec les dames.

Il a continué à nous bassiner avec ses âneries de gangster d'opérette pendant un moment, puis, déjà pompette et s'interdisant au nom de la Règle et de la Bo

Finalement, le terrible Ha

Pascale et moi étions dehors une heure plus tard – ivres, A

J'ai embrassé Pascale par la vitre de sa voiture et suis parti à pied vers chez moi. Après deux ou trois minutes de petits pas cahin-caha (Paris vacillait autour de moi), j'ai aperçu deux silhouettes à quelques dizaines de mètres – un petit gros chauve et un grand maigre avec une coiffure dans le style de La Redoute – qui semblaient avoir des mots, comme on dit. Sobre, j'aurais fait demi-tour sans hésiter et contourné le pâté de maisons (je suis couard, de nature). Mais débarrassé de toute appréhension par les tourbillons de vodka qui me bouleversaient l'esprit, j'ai continué droit sur eux pour aller voir un peu ce qui se passait par là-bas, tiens. Comme la mouche qui vole vers la vitre.