Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 18 из 21

– Il vous a opérée? lança l'infirmière avec mépris.

– Non. Il m'a aimée. Il m'a tant aimée.

– Vous avez grandi et maigri. Il n'y est pour rien.

– Pour le corps, vous avez peut-être rai son. Pas pour le visage. Si je n'avais pas reçu un si grand amour, mes traits n'auraient pas acquis cette lumière et cette grâce.

– Je dirais plutôt que si vous n'aviez pas été enfermée pendant cinq ans avec un vieux gâteux pour seule compagnie, vous ne proféreriez pas de telles âneries. Prenez un laideron, couvrez-le d'amour et vous verrez l'inanité de votre théorie.

– Je ne nie pas mes atouts. Mais c'est lui qui en a révélé la beauté. Il fallait un amour aussi fort que le sien pour que naisse une telle harmonie.

– Arrêtez, je ne veux plus entendre ces niaiseries.

– Moi, je ne demande qu'à en entendre davantage, intervint Loncours avec un sourire ému.

– Regardez-le, il boit du petit-lait! s'insurgea Françoise. C'est le comble: il la séquestre depuis des a

– Si vous me permettez de do

– Taisez-vous ou je tire!

– Non, laissez-le parler, dit la jeune fille.

– Merci, mon enfant, reprit-il. Donc, si je puis do

– Alors Hazel n'a pas dû vous aimer assez, car vous êtes laid et décati.

– On ne peut pas tout avoir. Je trouve déjà extraordinaire qu'elle ait éprouvé de la tendresse pour moi.

– C'était plus que de la tendresse.

– Hazel, taisez-vous ou je vous gifle!

– Pourquoi vous mettez-vous dans un état pareil, Françoise?

– Pourquoi? A votre avis? J'arrive dans une maison inco

– Calmez-vous, comprenez-moi…

– Je comprends que je suis une trouble-fête! Au fond, je vous dérange! A-t-on jamais vu deux tourtereaux aussi bien assortis? Vous étiez enchantée de jouer à la victime, il était enchanté, à son âge, d'avoir encore le rôle du bourreau! Et moi, puis-je savoir à quoi j'étais censée servir, dans votre comédie? Ah oui, il manquait l'ingrédient essentiel à votre jouissance perverse: un spectateur. Un i

– Elle est cinglée, dit Loncours.

– Attention, vous! J'ai le doigt sur la détente!

– Ne le tuez pas, Françoise, vous n'avez rien compris!

– Vous allez encore me dire que je suis trop sotte pour saisir la subtilité de ce qui se passe ici?

– Ma si chère amie, ma sœur…

– Non, plus de ça avec moi! Je ne marche plus!

La jeune fille tomba à genoux et se mit à parler en tremblant:

– Françoise, trouvez-moi sotte et tuez-moi si vous le voulez, mais je vous en supplie, ne croyez plus que j'ai cherché à vous manipuler ou à me moquer de vous. Vous êtes l'être que j'aime le plus au monde.

– Non, c'est lui, l'être que vous aimez le plus!

– Comment pouvez-vous comparer des sentiments aussi différents? Il est mon père, vous êtes ma sœur.

– Drôle de père!

– Oui, drôle de père. Je suis la première à juger qu'il s'est mal conduit envers moi. Ses torts sont i

– La belle affaire!

– Oui, belle affaire que d'aimer aussi fort! Dans cette maison, je me suis sentie tellement aimée.

– Belle comme vous l'êtes, n'importe quel homme vous aurait follement aimée.

– Ce n'est pas vrai. Très rares sont les hommes capables d'un si grand amour.

– Qu'en savez-vous? Vous n'aviez aucune expérience avant d'arriver ici.

– Je n'ai aucun doute à ce sujet. Pas besoin d'être grand clerc ni d'avoir beaucoup vécu pour remarquer que l'amour n'est pas la spécialité des humains.

– Dites plutôt que vous avez besoin de vous convaincre. C'est pour vous le seul moyen de tolérer l'idée de ces cinq horribles a

– J'ai eu de beaux moments ici. Je ne regrette rien: ni d'avoir rencontré le Capitaine ni d'avoir été sauvée par vous. Vous êtes arrivée au bon moment. Les cinq a

– Je ne vous comprends pas. Si j'avais subi ce que vous avez enduré, je tuerais Loncours.

– Il faut accepter de ne pas comprendre certaines choses chez ses amis, je vous l'ai déjà dit. Moi non plus je ne vous comprends pas toujours. Je ne vous en aime pas moins. Et toute ma vie je vous serai reco

– Enfin des paroles sensées! Vous voyez bien que vous avez de bo

– Sans aucun doute.

Le beau visage de la jeune fille prit une expression étrange. Elle se releva, contourna l'infirmière et vint auprès du Capitaine qu'elle regarda avec une dureté soudaine. Commença un tête-à-tête si intense que Françoise se demanda s'ils n'avaient pas oublié sa présence.

– Oui je vous en veux, dit la petite à Loncours. Pas parce que vous m'avez séquestrée, pas parce que vous m'avez convaincue de ma laideur. Je vous en veux à cause d'Adèle.

– Que peux-tu me reprocher, toi qui ne l'as pas co

– De l'avoir aimée. Je ne suis pas comme Françoise: vos crimes d'amour m'inspirent une sorte d'admiration. Un homme qui aime jusqu'à l'abjection, jusqu'à détruire celle qu'il aime, je peux le comprendre. En revanche, ce qui me révolte, c'est de penser que je ne suis pas la première. Vos méfaits en sont comme banalisés: ils tiraient leur grandeur de leur caractère exceptio

– Se pourrait-il que tu sois jalouse? Quelle preuve d'amour inespérée!

– Vous n'avez pas compris. Je suis jalouse pour elle. Si vous l'avez aimée au point de créer pour elle une telle machination, comment pouvez-vous en aimer une autre après? N'est-ce pas déshonorer votre passion que de lui do

– Je ne suis pas de cet avis. A quoi serviraient les morts, sinon à aimer les vivants davantage? J'ai souffert pendant les quinze a

– Vous dites ça à cause de la vague similitude de nos noms. C'est ridicule.

– Vos noms sont la moins troublante de vos ressemblances. J'ai beaucoup vécu et beaucoup voyagé: j'ai vu tant d'êtres humains et j'ai eu tant de maîtresses que je crois m'y co

– Pendant toutes ces a

– Cela signifie que je t'aimais avant ta naissance. Quand Adèle est morte, tu avais trois ans: l'âge des premiers souvenirs. J'aime à penser que tu as hérité de sa mémoire.

– Je trouve cette supposition détestable.

– Ce n'est pas une supposition, c'est une certitude. Pourquoi as-tu horreur de te promener dans l'île, pourquoi sens-tu près du rivage une présence que tu qualifies de déchirante? Parce que tu te rappelles t'y être suicidée il y a vingt ans.

– Taisez-vous ou je deviens folle!

– Tu te trompais en disant avoir embelli en cinq ans: c'est avant ta naissance que tes progrès ont commencé, en 1893, quand j'ai rencontré Adèle. Tu as bénéficié de tout l'amour que j'ai do

– Vous croyez ça? s'emporta la pupille. Et, en un geste d'une violence furieuse, elle arracha le pistolet des mains de Françoise et le pointa sur sa propre tempe.

– Hazel! s'exclamèrent d'une seule voix le vieil homme et la jeune femme.

– Si vous m'approchez, je tire! dit-elle avec, dans les yeux, la résolution la plus ferme.

– Vieil imbécile! lança l'infirmière. Voyez ce que vous appelez les bienfaits de votre amour: bientôt, vous aurez deux mortes sur la conscience.

– Hazel, non, je t'en prie, mon amour, ne fais pas ça!

– Si, comme vous l'affirmez, je suis la réincarnation d'Adèle, je ne pourrais pas avoir d'attitude plus logique.

– Non, Hazel, dit la jeune femme. Vous êtes à l'aube d'une vie nouvelle, enthousiasmante. Vous verrez comme il est exaltant d'être belle. Vous serez riche et libre: tout vous sera possible!

– Je me fiche de cela!

– Tu as tort de renoncer à ce que tu ne co