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V
Ltipstu et Zazie reprit son discours en ces termes:
– Papa, il était donc tout seul à la maison, tout seul qu'il attendait, il attendait rien de spécial, il attendait tout de même, et il était tout seul, ou plutôt iï se croyait tout seul, attendez, vous allez comprendre. Je rentre donc, faut dire qu'il était noir comme une vache, papa, il commence donc à m'embrasser ce qu'était normal puisque c'était mon papa, mais voilà qu'il se met à me faire des papouilles zozées, alors je dis ah non parce que je comprenais où c'est qu'il voulait en arriver le salaud, mais quand je lui ai dit ah non ça jamais, lui il saute sur la porte et il la ferme à clé et il met la clé dans sa poche et il roule les yeux en faisant ah ah ah tout à fait comme au cinéma, c'était du to
– Eh oui, dit le type.
– Alors donc elle ouvre la porte en douce et elle entre tout tranquillement, papa lui il pensait à autre chose le pauvre mec, il faisait pas attention quoi, et c'est comme ça qu'il a eu le crâne fendu. Faut reco
– Les gens… dit le type… (geste).
– Après, elle a râlé contre moi, elle m'a dit, sacrée conarde, qu'est-ce que t'avais besoin de raconter cette histoire de hache? Bin quoi jlui ai répondu, c'était pas la vérité? Sacrée co
– Et après? demanda le type.
– Bin après c'est Georges qui s'est mis à tourner autour de moi. Alors maman a dit comme ça qu'elle pouvait tout de même pas les tuer tous quand même, ça finirait par avoir l'air drôle, alors elle l'a foutu à la porte, elle s'est privée de son jules à cause de moi. C'est pas bien, ça? C'est pas une bo
– Ça oui, dit le type conciliant.
– Seulement, y a pas bien longtemps elle en a retrouvé un autre et c'est ce qui l'a amenée à Paris, elle lui court après, mais moi, pour pas me laisser seule en proie à tous les satyres, et y en a, et y en a, elle m'a confiée à mon tonton Gabriel. Il paraît qu'avec lui, j'ai rien à craindre.
– Et pourquoi?
– Ça j'en sais rien. Je suis arrivée seulement hier et j'ai pas eu le temps de me rendre compte.
– Et qu'est-ce qu'il fait, le tonton Gabriel?
– Il est veilleur de nuit, il se lève jamais avant midi une heure.
– Et tu t'es tirée pendant qu'il roupillait encore.
– Voilà.
– Et où habites-tu?
– Par là (geste).
– Et pourquoi pleurais-tu tout à l'heure sur le banc?
Zazie répond pas. Il commence à l'emmerder, ce type.
– Tu es perdue, hein?
Zazie hausse les épaules. C'est vraiment un sale type.
– Tu saurais me dire l'adresse du tonton Gabriel?
Zazie se tient des grands discours avec sa petite voix intérieure: non mais, de quoi je me mêle, qu'est-ce qu'i s'imagine, il l'aura pas volé, ce qui va lui arriver.
Brusquement, elle se lève, s'empare du paquet et se carapate. Elle se jette dans la foule, se glisse entre les gens et les éventaires, file droit devant elle en zigzag, puis vire sec tantôt à droite, tantôt à gauche, elle court puis elle marche, se hâte puis ralentit, reprend le petit trot, fait des tours et des détours.
Elle allait commencer à rire du bonhomme et de la tête qu'il devait faire lorsqu'elle comprit qu'elle se félicitait trop tôt. Quelqu'un marchait à côté d'elle. Pas besoin de lever les yeux pour savoir que c'était le type, cependant elle les leva, on sait jamais, c'en était peut-être un autre, mais non c'était bien le même, il n'avait pas l'air de trouver qu'il se soit passé quoi que ce soit d'anormal, il marchait comme ça, tout tranquillement.
Zazie ne dit rien. Le regard en dessous, elle egzamina le voisinage. On était sorti de la cohue, on se trouvait maintenant dans une rue de moye
– Tu n'as pas honte, petite voleuse, pendant que j'avais le dos tourné.
Il fit ensuite appel à la foule s'amassant:
– Ah! les jitrouas, rgardez-moi cqu'elle avait voulu mfaucher.
Et il agitait le pacson au-dessus de sa tête.
– Une paire de bloudji
– Si c'est pas malheureux, commente une ménagère.
– De la mauvaise graine, dit une autre.
– Saloperie, dit une troisième, on lui a donc jamais appris à cette petite que la propriété, c'était sacré?
Le type continuait à houspiller la môme.
– Hein, et si je t'emmenais au commissariat? Hein? Au commissariat de police? Tu irais en prison. En prison. Et tu passerais devant le tribunal pour mineurs. Avec la maison de redressement comme conclusion. Car tu serais condamnée. Condamnée au massimum.
Une dame de la haute société qui passait d'aventure dans le coin en direction des bibelots rares daigna s'arrêter. Elle s'enquit auprès de la populace de la cause de l'algarade et, lorsque, non sans peine, elle eut compris, elle voulut faire appel aux sentiments d'humanité qui pouvaient peut-être exister chez ce singulier individu, dont le melon, les noires bacchantes et les verres fumés ne semblaient pas éto
– Meussieu, lui dit-elle, ayez pitié de cette enfant. Elle n'est pas responsable de la mauvaise éducation que, peut-être, elle reçut. La faim sans doute l'a poussée à commettre cette vilaine action, mais il ne faut pas trop, je dis bien «trop», lui en vouloir. N'avez-vous jamais eu faim (silence), meussieu?
– Moi, madame, répondit le type avec amertume (au cinéma on fait pas mieux, se disait Zazie), moi? avoir eu faim? Mais je suis un enfant de l'Assistance, madame…
La foule se fit frémir d'un murmure de compassion. Le type, profitant de l'effet produit, la fend, cette foule, et entraîne Zazie, en déclamant dans le genre tragique: on verra bien ce qu'ils disent, tes parents.
Puis il se tut un peu plus loin. Ils marchèrent quelques instants en silence et, tout à coup, le type dit:
– Tiens, j'ai oublié mon pébroque au bistro.
Il s'adressait à lui-même et à mi-voix encore, mais Zazie ne fut pas longue à tirer des conclusions de cette remarque. C'était pas un satyre qui se do
Ils entrèrent donc dans la salle à manger et Marceline se jeta sur Zazie en manifestant la plus grande joie de retrouver cette enfant. Gabriel lui dit: offre donc quelque chose au meussieu, mais l'autre leur signifia qu'il ne voulait rien ingurgiter, c'était pas comme Gabriel qui demanda qu'on lui apportât le litre de grenadine.
De sa propre initiative, le type s'était assis, cependant que Gabriel se versait une bo
– Vous ne voulez vraiment pas boire quelque chose?
– (geste).
Gabriel s'envoya le réconfortant, posa le verre sur la table et attendit, l'œil fixe, mais le type n'avait pas l'air de vouloir causer, Zazie et Marceline, debout, les guettaient.
Ça aurait pu durer longtemps.
Finalement, Gabriel trouva quelque chose pour amorcer la conversation.
– Alors, qu'il dit comme ça Gabriel, alors comme ça vous êtes flic?
– Jamais de la vie, s'écria l'autre d'un ton cordial, je ne suis qu'un pauvre marchand forain.
– Le crois pas, dit Zazie, c'est un pauvre flic.
– Faudrait s'entendre, dit Gabriel mollement.
– La petite plaisante, dit le type avec une bonhomie constante. Je suis co
– Et vous les distribuez gratuitement? Demanda Gabriel légèrement intéressé.
– Vous voulez rire, dit le type. Je les échange contre de la menue mo