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Je lui promis de faire de mon mieux. Elle parut satisfaite et l'expression rêveuse revint sur son visage.

– Tous ces avions sont découverts, remarqua-t-elle. Tu as toujours eu la gorge sensible.

Je ne pus m'empêcher de lui faire remarquer que si tout ce que je risquais d'attraper avec la Luftwaffe était une angine, j'aurais vraiment de la veine. Elle eut un petit sourire protecteur et m'observa avec ironie.

– Il ne t'arrivera rien, dit-elle tranquillement.

Son visage avait une expression de confiance absolue, de certitude. On aurait dit qu'elle savait, qu'elle avait conclu un pacte avec le destin, et qu'en échange de sa vie manquée, on lui avait offert certaines garanties, fait certaines promesses. J'en étais moi-même convaincu, mais comme cette co

– Il n'y a pas un aviateur sur dix qui finira cette guerre, lui dis-je.

Elle me regarda un instant avec une incompréhension effrayée et puis ses lèvres frémirent et elle se mit à pleurer. Je saisis sa main. Je faisais rarement ce geste avec elle: je pouvais le faire seulement avec les femmes.

– Il ne t'arrivera rien, dit-elle, cette fois sur un ton suppliant.

– Il ne m'arrivera rien, maman. Je te le promets.

Elle hésita. Un combat intérieur se livrait en elle et se refléta sur son visage. Puis elle fit une concession.

– Tu seras peut-être blessé à la jambe, dit-elle.

Elle essayait de s'arranger. Pourtant, sous ce ciel funéraire des cyprès et des pierres blanches, il était difficile de ne pas sentir la présence du plus vieux destin de l'homme, celui qui ne prend pas part à sa tragédie. Mais en voyant ce visage anxieux, en écoutant cette pauvre femme qui essayait de marchander avec les dieux, il m'était encore plus difficile de croire que ceux-ci pussent être moins accessibles à la pitié que le chauffeur Rinaldi, moins compréhensifs que les marchands d'ail et de pissaladière du marché de la Buffa, qu'ils ne fussent pas un peu méditerranéens, eux aussi. Quelque part, autour de nous, une main ho

– T'en fais pas, maman. C'est entendu. Il ne m'arrivera rien.

La malchance voulut qu'au moment où nous approchions du taxi, nous croisions le chef de la division du Pilotage, le capitaine Moulignat. Je le saluai, expliquant à ma mère qu'il commandait mon unité. Imprudent que j'étais! En une seconde, ma mère avait ouvert la portière et, saisissant un jambon, une bouteille, et deux salamis, avant que j'eusse le temps de faire un geste, elle avait déjà rejoint le capitaine, lui offrant en tribut ces estimables victuailles, avec quelques mots appropriés. Je crus mourir de honte, va sans dire que j'avais alors beaucoup d'illusions, car si on pouvait mourir de honte, il y a longtemps que l'humanité ne serait plus là. Le capitaine me lança un coup d'oeil éto

Il me faut mentio

CHAPITRE XXX

L'escadre d'entraînement dont je faisais partie fut transférée à Bordeaux-Mérignac et je passai de cinq à six heures par jour en l'air comme instructeur de navigation sur Potez-540. Je fus vite nommé sergent, la solde était suffisante, la France tenait bon et je partageais l'opinion générale de mes camarades qu'il fallait profiter de la vie et avoir du bon temps, puisque la guerre n'allait pas durer éternellement. J'avais une chambre en ville et trois pyjamas de soie dont j'étais très fier. Ils représentaient à mes yeux la grande vie et me do

– Dis à ce veau qu'il va se vomir dans la nature. Qu'il remette les gaz!

Je traduisis immédiatement. Je peux affirmer, la conscience tranquille, que je ne perdis pas une seconde en disant:

– Prosze dodac gazu bo za chwile zawalimy sic w drzewa na koncu lotniska!

Lorsque je repris mes esprits, le sang ruisselait sur ma figure, les infirmiers se penchaient sur nous, et l'adjudant-chef polonais, en fort piteux état, mais toujours courtois, essayait de se soutenir sur un coude et de présenter ses excuses au pilote français:

– Za pozni mi pan przytlumaczyl!

– Il dit… bégayai-je.

Le sergent-chef, assez mal en point lui-même, eut le temps de nous souffler:

– Merde! avant de s'évanouir. Je traduisis fidèlement, après quoi, mon devoir accompli, je me laissai aller. Mon nez était en capilotade, mais à l'infirmerie, les dégâts internes furent jugés peu graves. En quoi on se trompait. Je souffris du nez pendant quatre ans et je dus dissimuler mon état et les migraines atroces qui me harcelaient sans répit pour ne pas être radié du perso

En dehors de mes heures de vol comme navigateur, mitrailleur et bombardier, mes camarades me laissaient souvent les commandes en l'air et je faisais ainsi en moye

Le 4 avril 1940, à quelques semaines donc à peine de l'offensive allemande, alors que je fumais paisiblement un cigare sur le terrain, un planton me tendit un télégramme: «Mère gravement malade. Venez immédiatement.»

Je restai là, le cigare idiot aux lèvres, avec ma veste de cuir, ma casquette sur l'œil, mon air dur, mes mains dans les poches, cependant que la terre entière devenait soudain un lieu inhabité. C'est de cela que je me souviens surtout aujourd'hui: une sensation d'étrangeté, comme si les lieux les plus familiers, le sol, les maisons et toutes les certitudes fussent devenus autour de moi une planète inco