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– Mais je croyais qu'on était plus ou moins juifs?

– Ça ne fait rien, je co

Je trouvai l'explication valable. Ma mère croyait aux relations perso

Je m'étais tourné vers Dieu à plusieurs reprises, dans mon adolescence, et je m'étais même converti pour de bon, bien que provisoirement, lorsque ma mère avait fait sa première crise d'hypoglycémie et que j'avais assisté, impuissant, à son coma insulinique. La vue du visage terreux, de la tête penchée, de la main sur la poitrine, de cet abandon total des forces, alors qu'il restait encore tant de poids à soulever, m'avait précipité aussitôt dans la première église sur mon chemin, et il s'était trouvé que ce fût celle de Notre-Dame. Je le fis secrètement, craignant que ma mère ne vît, dans cet appel à une aide extérieure, un signe de manque de confiance et de foi en elle, et aussi un indice de la gravité de son état. Je craignis qu'elle n'imaginât soudain que je ne comptais plus sur elle, que je m'adressais ailleurs, et que, me tournant ainsi vers quelqu'un d'autre, en somme, je l'abando

– Bon. Allons à l'église russe du Parc Impérial.

Je lui do

Parmi tous les autres bretteurs, j'ai beaucoup admiré Malraux. Sur le terrain, c'est celui que je préfère. Ce fut surtout avec son poème sur l'art que Malraux m'apparut comme un grand auteur-acteur de sa propre tragédie. Un mime, plutôt, un mime universel: lorsque, seul sur ma colline, face au ciel, je jongle avec mes trois balles, pour montrer ce que je sais faire, je pense à lui. Avec le Chaplin de jadis, il est sans doute le plus poignant mime de l'affaire homme que ce siècle ait co

Nous marchâmes le long du boulevard Carlone, vers le boulevard du Tzarevitch. L'église était vide et ma mère parut contente d'avoir ainsi, en quelque sorte, l'exclusivité.

– Il n'y a que nous, dit-elle. On n'aura pas à attendre.

Elle s'exprimait comme si Dieu fût un médecin et qu'on eût la chance d'arriver à une heure creuse. Elle se signa et je me signai aussi. Elle s'agenouilla devant l'autel et je m'agenouillai à côté d'elle. Des larmes apparurent sur ses joues et ses lèvres balbutièrent de vieilles prières russes, où les mots Yessouss Christoss revenaient continuellement. Je me tenais à ses côtés, les yeux baissés. Elle se frappait la poitrine, et une fois, sans se tourner vers moi, elle murmura:

– Jure-moi que tu n'accepteras jamais de l'argent des femmes!

– Je le jure.

L'idée qu'elle fût elle-même une femme ne lui venait pas à l'esprit.

– Seigneur, aidez-le à tenir debout, aidez-le à se tenir droit, gardez-le des maladies! Se tournant vers moi:

– Jure-moi de faire attention! Promets-moi de ne rien attraper!

– Je te le promets.

Ma mère resta là un long moment encore, sans prier, en pleurant seulement. Puis je l'aidai à se relever, et nous nous retrouvâmes dans la rue. Elle essuya ses larmes et parut tout à coup très satisfaite. Il y eut même une trace de ruse presque enfantine sur son visage, lorsqu'elle se tourna vers l'église pour la dernière fois.

– On ne sait jamais, dit-elle.

Le lendemain matin, je pris l'autocar pour Paris. Avant de partir, je dus m'asseoir et rester assis un moment, selon la vieille superstition russe, pour conjurer le mauvais sort. Elle m'avait remis cinq cents francs, qu'elle me força à porter dans une sacoche, sous la chemise, autour du ventre, sans doute pour le cas où l'autocar serait arrêté par des brigands. Je me promis que ce serait là la dernière somme d'argent que j'accepterais d'elle, et bien que je n'aie pas tenu tout à fait parole, cela me soulagea beaucoup sur le moment.

A Paris, je m'enfermai dans ma minuscule chambre d'hôtel et, négligeant les cours à la Faculté de Droit, je me mis à écrire tout mon saoul. A midi, je me rendais rue Mouffetard où j'achetais du pain, du fromage et, naturellement, des concombres salés. Je n'arrivais jamais à rapporter les concombres chez moi intacts: je les dévorais toujours séance tenante, dans la rue. Ce fut pendant plusieurs semaines ma seule source de satisfaction. Les tentations, pourtant, ne manquaient pas. En me restaurant, debout dans la rue, le dos au mur, mon regard fut à plusieurs reprises attiré par une jeune fille d'une beauté absolument inouïe, aux yeux noirs et aux cheveux bruns, d'une douceur tout à fait sans précédent dans l'histoire du cheveu humain. Elle faisait son marché à la même heure que moi et je pris l'habitude de guetter son passage dans la rue. Je n'attendais absolument rien d'elle – je ne pouvais même pas lui offrir le cinéma – tout ce que je désirais, c'était pouvoir manger mon concombre en la savourant du regard. J'ai toujours eu tendance à avoir faim devant le spectacle de la beauté, devant les paysages, les couleurs, les femmes. Je suis un consommateur-né. La jeune fille finit du reste par s'apercevoir du regard bizarre que je posais sur elle en dévorant mes concombres salés. Elle dut être assez frappée par mon goût immodéré pour les crudités, par la rapidité avec laquelle je les ingurgitais, et, le regard fixe, elle souriait tout de même un peu en passant à côté de moi. Finalement, un beau jour, comme je me surpassais, avalant un concombre énorme, elle n'y tint plus et elle me dit au passage, avec une trace de sincère sollicitude dans la voix:

– Dites donc, vous finirez par en crever!

Nous liâmes co

Un matin, alors qu'il ne me restait plus que cinquante francs en poche et qu'un nouvel appel à ma mère devenait impératif, en ouvrant l'hebdomadaire Gringoire, je trouvai ma nouvelle L'Orage imprimée sur toute une page, et mon nom en caractères bien gras, partout où il fallait.

Je repliai l'hebdomadaire lentement et rentrai chez moi. Je n'éprouvais aucune joie, au contraire, je me sentais étrangement fatigué et triste: je venais de do

Par contre, il est difficile de décrire la sensation que la publication de la nouvelle provoqua au marché de la Buffa. Un apéritif d'ho

– Rappelez-vous à qui vous avez l'ho

La nouvelle me fut payée mille francs et, cette fois, je perdis complètement la tête. Je n'avais jamais vu une telle somme d'argent auparavant et, allant tout de suite à l'extrême, comme quelqu'un que je co