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Cette conclusion se trouva confirmée à ses yeux lorsqu'il s'avéra que la réussite matérielle de M. Zaremba permettait à celui-ci de posséder une maison en Floride et un chalet en Suisse. Ma mère commença à manifester à notre locataire une commisération teintée d'ironie. Sans doute redoutait-elle que l'exemple d'un peintre prospère n'exerçât sur moi une influence néfaste; cela pouvait, Dieu nous garde, non seulement me détourner de la carrière diplomatique qui m'attendait les bras ouverts, mais encore m'inciter à me remettre une fois de plus aux pinceaux.

Ce n'était pas une inquiétude injustifiée. Le démon secret m'habitait toujours: il ne devait jamais me quitter. J'éprouvais souvent une nostalgie confuse, un besoin presque physique de formes et de couleurs. Lorsque je me décidai enfin – trois déce

Cependant, si j'étais un fréquent visiteur dans l'atelier que M. Zaremba avait loué boulevard du Tsarévitch, le goût que j'avais pour l'art n'y était pour rien. Le peintre était d'ailleurs spécialisé dans les figures d'enfants angéliques qui me laissaient indifférent. Il y avait une tout autre raison à l'intérêt que je lui portais. Je m'étais aperçu, en effet, que ce quelque peu neurasthénique perso

M. Zaremba ne s'était jamais marié. Il avait été aussi seul dans son enfance qu'il l'était demeuré dans sa maturité. Ses parents étaient morts jeunes, romantiquement emportés par la tuberculose. Ils étaient enterrés au cimetière de Menton où il se rendait souvent pour déposer des fleurs sur leur tombe. Il avait été élevé avec indifférence par un oncle célibataire, dans un riche domaine de Pologne orientale.

Il ne tarda pas à se livrer, avec infiniment de tact, à de prudents travaux d'approche.

– Vous êtes très jeune, mon cher Romain… Il disait à la polonaise panie Romanie, monsieur Romain.

– Vous êtes très jeune. Vous avez toute la vie devant vous. Vous trouverez une femme qui se dévouera à vous. Une autre femme, devrais-je dire, car je vois à chaque instant de quelle tendre sollicitude votre mère vous entoure. Je n'ai pas eu cette chance. J'avoue que j'aimerais rencontrer une perso

Je réprimai un sourire à l'idée qu'un autre que moi puisse occuper la première place dans l'affection de ma mère. Mais il ne fallait surtout pas l'effaroucher.

– Il me semble que vous avez raison de vous préoccuper de votre avenir, m'avançai-je prudemment. D'un autre côté cela risquerait de vous imposer certaines responsabilités. Financières, par exemple. Je ne sais si un peintre a les moyens de subvenir aux besoins d'une famille.

– Je suis très à l'aise matériellement, je vous assure.

Il se lissa la moustache.

– Il me plairait d'ailleurs de partager ma réussite avec quelqu'un. Je ne suis pas égoïste.

Cette fois, je me sentis ému. Je rêvais déjà d'apprendre à piloter. C'était, pécuniairement, tout à fait hors de ma portée: il fallait au moins cinq mille francs. Je pouvais peut-être lui demander de nous verser des arrhes, en signe de sérieux. L'idée d'une petite voiture me traversa également l'esprit à cent à l'heure, avec moi au volant. J'avais également remarqué que le peintre possédait une superbe robe de chambre en soie de Damas, brodée d'or.

Je riais intérieurement. Déjà l'humour était pour moi ce qu'il devait demeurer toute ma vie: une aide nécessaire, la plus sûre de toutes. Plus tard, bien plus tard, en privé et en public, à la télé et dans le «monde», les inconditio

L'idée d'avoir M. Zaremba pour beau-père suscitait en moi toutes sortes de remous. Il y avait des moments où l'amour sans répit dont j'étais l'objet était plus que je ne pouvais supporter. Me voir constamment dans un regard passio

Je ne tardai pas à m'apercevoir que ma mère commençait à sentir qu'il y avait anguille sous roche. Elle s'était mise à traiter le Polonais avec une froideur qui confinait à l'hostilité. Elle était entrée dans sa cinquante-troisième a

Souvent, lorsque ma mère, dans ce que j'appelais ses élans d' «expressio

M. Zaremba toussotait parfois, d'un air contrarié, pendant que ma mère déposait devant moi ses offrandes, mais il ne soufflait mot et ne se permettait jamais la moindre remarque dans le genre: «Nina, vous êtes en train de gâter votre fils et, dans ses rapports avec les femmes, vous lui réservez un avenir bien difficile. Que fera-t-il, plus tard? A quelle quête affective impossible le condamnez-vous ainsi?» Non, M. Zaremba ne se livrait jamais à une pareille intrusion; il se tenait simplement là, dans son costume tropical, légèrement peiné; il soupirait parfois et détournait son regard, avec un peu de mauvaise humeur, de nos effusions. J'étais convaincu que ma mère se rendait parfaitement compte de sa légère envie, ne serait-ce que parce qu'elle exagérait toujours ses manifestations de tendresse lorsque son timide soupirant se trouvait là; elle devait même y prendre goût, d'abord parce que la comédie