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Eh dehors de cette façon qu'il avait de nous défier en savourant sa possession du monde, Pastèque avait exercé sur moi une autre influence importante. Il devait avoir un ou deux ans de moins que moi, mais j'ai toujours été très influencé par mes cadets. Les hommes âgés n'ont jamais eu d'ascendant sur moi, je les ai toujours considérés comme étant hors jeu et leurs conseils de sagesse me semblent se détacher d'eux comme des feuilles mortes d'une cime sans doute majestueuse, mais que la sève n'abreuve plus. La vérité meurt jeune. Ce que la vieillesse a "appris" est en réalité tout ce qu'elle a oublié, la haute sérénité des vieillards à barbe blanche et au regard indulgent me semble aussi peu convaincante que la douceur des chats émasculés et, alors que l'âge commence à peser sur moi de ses rides et de ses épuisements, je ne triche pas avec moi-même et je sais que, pour l'essentiel, j'ai été et ne serai plus jamais.
Ce fut donc le petit Pastèque qui m'initia à la magie. Je me souviens de l'éto
Il ne me restait plus qu'à formuler un vœu.
Je me mis à réfléchir.
Assis par terre, la bouteille entre les jambes, je couvrais ma mère de bijoux, je lui offrais des Packard jaunes avec des chauffeurs en livrée, je lui bâtissais des palais de marbre où toute la bo
Il me semble que j'y suis encore, assis, dans ma culotte courte, parmi les orties, la bouteille magique à la main. Je faisais des efforts d'imagination presque paniques, car je pressentais déjà que le temps m'était strictement compté; mais je ne trouvais rien qui fût à la mesure de mon étrange besoin, rien qui fût digne de ma mère, de mon amour, de tout ce que j'eusse voulu lui do
Depuis, je me suis fait à l'idée et, au lieu de hurler, j'écris des livres.
Parfois, il m'arrive d'ailleurs de désirer quelque chose de concret et de bien terrestre, mais comme je n'ai de toute façon plus la bouteille, ce n'est même pas la peine d'en parler.
J'enterrai mon talisman dans la grange, je plaçai le chapeau haut-de-forme par-dessus, pour pouvoir repérer l'endroit, mais une sorte de désenchantement s'empara de moi et je n'essayai jamais de le récupérer.
CHAPITRE XVI
Pourtant, les circonstances firent que ma mère et moi eûmes bientôt besoin de toutes les puissances magiques que nous eussions pu trouver autour de nous.
D'abord, je tombai malade. La scarlatine me quittait à peine qu'une néphrite lui succédait et les grands médecins accourus à mon chevet me déclarèrent perdu. Je fus déclaré perdu à plusieurs reprises, dans ma vie, et une fois, après m'avoir administré l'extrême-onction, on alla même jusqu'à placer une garde d'ho
A mes moments de conscience, je me sentais très inquiet.
J'avais un sens aigu de mes responsabilités et l'idée de laisser ma mère seule au monde, sans aucun soutien, m'était insupportable. Je savais tout ce qu'elle attendait de moi et alors que j'étais couché là, vomissant du sang noir, l'idée de me dérober me torturait plus encore que mon rein infecté. J'allais déjà sur ma dixième a
J'imagine que mon refus de me dérober à mes obligations envers ma mère joua un rôle considérable dans la lutte que j'entamai pour demeurer vivant. Chaque fois que je voyais, penché sur moi, son visage douloureux, vieilli, creusé, j'essayais de sourire et de dire quelques mots cohérents, pour montrer que je tenais bon et que ça n'allait pas si mal que ça.
Je fis de mon mieux. J'appelais à ma rescousse d'Artagnan et Arsène Lupin, je parlais français au médecin, je balbutiais des fables de La Fontaine et, une épée imaginaire à la main, je me fendais en avant et sus! sus! sus! je faisais comme le lieutenant Sverdlovski me l'avait appris. Le lieutenant Sverdlovski vint me voir lui-même et il resta longuement à mon chevet, sa grosse patte posée sur ma main, remuant violemment ses moustaches, et je me sentais encouragé dans ma lutte par cette présence militaire à côté de moi. J'essayais de lever mon bras et de faire mouche, le pistolet au poing; je fredo
Tout le monde co
Cependant, je me battis courageusement, comme il sied à un Français, et je gagnai la bataille.
J'ai gagné beaucoup de batailles dans ma vie, mais j'ai mis beaucoup de temps à me faire à l'idée qu'on a beau gagner des batailles, on ne peut pas gagner la guerre. Pour que l'homme puisse y parvenir un jour, il nous faudrait une aide extérieure et celle-ci n'est pas encore à l'horizon.
Je peux donc dire que je me battis selon les meilleures traditions de mon pays, avec une abnégation totale, sans penser à moi, mais uniquement pour sauver la veuve et l'orphelin.
Je faillis mourir tout de même, laissant à d'autres le souci de représenter la France à l'étranger.
Mon souvenir le plus pénible fut le moment où, sous l'œil de trois médecins, je fus enveloppé dans un drap glacé, petite expérience que j'eus à subir à nouveau à Damas, en 1941, alors que j'agonisais, atteint d'hémorragies -intestinales à la suite d'un cas de typhoïde particulièrement hideux, et que la Faculté réunie décida qu'on pouvait aussi bien essayer de me faire plaisir encore une fois.
Ce traitement intéressant n'ayant do