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IV LE BOURREAU

Le soir de ce jour, sous la sérénité pâle du crépuscule, Paris gardait encore de profonds tressaillements. L’échauffourée du matin en place de Grève semblait se prolonger par des grondements qui parfois se répercutaient, on ne savait pourquoi; des groupes de bourgeois cuirassés, casqués, la pique, la hallebarde ou l’arquebuse aux poings, s’entretenaient aux carrefours; des patrouilles d’hommes d’armes passaient lourdement; par moment, quelque seigneur suivi de son escorte de cavaliers trottait au long des chaussées. Bourgeois, soldats, seigneurs avaient la croix blanche de la Ligue sur la poitrine ou bien, autour du cou, le chapelet signal de ralliement; car on venait de fonder la confrérie du Chapelet et tout Paris en était; malheur à ceux qui ne portaient aucun de ces deux signes.

Il ne faisait plus jour, pas encore nuit; peu à peu les bruits s’éteignaient, et du ciel, mêlées aux dernières clartés tombaient les premières ombres qui allaient envelopper la silhouette capricieuse et tourmentée du vieux Paris, ses toits aigus, ses ruelles étroites et tortueuses, ses hérissements de tourelles, de cloches et de girouettes, ce grand lac de tuiles verdies par les mousses, parsemé de ces îlots formidables, sombres et menaçants qui s’appelaient le Temple, le Louvre, le Grand Châtelet, la Bastille…

Ce fut à cette heure indécise que quatre hommes portant une civière s’approchèrent de la voiture de Belgodère demeurée sur la place de Grève. Sur la civière, il y avait un cercueil vide.

Dans la roulotte, une torche de résine était allumée; ses lueurs fuligineuses jetaient de vagues reflets rouges sur le corps de la Simo

L’ombre, lentement, grimpait aux coins de la roulotte. Dans cette ombre, au fond, Saïzuma la bohémie

Les quatre hommes entrèrent et déposèrent le cercueil au long de la morte.

– Voilà! fit l’un; nous venons enlever cette hérétique de bohème…

– Bien entendu, ajouta un autre, il n’y a pas de prêtre; la défunte s’en est passée pendant sa vie: elle s’en passera pour sa dernière promenade.

Belgodère approuva d’un signe de tête et dit simplement:

– Hâtons-nous…

– Oh! ricana un porteur, vous êtes pressé, mon compère! Il paraît que vous ne voulez pas faire attendre messire Satan!… Allons, la belle enfant, gare!…

Violetta, secouée d’un long frisson, s’était jetée sur la Simo

– Adieu, maman… ma pauvre maman Simo

Lorsqu’elle osa regarder, la Simo

D’eux-mêmes, les porteurs placèrent le reste des fleurs sur le cercueil. Ils le descendirent… le déposèrent sur la civière. Et déjà, ils se mettaient en route.

– Viens, dit alors Belgodère d’une voix étrange.

Violetta jeta sur lui des yeux égarés par le désespoir de cette minute affreuse.

– Viens donc! reprit le bohémien avec un sourire effrayant. Tu ne veux pas laisser ta mère s’en aller toute seule!… Allons, je te permets de l’accompagner…

Ce fut presque un cri de joie qui râla dans la gorge de la jeune fille. Pour la première fois depuis de longues a

– Je ne suis pas aussi mauvais diable que tu le penses! grommela le bohémien en haussant les épaules.

Violetta s’élança…

Accompagner sa mère jusqu’au cimetière! Pour cette pauvre enfant, c’était une consolation… triste consolation! Et les patrouilles qui sillo

Belgodère avait quitté la roulotte en disant à ses deux hercules assis sur les marches:

– Ramenez la voiture à l’auberge. Peut-être ne rentrerai-je pas cette nuit… Et quant à Violetta, ajouta-t-il plus sourdement, elle ne rentrera jamais!…

Il s’éloigna alors à grandes enjambées, et d’assez loin, sombre, oblique, rasant les murs, se mit à suivre Violetta qu’il couvait de son œil luisant, comme la bête de proie suit sa victime à la piste, sans bruit, dans la nuit des grands bois solitaires.

Au moment où Violetta se mit en marche derrière la lugubre civière, un homme abrité sous l’auvent d’une maison de la place, la tête couverte d’une cape noire qui retombait sur son visage, à demi penché, palpitant, la suivit d’un morne regard jusqu’à ce qu’elle eût disparu.

– La victime est en route, murmura-t-il alors. Il me reste à prévenir le sacrificateur! Effroyable besogne!… Pauvre infortunée! Le hideux bohémien te mène… et là-bas, t’attend Fausta, l’implacable Fausta!…

Cet homme frisso

Entre la cathédrale, formidable de son silence, et le Palais d’où sortaient les sourdes rumeurs du Parlement assemblé en séance de nuit, vers le milieu de la rue Calandre, dans un terrain vague en bordure du Marché Neuf achevé depuis deux mois, s’élevait une maison basse, honteuse, un logis écarté, en quarantaine parmi les logis voisins.

Le jour, les hommes s’écartaient de cette demeure en grondant une imprécation. Les femmes qui passaient par là pâlissaient et faisaient un signe de croix. En ce logis, dans une pièce froide, aux meubles sévères, aux murailles nues qui s’ornaient seulement d’une grande croix d’ébène, une sorte de colosse pensif était assis dans un large fauteuil, le coude sur une table servie, le front dans la main, tandis qu’une vieille servante allait et venait à pas furtifs.

– Vous ne mangez donc pas, maître Claude? demanda la femme en s’arrêtant.

Le géant fit un geste d’indifférence et de lassitude.

– Toujours ces affreux souvenirs de votre ancien métier, reprit-elle au bout d’un silence.

– Non, dit sourdement Claude en secouant la tête.

– Oh!… alors, c’est que vous pensez à l’enfant!…

– Toujours! soupira Claude comme s’il se fût parlé à lui-même. Les minutes où les spectres de mes victimes ne vie

Maître Claude laissa lentement retomber son poing noueux, pareil à une masse. Un soupir gonfla et souleva son vaste poitrail. Et cet homme, qui semblait l’incarnation de la force animale, reprit avec une étrange douceur:

– Il paraît que je n’étais pas fait pour tant de bonheur, et que j’étais condamné aux solitudes maudites! Pourtant… rappelez-vous, dame Gilberte, je n’en abusais pas de ce bonheur!… Je n’allais voir l’enfant que deux fois par semaine… c’étaient mes grandes fêtes à moi!… Mais quelles fêtes que ces jeudis et ces dimanches! ajouta-t-il avec un rayo