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Manquant de charme, son fils resterait peut-être sur la touche. Il pratiquerait un onanisme acharné, comme s'il imaginait qu'il allait faire surgir une sirène par son méat. Il laverait lui-même son linge et mangerait des sandwichs penché au-dessus de 1'évier pour s'éviter la corvée de balayer les miettes.

Elle aurait voulu être endormie. Elle aurait aimé que son travail consiste à dormir. Elle occuperait un petit lit entreposé dans une pièce obscure. Parfois on lui demanderait même de faire des heures supplémentaires ou de dormir trois jours de suite, un mois, un an, dix, davantage encore et on ne la réveillerait que pour mounr.

Elle regrettait d'attendre si longtemps le sommeil, détaillant les murs et les objets comme s'ils étaient les minutes de son insomnie. Elle prenait une soucoupe dans le placard, elle la laissait tomber. Elle balayait les morceaux, elle cassait un verre et une tasse. Elle n'en pouvait plus de ce vide tout autour d'elle et dans son corps, elle aurait été en droit de se précipiter du haut de n'importe quel édifice pour se soulager. Elle n'aimait pas plus la mort que n'importe qui, elle la désirait seulement quand la douleur devenait intolérable, comme les torturés qui se jettent par la première fenêtre venue.

Elle aimait la vie, puisqu'elle était toujours là après tant d'a

Elle essayait de s'obliger à être gaie. Elle souriait, elle esquissait même un petit rire qui réso

Elle ne regrettait pas sa vie, elle valait celle d'un animal de compagnie, ou même d'une amibe au fond d'un ventre. Elle n'enviait pas l'inertie des objets, ni les machines qui s'activaient sans jamais avoir ressenti la moindre sensation. Elle n'avait pas la force de se révolter, de se détacher des vivants, même si souvent le suicide lui semblait un plaisir dont par perversion elle reculait sans cesse l'échéance.

Elle en avait assez d'être debout à regarder les volets, les murs. Elle allait réveiller son fils et le promener dans les rues. Elle finirait par croiser des piétons attardés qui s'intéresseraient à elle et l'inviteraient à leur domicile. Elle leur raconterait une vie imaginaire, avec deux mariages et une petite fille étranglée par un clown. Mais son histoire ne les intéresserait pas, on finirait par la mettre dehors. Elle rentrerait, s'allongerait à plat ventre sur son lit avec l'oreiller sur la tête pour amortir le bruit des cris que pousserait l'enfant. Puis elle regarderait l'heure, elle se lèverait et se laisserait tomber dans sa journée comme dans une crevasse.

Le soir, elle n'irait pas chercher son fils, elle descendrait dans le métro, se laissant frotter par la foule comme si elle espérait qu'on l'use, qu'on la réduise à une tranche d'humaine trop fine pour être encore viable. Elle aurait voulu que des milliers de visages entrent dans sa mémoire, ils auraient tout aussi bien rempli sa solitude que le mobilier du logement et les mots sans suite qu'elle prononçait pour entendre le son d'une voix. Elle exigeait d'être vue, elle voulait d'un cerveau peuplé de physionomies qui la regardent, la scrutent, lui do

Elle s'est lavé les mains, puis elle s'est rongé les ongles assise sur une chaise. En définitive, elle ne voulait d'aucun visage, et toute présence l'aurait importunée. Le genre humain tout entier l'empêchait de dormir, seul le vide absolu finirait par lui procurer le sommeil. Même la présence de son fils constituait une gêne, elle avait envie de traîner son lit sur le palier, ou même de le descendre par l'ascenseur jusqu'au hall d'entrée. Si elle avait eu une corde elle l'aurait glissée le long de la façade comme un alpiniste à la jambe brisée.

Il existait peut-être quelque part des igloos en béton où l'on pouvait se faire enclore. Loin des lumières, des bruits, elle pourrait enfin s'assoupir, dormir, rêver, oublier toute cette vie où chaque instant avait été trop lourd, trop réel et qui l'avait fait saigner comme un calcul. Sa respiration se ferait plus lente, son cœur oublierait de battre, l'euphorie de la mort la gagnerait.

Enfant, elle aurait dû grimper sur un tabouret, et vider l'armoire à pharmacie familiale. Puis, elle se serait repliée à la cuisine pour se faire un petit festin de comprimés arrosés de limonade et de sirop.

Elle se demandait pourquoi il n'y avait pas des histoires drôles dans tous les recoins de son psychisme, ou alors des types qui n'arrêteraient pas de se marier avec de longues femmes aux grands sourires remplis de dents jaune canari.

Elle finirait par se pendre d'insomnie. Elle se mettait quand même au lit. Elle parvenait à s'endormir. Quand le réveil so

À son bureau, elle sentait que le temps devenait dur et incassable comme du verre blindé. À la cantine, elle participait parfois aux discussions. À son âge, les hommes la courtisaient moins qu'avant. Les premiers temps, elle avait cédé aux volontaires. Elle avait fait garder son fils à plusieurs reprises, passant le week-end entre les murs d'une chambre perchée au vingtième étage, ou dans une villa de banlieue agrémentée d'un jardin carré bordé de haies vives. Elle s'engouffrait avec satisfaction dans la vie d'un autre qui lui montrait des photos de son adolescence ou branchait la radio pour entendre un commentaire sportif pendant l'amour.

Elle n'avait de béguin pour aucun d'eux, elle se serait passée de leurs services sans regret. D'ailleurs, le jour où on lui a fait une réflexion, laissant planer la possibilité d'un renvoi si elle persistait à choisir ses amants dans l'enceinte de l'entreprise, elle n'a plus jamais répondu aux avances de ses collègues. Sa vie amoureuse s'est arrêtée là.

Désormais, elle évitait de se mettre nue devant son fils. L'espace où ils vivaient rétrécissait. L'enfant avait les épaules larges et de longues jambes. Elle lui laissait toute la place, dormant sur un matelas qu'elle déroulait au dernier moment. Elle lui avait acheté un bureau en bois clair et des rayo

Un jour il l'a blessée au coin de la lèvre, et comme pour se faire pardo

Par la suite il lui est arrivé souvent de profiter de son sommeil pour remplir une petite valise en skaï, et s'en aller sur la pointe des pieds. Une fois dehors elle marchait dans les rues, comme du temps de sa jeunesse elle regardait les façades des immeubles et se demandait pourquoi elle ne faisait pas plutôt partie d'un de ces cerveaux endormis de l'autre côté des volets clos. Elle se rendait à la gare, tournait en rond sur le parking. Elle ne savait pas si au matin elle aurait la force de prendre un train, s'installer ailleurs et se fondre dans un nouvel anonymat. Elle rebroussait chemin.

En rentrant elle avait la tête qui tournait, elle était obligée de s'asseoir. Elle se sentait nostalgique de l'époque où elle aimait tant le suicide qu'il pouvait lui servir de refuge à tout instant. Aujourd'hui, elle redoutait même la mort naturelle. Alors elle était priso

Elle s'étendait sur le lit, elle entendait déjà les premiers bruits de l'aube. Elle tremblait, elle avait l'impression que sa vie entière tenait en un seul souvenir glacé comme une couverture mouillée.

Elle se levait. Elle buvait des bols de café attablée dans sa cuisine minuscule. Elle entrouvrait les volets. Elle comprenait de moins en moins pourquoi elle se trouvait ici, plutôt qu'en bas, en face, ou dans l'avion qu'elle supposait de l'autre côté des nuages. Elle imaginait même qu'elle aurait pu exister à la place de son fils, jouant les deux rôles. Elle l'aurait éloigné, il serait parti pour n'importe quelle destination où il aurait bâti une existence autonome. À moins qu'elle ait profité de sa jeunesse pour exalter en lui le goût du risque et le perdre dans un impossible exploit.

Le gamin n'était plus scolarisé depuis des lustres. Il était devenu un adulte instable. Il se servait du domicile maternel comme d'un port d'attache. Mais un soir en rentrant elle a constaté que toutes ses affaires avaient disparu. Sans savoir pourquoi, elle a eu la certitude qu'elle ne le reverrait jamais plus.

Quinze jours après, son bonheur était déjà émoussé. Elle somnolait à son travail, dans son lit elle ne fermait pas l'œil de la nuit. Ses collègues prenaient rarement la peine de lui parler, et ils ne répondaient pas de bo

Quand elle quittait son bureau, elle se jetait dans la foule comme dans une mer froide où il faut nager, se débattre pour éviter l'hydrocution. Elle remontait les rues, elle se sentait exister dans la bousculade. Elle ne voyait pas les visages, mais la race humaine la touchait de toutes parts. Elle faisait partie d'une colonie i