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Ils pouvaient faire chambre à part. Ils feraient leur toilette en maillot comme dans les douches mixtes d'une piscine mulllcipale. Il serait gêné quand elle raconterait à l'ouvrier venu réparer une prise électrique, que depuis quelque temps elle préférait de surcroît qu'il pre

Elle se demandait comment exister chacun à son tour. Un jour sur deux ils auraient pu vivre pendus au plafond comme des jambons dans une charcuterie. L'un mort, l'autre vivant, l'un solide, l'autre à l'état gazeux dans un conduit d'aération ou une boîte à biscuits. L'un arpentant le logement, l'autre priso

Elle aurait voulu qu'il perde ses parties génitales dans un accident. Il saurait alors que plus rien de charnel ne serait jamais possible entre eux, il la respecterait, il aurait pour elle tous les égards qu'on doit à un enfant ou à une toile de maître protégée jour et nuit par une alarme.

Elle se souvenait de toute cette vie qu'elle avait menée sans lui, la nostalgie lui manquait autant que le bonheur de se trouver dans le tronçon actuel de son existence. Elle désirait autre chose, sans cette respiration continuelle des mammiferes, une bo

Un jour elle a décidé qu'elle préférait la maternité à la vie de couple. Elle a accepté les rapprochements, elle a accueilli ses jets de sperme. Quand elle a eu la certitude de sa grossesse, elle lui a dit que décidément elle n'aimait pas l'amour et qu'il valait mieux qu'à l'avenir ils s'en passent. Il ne l'a pas crue quand elle lui a révélé qu'elle était enceinte. Ils se sont disputés jusqu'à trois heures du matin, elle a passé le reste de la nuit à préparer ses bagages.

En quittant l'immeuble, elle a pensé qu'elle se souviendrait jusqu'à sa mort de la cage d'escalier et le la porte cochère. Elle a fait quelques pas dehors, il n'y avait encore aucun passant dans les rues. Elle ne co

Elle s'est réveillée dans l'après-midi, elle a vu le prix de la chambre affiché sur la porte. Elle est descendue dans le hall éplucher les a

Elle a acheté un lit et le strict nécessaire. Elle faisait des provisions de conserves, elle les mangeait tièdes en regardant les voitures tourner autour de la place. Elle croyait distinguer les visages à travers les pare-brise. Elle ne serait jamais l'un d'entre eux, elle aurait toujours la même surface de chair qui s'étiolerait sur le devant de la tête. Elle s'imaginait que les gens étaient joyeux, qu'ils souriaient dans les habitacles, que parfois une certaine hilarité secouait leur crâne.

Elle baissait le volet roulant, elle lavait son assiette et la posait en équilibre sur l'égouttoir. Elle s'asseyait au pied du lit, elle essayait de ne plus se souvenir de rien. Elle avait la sensation que dans son ventre la bestiole se dissolvait comme un aliment.

Elle se couchait, elle dormait le plus possible mais elle se réveillait quand même. Elle levait lentement le volet, elle voyait la journée face à face. Elle aurait voulu pouvoir rester derrière ses fenêtres, mais elle éprouvait le besoin de sortir. Elle sautillait sur les trottoirs derrière son ventre bombé. Elle était vite fatiguée, elle se reposait contre les pylônes et les arbres. Puis elle continuait à cheminer.

Elle remontait le soir chez elle avec une bedaine encore plus dilatée et plus dure. Toute allusion à la figure humaine lui était insupportable, elle ne regardait plus que la lumière des phares des voitures à travers les vitres. Elle se mettait au lit, elle se réveillait dans la nuit. Elle ne se rendormait pas. Le matin, elle buvait son café devant la fenêtre, elle se disait je suis derrière mon hublot. Les gens étaient mouvants sur la place qui se recomposait à chaque instant comme un ban de seiches ou de poissons gris. Elle voyait la lumière tomber diffuse d'un plafond de nuages serrés l'un contre l'autre comme des parpaings, ou alors le soleil écorchait tout et la figure des passants se retrouvait nue.

Le fœtus do

Elle a mis au monde un garçon. Elle a décampé sans lui le surlendemain. Elle a passé la journée effondrée sur la banquette d'un café. Elle était épuisée, son ventre et sa poitrine étaient douloureux. Le soir elle est revenue à l'hôpital, son enfant n'était plus dans la chambre. Elle a parcouru les étages, elle l'a retrouvé dans une salle éclairée par des veilleuses. Elle l'a reco

Elle est arrivée chez elle, il a commencé à crier quand elle a refermé la porte. Elle l'a déposé dans le berceau, puis elle lui a do

Il a marché à onze mois. Il tournait dans le logement, il s'accrochait partout. Elle lui do

Elle avait pris l'habitude de chercher de la mo

On a fini par la mettre à la porte de son logement. Elle a été hébergée dans un foyer. Elle partageait une pièce avec une femme au visage abîmé dont les jumeaux la réveillaient plusieurs fois chaque nuit. La fenêtre do

Elles se parlaient pour se dire qu'elles devenaient folles dans un espace aussi réduit, rempli de cris, aussi isolé du monde. Elles regrettaient d'avoir eu ces enfants, elles en rêvaient d'insonores, de moins soumis aux contraintes de la physiologie. Elles auraient voulu conjuguer leurs énergies pour les étrangler et prendre la fuite avec ce sentiment de folle liberté qu'éprouvent les évadés.

Elles passaient l'après-midi dans une grande salle aux murs bleus. Elles discutaient avec les autres femmes dans le brouhaha général des voix empilées l'une sur l'autre. Elle avait l'impression de bruisser dans une ruche.

Pour pouvoir partir, elle a accepté le premier travail venu. Elle occupait une place dans un bureau, elle triait des chiffres sur un écran et quelquefois on l'envoyait poster une lettre. Elle n'éprouvait aucun plaisir à faire partie d'une entreprise, à croiser des gens dans les couloirs, à prendre chaque matin l'ascenseur sous l'œil indifférent des hôtesses. Son enfant passait la journée dans une crèche, elle le récupérait à dix-huit heures. Elle louait un studio fonctio

Dans un coin du logement elle avait installé une carpette avec des jouets et des peluches achetés dans une braderie. Elle consacrait un moment au jeu, l'aidant à constituer des figures avec des cubes de couleur, ou à faire rouler une bille dans une boîte en plexiglas. Ensuite elle aurait voulu le coucher, mais il n'obéissait pas à ses injonctions. Elle éteignait la lumière et s'allongeait auprès de lui. Elle lui racontait une histoire interminable à voix de plus en plus basse jusqu'à ce qu'il s'endorme.

Elle passait le reste de la soirée accroupie devant la seule clarté du téléviseur. Elle aimait recevoir toutes ces images et ces voix qui l'arrachaient à l'existence minimale où elle se trouvait enfermée. Puis elle éteignait le poste, elle s'asseyait sur son lit. Elle se levait pour voir la rue à travers les fentes des persie