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Elle n'avait aucune raison de rester ici, elle allait marcher encore quelques heures, puis cette nuit elle dormirait comme le reste de la ville. Demain elle se réveillerait dans un état normal, presque de bo
Le type lui a proposé de travailler ici. Elle pouvait essuyer les verres, passer un coup de balai. Elle discuterait avec les clients en nettoyant les tables. Quand le soir tomberait elle serait tout éto
Elle a repris le journal, elle aurait dû passer une a
Le type la regardait, il lui a proposé de l'inviter à dîner. Elle n'avait pas envie d'attendre le soir, elle aurait accepté de coucher avec lui tout de suite pour mettre une demi-heure à la poubelle. Il y avait un couple de jeunes gens assis à une table près de la porte, il les a jetés dehors. Il a baissé le rideau de fer, il lui a dit j'ai une petite chambre à l'étage. L'escalier en colimaçon n'avait pas de rampe, il lui manquait plusieurs marches. La pièce était aussi étroite que le matelas qu'elle contenait. II s'est déshabillé, elle l'a trouvé drôle avec son début d'érection qui semblait la montrer du doigt comme une curiosité. Elle lui a dit je garde mes vêtements, il l'a caressée par-dessus le tissu.
Elle ne supportait pas le contact de ses mains, elle regrettait de l'avoir provoqué. À présent, il ne la laisserait pas ressortir tant que ses testicules n'auraient pas expectoré. Elle a attrapé son sexe, elle l'a masturbé. Après l'éjaculation, il lui a demandé pourquoi elle l'avait exécuté, alors qu'ils auraient pu avoir un coït. Elle regardait son sperme, quelques gouttes avaient atteint le mur, d'autres avaient été bues par le matelas. Elle était heureuse d'être restée à l'abri, d'avoir conservé sa vulve comme un objet perso
Il lui a demandé pourquoi elle lui avait fait cette proposition, alors qu'il ne lui demandait rien. Elle ne lui a pas répondu, il n'aurait jamais compris sa lassitude soudaine, son besoin de rester isolée dans son corps, son sentiment d'horreur à l'idée de toute intrusion. Il a fermé les yeux comme s'il était fatigué, il lui a dit qu'elle pouvait s'en aller. Elle lui a proposé de recommencer, il a soupiré. Elle a caressé son sexe du bout des doigts, puis elle s'est penchée et elle l'a pris dans sa bouche. Elle était satisfaite de gagner du temps, de rester là, à l'extérieur de la rue et de son domicile où elle était encore plus désœuvrée et plus seule. Cette chambre lui semblait un petit rêve gris à l'écart du reste de la planète recouverte de son infime couche d'organismes, certains poussant des cris, d'autres articulant, mais tous se déplaçant, allant, venant, grouillant, jamais rassurés d'être en vie.
Elle préférait le sucer, plutôt que de retourner tout de suite là-bas. Elle retardait l'instant où il lui faudrait recommencer à faire partie de la foule, où elle chercherait encore une issue, un tu
Il a éjaculé, elle l'a gardé dans sa bouche. Elle ne voulait pas l'abando
Elle finirait pourtant par s'en aller, avec toute une nouvelle journée en perspective, toute une semaine, toute une vie longue et lente. Elle aurait le temps de changer plusieurs fois de pays, de continent, d'élever des petits mammifères dans sa cuisine, d'avoir des enfants de toutes les couleurs, de les semer ici et là comme s'ils étaient aussi insensibles que des nains de jardin. Elle ne compterait plus les hommes, elle ne les verrait même plus défiler, elle se laisserait chevaucher avec le sourire banal des bouches que la main badigeo
Il dormait, elle lui caressait le visage pour qu'il se réveille, il n'avait aucune réaction. Elle ne voulait pas partir, et elle n'en pouvait plus de rester immobile dans cette chambre. Elle allait le secouer, lui dire fais quelque chose pour moi, tout ce qui te passera par la tête. Elle lui a pincé le lobe de l'oreille gauche, puis de la droite, et il a ouvert les yeux comme si elle avait trouvé la combinaison du mécanisme qui les maintenait fermés. Il lui a demandé pourquoi elle était encore là, il l'a empêchée d'empoigner son sexe. Maintenant il devait se rhabiller, se dépêcher de rouvrir le bar.
Elle l'a suivi dans l'escalier en colimaçon, il a relevé le rideau de fer. À nouveau elle a pris place devant le comptoir, tandis qu'il dépoussiérait les bouteilles. Deux hommes sont entrés, ils se sont assis sous la pendule dont même l'aiguille des secondes semblait anormalement lente, comme si elle boitait autour du cadran. Ils parlaient à voix basse, on aurait dit qu'ils complotaient. Une femme âgée est entrée, puis une quinquagénaire, un type blond, un autre châtain clair, et toute une ribambelle qui ont rempli la salle en quelques minutes.
Il ne faisait plus aucune attention à elle, prenant les commandes, apportant les consommations. Elle l'avait oublié, il ne lui était pas plus familier que les inco
Elle attendait que quelqu'un lui parle, elle lui répondrait nous pourrions monter à l'étage. Il serait trop occupé à servir pour remarquer leurs silhouettes grimper jusqu'à la chambre. Elle lui dirait ce n'est pas la peine de vous déshabiller, mais elle se mettrait nue, en croix, comme un petit cadeau impromptu. Il serait intimidé, elle lui dirait si vous voulez je me retourne, il lui ferait non en remuant la tête. Elle lui demanderait de se dépêcher, il s'allongerait sur elle sans que rien se produise. Elle lui dirait rendez-moi service, allez-vous-en et demandez à n'importe qui de monter à votre place. Il partirait, mais perso
Elle redescendrait. Un garçon d'une trentaine d'a
Le brouhaha du café lui parviendrait, elle se dirait qu'il allait soudain interrompre son service et monter. Il lui promettrait de la rejoindre après la fermeture, elle s'étirerait en silence comme pour s'exposer aux rayons de l'ampoule pendue au plafond. Puis elle l'entendrait redescendre d'un pas enjoué, joyeux comme un rongeur qui vient de cacher de la nourriture dans un recoin de sa tanière.
Il ne la verrait même pas traverser la salle et disparaître dans la rue. Elle rencontrerait une femme anormalement petite qui lui demanderait de signer une pétition pour une cause perdue. Elle l'entraînerait dans un passage pour lui montrer une collection de photos de cachots, de cages, et d'autres très floues prises à la sauvette lors d'interrogatoires ou de séances de torture. Elle lui dirait je n'ai pas le temps, la femme insisterait, lui montrant des membres arrachés et des bourses alignées sur un marbre. Elle la bousculerait, elle se mettrait à courir. Elle entrerait dans une parfumerie, elle essaierait des nouveautés. Elle n'achèterait rien, la vendeuse lui do