Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 17 из 39

Elle ne bougeait pas, la pièce lui appartenait, elle l'avait prise à l'immeuble et elle était devenue sa cachette pour la nuit. Elle ne dormirait pas, elle laisserait le temps passer en elle comme un petit fil à peine perceptible à travers les veines ou comme un collier de cailloux qui remonterait par les artères jusqu'au cœur. La douleur la ferait crier, elle éprouverait après le plaisir de la sentir diminuer, s'éteindre. Puis elle se souviendrait de son enfance; un homme qui la jetait sur un lit pour la faire rire et une petite fille qui la pinçait. À certains moments, rien n'apparaîtrait à sa conscience, sauf quelques cercles flous, comme pour rappeler la présence des cellules. Alors le temps tomberait à fond perdu, elle n'aurait aucune sensation de rien, des minutes ou des heures durant.

La femme secouait la tête comme si des insectes étaient parvenus à pénétrer dedans. Elle s'est levée, elle est revenue au salon. Elle s'est approchée de la fenêtre, elle a posé sa main contre la vitre.

Elle lui a dit de s'étendre sur le canapé.

– Vous ne voulez pas mettre une de mes chemises de nuit?

Elle a écrasé sa figure contre le carreau.

– Vous pouvez dormir dans mon lit.

Elle s'est retournée.

– Moi, je passerai la nuit au salon.

Elle s'est éloignée de la fenêtre. Elle s'est rapprochée du couloir à pas imperceptibles. Elle avait les yeux à peine entrouverts, comme si un instinct la guidait. Elle a atteint la porte, elle a tourné la poignée et elle est partie.

– Vous avez encore faim?

Elle dévalait l'escalier, quittait l'immeuble et disparaissait dans un repli de la ville. Elle n'avait besoin de perso

La femme n'était plus là, elle était bien obligée de s'en apercevoir. Elle pouvait faire semblant de la chercher d'une pièce à l'autre, mais l'appartement était trop petit pour ces simagrées. Elle n'avait rien laissé derrière elle, à part son odeur, sa puanteur de femme des rues. Elle s'en apercevait à peine maintenant, et elle regrettait de ne pas lui avoir proposé une douche, un bon shampooing. Elle aurait mis ses vieilles frusques dans un sac poubelle bien ficelé, et elle lui aurait fait essayer les vêtements de sa garderobe.

Elle a ouvert la fenêtre de la cuisine et celle du salon. Les portes ont claqué, elle les a coincées avec des chaises pour établir un courant d'air. Elle a ouvert aussi celle de la chambre et le vasistas de la salle de bains. Le vent soufflait librement dans la maison. Elle a tout éteint, elle s'est allongée sur le canapé. Il faisait encore plus froid que tout à l'heure quand elle marchait avec la femme, il lui semblait qu'une pellicule de givre l'enrobait peu à peu.

Puis elle s'est assise, elle a allumé une lampe. Il était à peine trois heures du matin. Toute la nuit lui restait sur les bras. Cette femme ramassée dans la rue ne lui avait servi à rien, elle était partie sans lui adresser une parole d'encouragement à tenir bon sur cette espèce de fil tendu qui la séparait de l'aube. Elle aurait dû la droguer, l'entraver, et en ce moment elles seraient toujours ensemble.

Elle ne pouvait plus rester ici. Elle a pris son manteau à la patère du corridor, elle a quitté l'appartement. Elle ne croisait perso

Elle était exclue du sommeil de la ville. Elle était un organisme sans destinée, une suite d'organes mal emballés, et sa pensée était une mélodie pauvre comme la chanson d'une boîte à musique. Sa mère avait mis au monde une espèce de maladie qui s'était développée jusqu'à devenir cette jeune femme pathologique toujours en mouvement, tourmentée, incapable de trouver le repos.

Ses yeux ne lui signalaient plus que les obstacles, oubliant de la renseigner sur les détails et les couleurs. Puis elle n'a plus regardé que le sol, et elle a heurté un homme saoul. Elle est tombée, il a vomi sur l'aile d'une voiture et il a continué sa course. Elle s'est relevée, elle regrettait qu'il ait déjà disparu. Elle aurait voulu que les rues se repeuplent, qu'on s'y bouscule comme au plus fort de l'après-midi. Elle aurait fait des rencontres, quelqu'un l'aurait emmenée boire un verre dans un bar d'hôtel. Il lui raconterait ses voyages d'affaires, il lui montrerait une amulette qu'il aurait achetée à un guerrier enfermé dans une réserve qui croyait s'en échapper chaque nuit par le songe. Ils coucheraient, le coït serait puissant et leur procurerait un plaisir commun. Il ne voudrait pas qu'elle dorme à côté de lui, il lui demanderait comme un service de s'en aller. Elle lui dirait je vais m'installer sur le lit d'appoint, il lui répondrait non j'ai besoin que la pièce ne contie

Il frapperait violemment à la porte. Elle lui dirait je me lave les mains, je les essuie, je suis déjà partie.

Mais il l'entendrait remplir la baignoire, puis clapoter dans l'eau. Il lui dirait je perds du temps, je vais manquer de sommeil, un rapport ne vous do

Elle marcherait dans les couloirs de l'hôtel, prenant un ascenseur, descendant un escalier, bousculant des couples en tenue de soirée, des domestiques chargés de plateaux. Elle aboutirait plusieurs fois dans le hall, mais elle aurait peur de l'extérieur et elle se perdrait dans le premier labyrinthe venu, aboutissant aux cuisines, essayant de se cacher dans la réserve. Elle suivrait une femme de ménage dans sa tournée des chambres, elle marcherait à côté d'une cliente âgée comme si elle s'apprêtait à lui do

Elle rentrèrait, elle se coucherait sur son lit. Elle se relèverait, elle serait trop épuisée pour quitter son domicile. Elle ferait quelques pas dans le salon, elle s'endormirait sur le canapé. Elle se réveillerait vingt heures plus tard au coucher du soleil. Elle s'en irait tout de suite. Elle prendrait le métro, elle ouvrirait grand les bras quand elle se trouverait au milieu de la foule. Elle s'allongerait sur le sol, on l'enjamberait. Elle aurait l'impression que tous les gens qu'elle avait croisés au cours de sa vie défilaient au-dessus d'elle. Quelqu'un la remettrait debout et lui proposerait de la raccompagner. Elle se laisserait remorquer jusqu'à l'air libre. Elle rentrerait, elle jetterait ses vêtements noircis par le sol des correspondances. La douche ne la rafraîchirait pas et elle aurait une envie macabre de s'envoler dans l'air de la nuit. Elle s'étendrait sur son lit, elle se relèverait. Elle téléphonerait à des gens qui ne lui accorderaient qu'une trentaine de secondes avant de raccrocher.

Elle s'habillerait, elle sortirait. Elle déboucherait sur un boulevard illuminé, elle s'assiérait à une terrasse de café. Deux hommes prendraient place en face d'elle, ils lui demanderaient ce quelle voulait boire. Elle essaierait de leur sourire, elle retrousserait ses lèvres, montrant les dents comme une bête. Ils lui offriraient plusieurs verres, elle s'endormirait sur son siège. Ils discuteraient entre eux, ils décideraient en définitive de la laisser là.

Un serveur la réveillerait. Il lui faudrait faire quelques pas avant de reprendre son équilibre et de marcher droit. Elle lèverait la tête, elle ne trouverait pas le ciel. Elle s'engagerait dans une petite rue qui l'éblouirait par la lumière blanche de ses lampadaires. Un type lui demanderait si elle cherchait quelqu'un, elle répondrait je veux sortir d'ici. Il lui dirait vous n'êtes pas enfermée.

Elle se retournerait, elle essaierait de retrouver le café. Il serait toujours ouvert, elle s'installerait au fond de la salle. Elle ne commanderait rien, on la laisserait tranquille. Elle se dirait je ne veux pas qu'on m'adresse la parole, ni qu'un couple me propose de venir voir un tableau hérité il y a cinq ans d'un oncle amateur de croûtes. Elle ne voudrait pas qu'on la sollicite, qu'on la trimbale pour lui montrer combien les accélérations de cette voiture étaient franches alors qu'on l'avait achetée d'occasion quatorze a