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– La princesse ne m’a pas laissé parler. Elle a exigé que ma réponse fût renvoyée à après-demain.
– Pourquoi ce délai? fit Pardaillan en dressant l’oreille.
– Elle prétend que demain se passeront des événements qui influeront sur ma décision.
– Ah! quels événements?
– La princesse a formellement refusé de s’expliquer sur ce point.
On remarquera que le Torero passait sous silence tout ce qui concernait l’attentat prémédité sur sa perso
Pardaillan de son côté cherchait à démêler la vérité dans les réticences du jeune homme. Il n’eut pas de peine à la découvrir, puisqu’il avait entendu Fausta adjurer les conjurés de se rendre à la corrida pour y sauver le prince menacé de mort. Il conclut en lui-même: «Allons, il est brave vraiment. Il sait qu’il sera assailli, et il ne me dit rien. Il est de la catégorie des braves qui n’appellent jamais au secours et ne comptent que sur eux-mêmes. Heureusement, je sais, moi, et je serai là, moi aussi.»
Et tout haut il dit:
– Je disais bien, tout n’est pas perdu. Après-demain vous pourrez dire à la princesse que vous acceptez d’être son heureux époux.
– Ni après-demain, ni jamais, dit énergiquement le Torero. J’espère bien ne jamais la revoir. Du moins ne ferai-je rien pour la rencontrer. Ma conviction est absolue: je ne suis pas le fils du roi, je n’ai aucun droit au trône qu’on veut me faire voler. Et quand bien même je serais fils du roi, quand bien même j’aurais droit à ce trône, ma résolution est irrévocablement prise: Torero je suis, Torero je resterai. Pour accepter, je vous l’ai dit, il faudrait que le roi consentît à me reco
Les yeux de Pardaillan pétillaient de joie. Il le sentait bien sincère, bien déterminé. Néanmoins il tenta une dernière épreuve.
– Bah! fit-il, vous réfléchirez. Une couro
– Bon! dit le Torero en souriant. Je serai donc cet oiseau rare. Je vous jure bien, chevalier, et vous me feriez injure de ne pas me croire qu’il en sera ainsi que je l’ai décidé: je resterai le Torero et serai l’heureux époux de la Giralda. N ’ajoutez pas un mot, vous n’arriveriez pas à me faire changer d’idée. Laissez-moi plutôt vous demander un service.
– Dix services, cent services, dit le chevalier très ému. Vous savez bien, mordieu! que je vous suis tout acquis.
– Merci, dit simplement le Torero; j’escomptais un peu cette réponse, je l’avoue. Voici donc: j’ai des raisons de croire que l’air de mon pays ne nous vaut rien, à moi et à la Giralda.
– C’est aussi mon avis, dit gravement Pardaillan.
– Je voulais donc vous demander s’il ne vous e
– Morbleu! c’est là ce que vous appelez demander un service! Mais, cornes du diable! c’est vous qui me rendez service en consentant à tenir compagnie à un vieux routier tel que moi!
– Alors c’est dit? Quand les affaires que vous avez à traiter ici seront terminées, je pars avec vous. Il me semble que dans votre pays je pourrai me faire ma place au soleil, sans déroger à l’ho
– Et, soyez tranquille, vous vous la ferez grande et belle, ou j’y perdrai mon nom.
– Autre chose, dit le Torero avec une émotion contenue: s’il m’arrivait malheur…
– Ah! fit Pardaillan hérissé.
– Il faut tout prévoir. Je vous confie la Giralda. Aimez-la, protégez-la. Ne la laissez pas ici… on la tuerait. Voulez-vous me promettre cela?
– Je vous le promets, dit simplement Pardaillan. Votre fiancée sera ma sœur, et malheur à qui oserait lui manquer.
– Me voici tout à fait rassuré, chevalier. Je sais ce que vaut votre parole.
– Eh bien! éclata Pardaillan, voulez-vous que je vous dise? Vous avez bien fait de repousser les offres de Fausta. Si vous avez éprouvé un déchirement à renoncer à la couro
– Ah! je le savais bien! s’écria triomphalement le Torero. Mais vous-même! comment savez-vous? Comment pouvez-vous parler avec une telle assurance?
– Je sais bien des choses que je vous expliquerai plus tard, je vous en do
Et avec une gravité qui impressio
– Mais vous n’avez pas le droit de haïr le roi Philippe. Il vous faut renoncer à certains projets de vengeance dont vous m’avez entretenu. Ce serait un crime, vous m’entendez, un crime!
– Chevalier, dit le Torero aussi ému que Pardaillan, si tout autre que vous me disait ce que vous me dites, je demanderais des preuves. À vous je dis ceci: dès l’instant où vous affirmez que mon projet serait criminel, j’y renonce.
Cette preuve de confiance, cette déférence touchèrent vivement le chevalier.
– Et vous verrez que vous aurez lieu de vous en féliciter, s’écria-t-il gaiement. J’ai remarqué que nos actions se traduisent toujours par des événements heureux ou néfastes, selon qu’elles ont été bo
Et il éclata de son bon rire sonore.
Le Torero entraîné, lui répondit en riant aussi:
– Je le crois, parce que vous le dites et aussi pour une autre raison.
– Voyons ta raison, si toutefois ce n’est pas être trop curieux.
– Non, par ma foi! Je crois à ce que vous dites parce que je sens, je devine que vous portez bonheur à vos amis.
Pardaillan le considéra un moment d’un air rêveur.
– C’est curieux, dit-il, il y a environ deux ans, et la chose m’est restée gravée là – il mit son doigt sur son front – une femme qu’on appelait la bohémie
Et il se replongea dans une rêverie douloureuse, à en juger par l’expression de sa figure. Sans doute, il évoquait un passé, proche encore, passé de luttes épiques, de deuils et de malheurs.
Le Torero, le voyant devenu soudain si triste, se reprocha d’avoir, sans le savoir, éveillé en lui de pénibles souvenirs, et pour le tirer de sa rêverie il lui dit:
– Savez-vous ce qui m’a fort diverti dans mon aventure avec Mme Fausta?
Pardaillan tressaillit violemment et, revenant à la réalité:
– Qu’est-ce donc? fit-il.
– Figurez-vous, chevalier, que je me suis trouvé en présence de certain intendant de la princesse, lequel intendant me do
– Oui, elle possède au plus point l’art des nuances. Mais ne riez pas trop toutefois. Vous avez, de par votre naissance, droit à ce titre.
[3] Épisode de La Fausta chapitre XV (tome 3).