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– Comment avez-vous su qu’ils devaient s’évader?
– C’est Askof qui a trouvé le moyen de faire prévenir Coudry. Ils devaient se jeter sur moi, me faire signer de force leur libération! Je l’ai échappé belle! Mais ne ratez pas le Subdamoun, hein?
– Sufficit! répliqua le lieutenant.
La tête de Talbot, la gorge, le cou de Talbot étaient à la portée de la main du terrible Chéri-Bibi; celui-ci n’avait qu’à allonger un bras et l’homme, accroché, étranglé, entraîné dans le boyau noir, eût fini d’expirer sur la poitrine du démon!
Jamais, au cours de son extraordinaire criminelle vie, Chéri-Bibi n’avait eu une pareille poussée de désir vers la gorge d’un homme.
Hélas! Chéri-Bibi ne tuait que lorsqu’il ne le voulait pas.
Dans l’affreux tourbillon de ses pensées, l’idée du danger dont il fallait à tout prix sauver le Subdamoun sauva Talbot. La gargouille s’en alla. Elle remonta la cheminée.
Chéri-Bibi avait une agilité de singe et de forçat.
Il calculait: «Il faut dix minutes à Hilaire, à Garot et Manol, pour qu’ils se débarrassent d’Askof dans le «parloir des parents». En ce moment ce doit être fait. Le Subdamoun doit commencer à se déguiser, à se mettre la fausse barbe… Dans cinq minutes, ils seront chez Talbot et Jacques est f…»
Mais il ne perdait point son temps… Comme un diable, il était sorti de sa cheminée…
La nuit, heureusement, était complètement venue.
D’en bas montait la rumeur de la soldatesque qui causait là en attendant les événements du lendemain et l’heure de conduire le Subdamoun et sa bande, après le procès, à l’échafaud. Chéri-Bibi aperçut les feux du bivouac tandis qu’il se laissait glisser le long de la haute cheminée après avoir enroulé sa corde autour d’un bras.
Tant de soldats dehors, tant de gardes dedans contre le Subdamoun! Toutes les forces réunies contre son fils! son fils qu’on allait assassiner s’il n’accomplissait pas, dans le moment, quelque chose de prodigieux!
Au long des gouttières qui surplombaient le quai de la Seine, il filait comme un chat.
Il grimpa sur un pignon, escalada sa cheminée avec la même rapidité qu’il avait descendu celle de la Tour de l’Ouest; il attacha sa corde, la lança dans le trou noir et descendit à son tour, comme une flèche.
Il sauta dans une cheminée, bondit dans une pièce. Il était dans la salle qui servait de cabinet de travail au président des assises quand celui-ci venait, avant un procès, s’entretenir avec les accusés provisoirement enfermés à la Conciergerie.
Cette pièce était entièrement semblable à celle qui servait de bureau au directeur. Sous cette pièce, il y avait le parloir des avocats, comme sous le bureau du directeur se trouvait le greffe.
Un petit escalier faisait également communiquer le cabinet du président des assises avec la salle des gardes.
Si le Subdamoun et Hilaire montaient cet escalier-là au lieu de monter celui qui conduisait à la Tour de l’Ouest, ils pouvaient encore être sauvés.
En tout cas, on essaierait, par la cheminée, par les toits!
Ce n’était plus la tranquillité du départ légal! C’était la poursuite avec tous ses aléas, ses dangers, son tumulte! mais enfin, Chéri-Bibi avait trouvé, dans son cerveau embrasé, qu’on pouvait encore tenter ça!
Il fallait arriver à temps et pouvoir avertir Hilaire, tout était là!
Chéri-Bibi se rua sur l’énorme porte qui fermait la pièce au haut de l’escalier.
Seigneur Dieu! la porte était ouverte. Il gagnait une minute. Tout doucement il l’entrouvrit. Une demi-obscurité propice lui permit de se glisser jusque sur le palier du petit escalier à rampe de fer.
Il fut là à plat ventre, épaississant à peine l’ombre, et regardant ce qui se passait, sous lui, dans la salle des gardes.
Il y avait, dans le moment, un assez fort remue-ménage qui ne pouvait être que favorable aux desseins de Chéri-Bibi.
Celui-ci, allongeant la tête au-dessus de l’escalier, cherchait Hilaire. Il l’aperçut au-dessous de lui, devant la porte du «parloir des parents».
Chéri-Bibi laissa tomber à ses pieds une cacahuète, dont le son fit que M. Hilaire redressa immédiatement la tête.
– Chut! fit au-dessus de lui Chéri-Bibi, le coup est manqué dans la Tour de l’Ouest. Mais venez me rejoindre dans la Tour de l’Est.
Hilaire se baissa, ramassa le fruit, l’éplucha et le mangea, ce qui signifiait qu’il avait compris.
Jamais Chéri-Bibi n’avait été si bien servi par les circonstances. On eût dit que, dans ce besoin extrême, elles se liguaient toutes pour le sauver de l’abîme où avait tenté de le précipiter ce brigand d’Askof.
Étant sûr d’avoir été compris, Chéri-Bibi qui, pour pouvoir être entendu de M. Hilaire, était quasi sorti de la cage de l’escalier, restant suspendu presque tout entier à un barreau, reprit son équilibre sur le palier et rentra tout doucement, continuant de se glisser comme une couleuvre dans le cabinet du président des assises. Or, quand il y fut, il entendit une voix qui disait au fond de l’obscurité: Vous apporterez de la lumière!
Chéri-Bibi poussa un sourd blasphème et referma la porte derrière lui.
Il venait de reco
S’il avait trouvé ouverte la porte du cabinet du président des assises, c’est que celui-ci, en visite à la Conciergerie, venait de la faire ouvrir. Et, pendant que Chéri-Bibi parlait à M. Hilaire, M. Dimier était entré dans la Tour de l’Est.
Et Chéri-Bibi, tout-à-coup, pensa que l’événement pourrait peut-être le servir.
Il ne pouvait douter que ce fût pour voir Garot et Manol, à la veille de leur procès, que M. Dimier avait fait ouvrir son cabinet. Donc, on ne s’éto
Mais, quand le Subdamoun se trouverait en face de M. Dimier, qu’allait-il se passer?
Il fallait, coûte que coûte, que M. Dimier se prêtât à la combinaison.
Nous savons en quelle estime Chéri-Bibi avait M. Dimier. Il l’appréciait, en particulier, autant qu’il méprisait, en général, pour des raisons à lui co
Sans le co
Si bien que Chéri-Bibi osa penser que dès que M. Dimier serait mis, par lui, au courant de la situation, il saurait s’arranger pour ne point entraver l’évasion d’un homme qui était nécessaire au rétablissement de l’ordre.
Donc, Chéri-Bibi s’avança vers M. Dimier et lui dit d’une voix qu’il voulait rendre sinon attrayante, du moins sympathique:
– Monsieur le président, ne vous effrayez pas! et surtout n’appelez pas! Je vais vous dire de quoi il retourne!
M. Dimier, stupéfait et inquiet, fit un mouvement de recul; mais, retrouvant aussitôt son habituel courage, il se dressa devant l’ombre mystérieuse qui venait de fermer la porte et dit:
– Qui êtes-vous?
– Je suis l’i
Cette réponse n’eut point le don de satisfaire M. Dimier qui fit un pas vers la porte.
– Inutile! fit l’autre… Vous ne passerez pas avant de m’avoir entendu!
– Que voulez-vous?
– Votre silence! Vous ne me co
M. Dimier avait laissé parler l’homme dans l’ombre, sans l’interrompre. Quand il eut fini, il dit:
– Vous prétendez me co
– Je vous propose de sauver un homme!
– Un criminel!
– Non, monsieur le président, cet homme n’est pas un criminel, c’est le Subdamoun!
À ce nom, M. Dimier eut un mouvement qui n’échappa pas à Chéri-Bibi. Chéri-Bibi se dit: «Il est sauvé!» et il ne s’opposa nullement à ce que la porte s’ouvrît pour laisser passage à l’homme qui apportait une lampe. Il sentait, il savait que M. Dimier ne le dénoncerait pas! Il se contenta de s’aplatir dans un coin du mur, masqué par la porte et il se redressa quand la porte fut refermée.