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– Tu as raison, Hilaire, tu as encore raison; d’autant plus que j’avais une bo
– Toi donc!
– Et le déjeuner des commis?
– Je les envoie déjeuner dehors, cinq francs à chacun ça vaut mieux.
– Mais tu nous ruines!
– Ils sont contents et ils n’écoutent pas aux portes!
– Bien, bien, obtempéra Virginie, rêveuse.
Le déjeuner se passa mieux qu’elle n’aurait cru.
Ces «pauvres gens» se conduisirent proprement et ne tenaient point de propos déplacés. Comme le «bougniat» s’était lavé les mains elle jugea qu’il avait «les extrémités bien fines» pour un travailleur de son espèce. Les autres l’appelaient «monsieur Frédéric» et paraissaient le co
Quant au clerc de notaire en savate, M. Mazeppa, et au marchand de cacahuètes, ils avaient l’air de faire bande à part et ne se mêlaient pas à la conversation qui roulait sur les événements du jour et sur la prise du Subdamoun dont ils disaient pis que pendre…
Mme Hilaire se mettait en quatre pour contenter «tout son monde». Voyant que Papa Cacahuètes était fort triste et mangeait peu, elle lui adressa de douces paroles:
– Ça va, monsieur, en ce moment, le commerce des cacahuètes?
– Mon Dieu! madame, répondît le vieillard avec une grande mélancolie, je dois vous avouer que le commerce traverse une crise, en ce moment.
Puis il se tut. Et Mme Hilaire retomba dans ses réflexions. Quelles drôles de gens tout de même! Quels singuliers convives! Enfin, il était à présumer qu’elle ne les aurait pas tous les jours à sa table!
Comme son épouse en était là de ses pensées et de son ahurissement, M. Hilaire lui confia qu’il avait décidé de do
Mme Hilaire ne comprit rien tout d’abord à ce qu’on lui disait, tant l’affaire lui apparaissait monstrueuse! Enfin, quand il fut bien entendu qu’on allait loger ces deux brutes, elle se leva.
Non! non! Cette fois, elle en avait assez vu et assez entendu!
– Où vas-tu, ma chérie? demanda M. Hilaire. Elle s’en fut à la cuisine. M. Hilaire la rejoignit:
– Quoi donc? fit-il. Il y a quelque chose de cassé?
Elle eut une expiration de soufflet de forge et finit par dire:
– Tu ne voudras pourtant pas leur do
– Non! répondit M. Hilaire avec tranquillité. Je les mettrai dans la cave. Là, ils ne nous gêneront pas!
– Dans la cave! dans la cave où il y a le vin! le jambon! le cervelas! les provisions de comestibles! Dans la cave!
Mme Hilaire, pour ne pas tomber, se raccrocha au garde-manger qui céda, et M. Hilaire dut retenir le tout, ce qui fut, un moment, l’un des plus grands efforts de sa vie.
Enfin Virginie retrouva l’équilibre.
– Je ne comprends plus rien à ce que tu me dis, ni à ce que tu fais, et je crains bien de devenir folle! C’est peut-être déjà fait!
Alors, pitoyable, M. Hilaire embrassa Mme Hilaire, qui eut envie de le mordre, mais qui, après ce qui s’était passé, trouva plus prudent de recevoir la caresse avec un sourire:
– N’essaye pas de comprendre, ma Virginie, et tu seras heureuse! Sur quoi, il la laissa et alla s’enfermer dans la salle à manger avec ces gens qui étaient de condition si bizarre et que Mme Hilaire n’avait jamais vus «ni d’Ève, ni d’Adam».
Mme Hilaire, les jours suivants, en vit bien d’autres!
La salle à manger était devenue comme la salle d’une sorte de conseil de guerre où se rencontraient à toute heure ce fantastique marchand de cacahuètes, ce petit voyou de Mazeppa, le «bougniat» et ces deux forbans qui ne quittaient plus guère la maison.
C’étaient ces deux-là, Polydore et Jean-Jean, qui tracassaient le plus Mme Hilaire: les savoir, la nuit, chez elle, en train de faire ce qu’ils voulaient, cela «la dépassait» et «elle s’en mangeait les sangs»!
Le plus beau était que M. Hilaire continuait de leur descendre lui-même ce qu’il appelait «leur en-cas pour la nuit»! Et quel en-cas! Du poulet, des primeurs, des fruits… enfin, tout ce qu’il y avait de mieux! Elle croyait rêver!
Enfin, elle avait reçu l’ordre de ne plus descendre à la cave!
– Tu comprends, avait dit M. Hilaire, maintenant qu’il y a deux hommes qui l’habitent, ta place n’est pas là!