Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 60 из 96

XXIV DU PLUS GRAND DANGER QUE COURENT LES RÉVOLUTIONS

Ce n’avait pas été une tâche facile pour ce pauvre M. Hilaire, obéissant aux ordres de Chéri-Bibi, que celle de décider les hôtes de l’hôtel du Touchais à le suivre. Quand Cécily avait appris le désastre de son fils et quand Lydie co

Heureusement, Marie-Thérèse fut raiso

La nuit tombée, M. Hilaire avait conduit son monde sans encombre, non loin de là, dans une petite ruelle qui passait derrière ses magasins, et où il avait une réserve dans un sous-sol qui communiquait avec ses caves…

On descendait directement de la ruelle dans cette réserve, par une porte basse servant ordinairement au passage des barriques. M. Hilaire eut vite fait d’en crocheter la serrure et d’y faire descendre les quatre malheureuses. Aidé de son «bougniat» en lequel il semblait avoir une bien grande confiance, il les installa là, avec quelques provisions de bouche, au milieu de ses fûts, le plus confortablement qu’il put. Le bougniat avait prêté des paillasses et des draps, que l’on fut éto

Elles étaient bien mauvaises pour le commandant mais elles étaient bo

De temps en temps, M. Barkimel, qui avait pris tant de part, comme nous le savons, à la nomination de M. Hilaire, lui disait:

– Vous ne vous déciderez donc pas à rentrer? Mme Hilaire doit être morte d’inquiétude! Songez que voilà deux nuits que vous découchez!

Mais M. Hilaire n’était point pressé de rentrer! Ah! ça ne l’inquiétait guère que Mme Hilaire fût morte d’inquiétude! C’était bien au contraire l’idée qu’elle ne l’était point, morte d’inquiétude, qui le troublait davantage! «Qu’est-ce qu’il allait prendre en rentrant!»

Tout à coup, il se frappa le front.

Chacun crut qu’il avait trouvé la solution de l’un de ces nombreux problèmes sociaux dont la discussion agitait si tumultueusement les réunions du club de l’Arsenal et chacun fit groupe autour de lui.

Et, en vérité, il s’agissait bien de quelque chose comme cela.

– Mes amis, commença M. Hilaire sur le ton de la plus grave confidence, pourriez-vous me dire quel est, à l’heure actuelle, le plus grand danger de la révolution?

Les amis de M. Hilaire se regardèrent en fronçant le sourcil comme si cette pauvre révolution était déjà à bout de souffle et comme si l’on avait pris la précaution de les réunir tous là, à une heure aussi avancée, pour la sauver.

Mais comme, en général ils manquaient d’imagination, ils secouèrent la tête avec un sombre désespoir.

Alors M. Hilaire se décida à frapper un grand coup:

– Le plus grand danger de la révolution, c’est la femme!

Et il attendit pour juger de l’effet produit. Ces messieurs se regardèrent, bouche bée; les uns, qui étaient célibataires, dirent: «Peut-être bien!»; les autres, qui étaient mariés, ne dirent rien du tout pour ne pas se compromettre. Ils attendaient la suite.

– Il est certain, opina M. Barkimel qui consentait difficilement à se taire, il est certain, par exemple, que les «tricoteuses»…

– Citoyen Barkimel interrompit M. Hilaire, ne dites point de mal des tricoteuses. Elles étaient laides, mais leur hideur même, en épouvantant les e

Il s’arrêta encore et les vit tous médusés, comme on dit, et suspendus à ses lèvres.

– En vérité! continua-t-il avec une nouvelle énergie, combien voyons-nous de citoyens s’éto

«Pourquoi ces changements? Pourquoi ces tremblements? Pourquoi cette timidité qui peut perdre, je le répète, la République?

«… Citoyens! cherchez la femme! C’est un être de bonté, mais aussi de faiblesse; et cette faiblesse, ô misère, par un étrange phénomène dont il est absolument nécessaire de nous garder, cette faiblesse est plus puissante que notre force! Elle la ruine, avec des larmes! Elle la détruit avec un sourire. Elle l’anéantit quelquefois aussi, il faut bien le dire, avec la menace!

«Mes amis, vous m’avez compris! Vous savez maintenant pourquoi le plus grand danger de la révolution est la femme qui vit à notre côté, la vôtre, citoyens! et, je ne fais pas le malin: la mie

M. Hilaire se tut, et ce fut un triomphe! La salle faillit crouler sous les applaudissements des révolutio

– Je veux vous montrer l’exemple dès ce soir! dit M. Hilaire en s’emparant d’un carton de calendrier périmé; et il demanda du papier blanc, de la colle et de quoi écrire.

Cinq minutes plus tard, il avait un magnifique écriteau sur lequel, en lettres majuscules, était tracée cette phrase flamboyante:

«La femme d’un citoyen révolutio

Il mit cet écriteau sous son bras, envoya chercher au poste voisin deux sectio

Cependant, elle se refusa, cette nuit-là, à lui ouvrir la porte.

En vain, tambourina-t-il avec force sur la devanture de tôle, Mme Hilaire, retranchée à l’intérieur, déclara du haut de la fenêtre entrouverte de sa chambre, «qu’elle ne descendait point pour se geler à une heure pareille, et que M. Hilaire pouvait s’en retourner».

La fenêtre se referma avec fracas et M. Hilaire s’en fut passer le reste de la nuit dans les cabarets.

Mais il était furieux, et, à la façon dont, le lendemain matin, vers les huit heures, il s’avança vers la porte grande ouverte, cette fois, de la Grande Épicerie moderne, à la manière dont il portait son écriteau sous le bras et faisait avancer ses deux gardes civiques, il était facile de voir que «ça allait gazer»!

Quand il entra, après avoir placé ses guerriers de chaque côté de la porte, Mme Hilaire était à la caisse. Elle ne leva même pas le nez, selon son habitude, quand elle était à l’état de fureur concentrée.

Elle ne vit ni ne voulut voir M. Hilaire, qui avait étalé sur son gilet sa large ceinture à glands d’or et qui était l’objet de l’admiration terrifiée de tous ses garçons.

M. Hilaire s’avança vers la caisse tout de suite, et avec le plus de courage qu’il put, ce qui, entre nous, n’était guère. Mais enfin, il réussit à attacher, malgré des mains tremblantes, son écriteau, sur le bois même de la caisse.

Mme Hilaire ne pouvait pas encore le lire, mais les garçons en épelèrent les termes et se replongèrent dans le maniement de leurs sacs de pruneaux en frisso

M. Hilaire toussa, affermit sa voix et jeta cette phrase aux échos de la Grande Épicerie moderne:

– Est-ce que l’on a envoyé les abricots de Californie?