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– Ah! fit Cravely, en pâlissant… Je crois être à peu près sûr…

– Oui, ce que je vous en dis, c’est pour votre bien! Je vous avertis que le conseil de surveillance et le comité de sûreté générale ont décidé de demander au comité de Salut public votre renvoi et même une enquête sur votre magistrature, si vous n’avez pas arrêté Askof, demain soir au plus tard. Nous sommes persuadés, au comité, que c’est lui la clef de toute l’affaire. C’est lui qui a été le truchement nécessaire entre Subdamoun et tous les autres! Ne pas nous le livrer, c’est se faire son complice!

–  Voilà huit jours que je le lui dis! appuya Mulot. Cravely a eu beau, dans la journée de Versailles, nous livrer une centaine de partisans de Subdamoun, et non des moindres, et faire du zèle, et il a beau être mon homme, comme il a été celui de Carlier, le comité de Salut public l’aurait déjà dégommé s’il ne nous avait promis Askof et la marquise du Touchais.

– Vous les aurez! Vous les aurez! affirma Cravely, je vous jure, messieurs, que je fais tout ce que je peux. J’attends ici même un agent qui doit me dire quand et comment nous allons arrêter le baron qui n’a pas quitté Paris.

À ce moment, trois coups de sifflet des plus aigus se firent entendre sur le boulevard. Cravely alla rejoindre Coudry à la fenêtre.

– Je crois bien que le voilà, mon agent, fit le chef de la Sûreté politique, de plus en plus ému, car cette idée de la perte de sa place et de cette enquête sur sa magistrature l’avait complètement bouleversé. Il avait rapidement écarté le rideau et fait un signe. Aussitôt un ignoble gamin jeta sa casquette en l’air en regardant du côté de la fenêtre; puis après trois autres coups de sifflet il disparut:

– C’est ce voyou, votre agent? demanda Coudry.

– Non! ce voyou est l’éclaireur de mon agent. C’est un gamin nommé Mazeppa, une affreuse petite crapule qui nous rend de grands services. Il vient de me faire comprendre que j’ai un très grand intérêt à ne pas quitter ce café et que mon agent va venir m’y retrouver incessamment.

Puis, baissant la voix, il ajouta:

– Monsieur Coudry, moi je ne demande qu’à vous faire plaisir et à vous être utile, à vous et à la nation. J’ai un service d’ordre terrible. Toutes les sections sont sous les armes comme vous pourrez le voir, formant la haie sur tout le parcours. C’est le peuple lui-même qui fait le service d’ordre; il est en quelque sorte militarisé, il ne peut donc pas manifester. Mais si vous voulez que je fasse do

– Vos hurleurs! on les co

– Eh! j’ai bien une contre-manifestation qui attend les événements, à trois cents mètres d’ici. Je vais lui envoyer l’ordre de crier sur le passage de la charrette.

– Voilà mon homme! s’écria-t-il tout à coup et il quitta rapidement le cabinet.

Coudry essayait de distinguer dans la foule qui encombrait les trottoirs, derrière la double haie des gardes civiques, celui que le chef de la Sûreté avait appelé «mon homme!» Mais il ne vit rien de particulier qui pût le renseigner à cet égard.