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Askof laissa retomber le rideau et revint auprès de Véra, frisso

– Je suis bien gardé, dit-il… Ils sont sûrs que cette nuit, pendant qu’on fait le coup et que l’autre cambriole la République… je ne pourrai pas le trahir!

Et il ricana atrocement en pensant à Lavobourg, qui devait faire cette besogne-là tout seul!

– Je suis sûre que tu as fait des bêtises! dit Véra en essayant de le confesser. Si tu n’avais rien fait, il ne te surveillerait pas ainsi et il n’aurait pas joué à te terrifier avec ces treize cacahuètes!

– Oui, j’ai fait des bêtises, avoua Askof en allumant une cigarette, puis en ouvrant sa cave à liqueurs, dans laquelle il prit le flacon de «vodka»… C’est moi qui ai do

– Ce que je trouve extraordinaire, vois-tu, Georges, dans cette affaire, c’est que tu marques tant de haine pour un homme qui ne t’a jamais fait de mal et qui, tout au plus, devrait te laisser indifférent! Tu ne m’as jamais dit pourquoi tu le détestais ainsi!

– Si! je te l’ai dit cent fois! Parce que tout le monde l’aime!

– Parce que Sonia Liski

Alors il éclata:

– Le moment est venu de te dire pourquoi je le hais! Je le hais parce que c’est mon frère!

–  Hein?

– Première confidence! ce ne sera pas la seule, aujourd’hui! ajouta-t-il, d’une voix basse et inquiète, mais écoute… écoute ce qui se passe dans la rue!

Et il retourna hâtivement à la fenêtre.

Trois coups de sifflet venaient de retentir à nouveau. De nouvelles ombres glissaient rapidement devant les grilles du jardin, semblant aller au-devant d’une petite troupe qui accourait… Et puis Askof ne vit plus rien… Tout se perdit dans la nuit.

Il lâcha le rideau, s’en fut à une table-bureau dont il souleva l’ébénisterie et il montra à Véra une grande enveloppe cachetée qui était très ingénieusement dissimulée là.

La lettre dont je t’ai parlé, dit-il dans un souffle et il laissa aussitôt retomber sur elle la plaquette qui dissimulait merveilleusement la cachette.

Véra, alors toute bouleversée de l’extraordinaire confidence, reprit:

– Son frère! Tu es donc un Touchais!

– Et le premier! fit Askof en vidant son verre plein de vodka… C’est moi qui devais porter le titre de marquis! C’est à moi qu’il appartient, à moi seul! Mais il me l’a volé! Jacques m’a tout volé! Comprends-tu pourquoi je le hais?

– Non, fit Véra en secouant la tête… non… je ne comprends pas! je sais qu’il avait un frère aîné qui est mort en Amérique… et à moins que tu ne sois ce frère-là!

– Je le suis!

– Tu n’es donc pas un Askof?

– Tu ne l’as jamais cru!

– J’ai cru tout ce qu’il t’a plu de me dire, Georges, tu le sais bien! Nous autres, quand nous aimons, nous ne demandons qu’une chose, c’est qu’on nous aime et le reste importe peu… Et il n’y a qu’un crime qui, compte pour nous, c’est la trahison de celui que nous aimons! Va donc; mon chéri, va! raconte-moi ton histoire: n’aie peur de rien! Puisque je t’aime tel que tu as été! Toi, le frère de Jacques! mais tu ne lui ressembles en rien!

– N’est-ce pas? Je te remercie de ce cri-là! Je le crois bâtard, ma chère! et c’est un bâtard qui m’a volé ma place, mon rang!

Et la fortune! ajouta Véra.

– Non! la fortune, c’est moi qui l’ai mangée! Il me fallait bien une revanche, hein? Ah! si tu savais ce qu’un gamin, gâté comme je l’ai été par une mère malheureuse, peut souffrir lorsque, grandelet, déjà, il voit tout à coup les caresses de sa mère se détourner de lui pour se répandre sur le nouveau-né, sur le petit frère inattendu, tard venu, qui, du jour au lendemain, devient le petit roi de la maison!

Pour en finir avec cette première période de mon histoire, sache qu’un beau jour je l’ai si bien arrangé à coups de bêche qu’il faillit en mourir!

Alors, on m’expédia, on m’exila en Angleterre. Depuis ce jour-là ma mère et mon frère ne m’ont jamais revu! Comprends-moi bien, ils ont pu apercevoir, co

Ce que fut ma vie à cette époque, toi qui me co

Ce pauvre vieillard, tu l’as reco

– Mais son nom! son nom! supplia Sonia.

– Ne souhaite pas de savoir jamais son nom, Véra… tu ne le sauras que lorsque je serai mort! Alors, tu ouvriras cette lettre que je t’ai montrée et tu y liras en toutes lettres son nom!

– Et tu t’es do

– Oui! Et quand cet homme est sorti de chez moi avec ma signature, je savais que je venais de m’asservir à l’une de ces natures infernales qui sont assez puissantes pour peser sur le destin du monde!

– Mais à qui? À qui t’étais-tu do

– Véra, quand j’ai dû, pour la première fois, te parler du marchand de cacahuètes…

– C’était la première fois que je te voyais aussi pâle, aussi défait…

– C’est que c’était la première fois que j’avais fait éclater sa colère. Et il a bien fallu que je me confesse à toi, que je te dise que ma vie dépendait de cet homme, qu’il était le maître de mes secrets et l’instrument d’une terrible association politique dont j’avais consenti à faire partie un jour de détresse, et à laquelle je devais obéir aveuglément! Or, je t’ai menti, Véra, quand je t’ai parlé d’association politique! L’homme à qui je me suis do

– Qu’est-ce que tu dis? fit, de plus en plus affolée, Véra… Qu’est-ce que c’est que cela: le Roi du Bagne?

– Ce que c’est, quelque chose comme le maître du crime sur la terre! Écoute, Véra, écoute! Il y a toujours eu à toutes les époques, et cela ne s’est pas passé seulement dans les romans – c’est de l’histoire – il y a toujours eu dans la vie des peuples un être qui s’est trouvé le chef de toute la géhe

«C’est lui qui tient la caisse, lui qui fait parvenir l’argent là où on en a besoin, et qui le recueille quand la moisson est venue… C’est lui qui supprime ceux qui ne lui obéissent pas comme il lui plaît, au nom de l’intérêt de tous, et sans qu’il y ait possibilité du moindre recours contre lui!

«Ses troupes ne lui font jamais défaut…, ses cohortes ne s’affaiblissent pas! Le crime lui do

«Et cette armée du mal, qui la dirige? C’est lui! tu entends, lui! lui qui est le seul à savoir ce que sont devenus exactement tous ses hommes et qui continue à avoir l’œil sur eux et à percevoir l’impôt sur eux, sur leur prospérité et sur leur peur! Tour à tour, il les aide et les terrifie!

– Mais toi, fit Véra en frisso

– Oh! le premier des rouages! Cet homme m’a offert d’être son bras droit… c’est sa puissance qu’il a étalée, Dieu sait avec quel orgueil, qui m’a séduit! Et puis, ma petite, si je n’avais pas accepté, c’était bien simple: je me rendais parfaitement compte que, après une proposition pareille, il ne me laisserait pas longtemps jouir de l’existence! Enfin, je te l’ai dit, j’étais à une minute de la vie où tout est perdu si le diable ne s’en mêle pas. Il est venu! Et en réalité, de moi, il n’avait besoin que d’une chose terrible… épouvantable…