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Après le passage de Lavobourg, le tumulte ne fit que grossir.

Le bruit courait que la liste des suspects serait lue du haut de la tribune.

Quand les groupes conservateur et agrarien traversèrent la salle, une véritable huée les accueillit et toutes les bouches crièrent: «Vive la République!»

Ah! la séance promettait d’être chaude! Les extrémistes ne cachaient plus leur dessein: Tous en prison! grondaient-ils. Si la Chambre ne reculait pas devant son devoir, elle nommerait une commission d’enquête à laquelle elle do

Cependant, pour que toutes ces extravagances fussent, même en partie, justifiées, il fallait que Carlier apportât à la tribune des preuves; il avait à nouveau disparu, s’était enfermé avec Mulot.

Enfin ce dernier réapparut et cria à tous ceux qui l’entourèrent aussitôt: «Laissez-moi… je n’ai rien à vous dire! Je n’ai rien à vous dire!»

Coudry finit par le chambrer dans le moment où tous ses collègues se bousculaient vers la salle des séances pour assister au début de l’interpellation.

Mulot tremblait d’énervement. Il avait lu les papiers de Carlier, les papiers que l’on avait chipés chez Lavobourg. C’était quelque chose et ça n’était rien! Des projets de nouvelle Constitution! Tout le monde avait le droit d’en faire! Il n’était pas défendu de songer à réviser la Constitution!

Mais le coup d’État, où était-il? Et les noms des conjurés sur la liste compromettante! Carlier les attendait encore! Allait-on les lui apporter? Il jurait que oui!

Il en était tellement sûr qu’il ne demanderait pas le renvoi de son interpellation! Ce renvoi eût produit un effet désastreux. Il avait, du reste, avec les papiers Lavobourg, de quoi garder la Chambre en haleine… en attendant la liste!

– Où est-elle, cette liste? demanda Coudry.

– Eh! répliqua l’autre, en regardant autour de lui s’il n’était pas espio

– C’est donc cela que la belle Sonia est si pâle! Je l’ai vue, tout à l’heure, dans la tribune, mon cher, on dirait une statue!

– Oh! elle essaie de tenir le coup, comme son ami Lavobourg! Mais c’est la figure de Subdamoun qu’il faudra voir et elle ne se montre pas vite.

– Il est peut-être déjà en fuite!

– Il faudrait demander ça à Cravely! Le voilà justement, Cravely!

Un perso

– Eh bien! monsieur le directeur, c’est aujourd’hui que l’on sauve la République? fit Coudry.

– Elle est donc en danger? répliqua l’autre, et s’approchant de Mulot: Vous avez vu Carlier?

– Oui.

– Lui a-t-on apporté le morceau qu’il attendait?

– Pas encore. Mais c’est vous, le chef de la Sûreté, qui me demandez ça?

– Je suis venu ici pour m’instruire.

Et il passa, en sifflotant. Mulot haussa les épaules.

Ils entrèrent en séance pour entendre Lavobourg qui disait, d’une voix que l’on ne lui co

– Messieurs, j’ai reçu de M. Carlier une demande d’interpellation sur les mesures que compte prendre le gouvernement contre les e

Ce fut une explosion de cris, de rires nerveux, de réflexions cocasses au centre et à droite, pendant que toute l’extrême-gauche, debout, applaudissait à tout rompre.

Lavobourg agita sa so

Bien qu’il s’en défendît, son regard allait malgré lui à sa belle amie Sonia, la grande artiste qui l’avait jeté follement dans cette aventure. Elle dressait sa beauté de marbre entre le baron et la baro

Mais Jacques, lui était toujours absent!

Et cependant avec quelle énergie il avait rassuré le matin même les plus affolés d’entre ses amis! «Rien n’était perdu!» prétendait-il, mais on ne l’avait pas revu et tous commençaient à regarder sa place vide!

Elle était tout là-haut, la place de l’absent, au dernier rang de la gauche, à la hauteur du président. Le commandant Jacques n’appartenait cependant à aucun groupe, pas même à celui des indépendants!

Soudain, comme le président du Conseil se levait à son banc et disait:

– Le gouvernement est à la disposition de la Chambre pour la discussion immédiate de l’interpellation de M. Carlier, Jacques apparut.

Aussitôt des huées partirent de l’extrême-gauche: «À bas Subdamoun!»

– À la Haute Cour! À la Haute Cour!

– Au dépôt, Jacques Ier . Décrétez-le d’accusation!

Et la voix perçante de Coudry: «Guillotinez-le!»

Tout un groupe réclamait le silence, suppliait les énergumènes de se taire, d’écouter Carlier qui était monté à la tribune.

Quant au commandant Jacques, il passa droit son chemin, écartant doucement mais d’une main sûre les députés qui grouillaient dans l’hémicycle et gravit les degrés jusqu’à sa place, sans avoir l’air d’entendre les menaces ni les injures.

Il était cependant d’aspect faible, presque fragile, mais une énergie indomptable se lisait dans son jeune regard noir, enfoncé sous l’arcade sourcilière et qui brillait par instant d’un insoutenable éclat. Il avait un fond de teint brûlé par les soleils d’Afrique et d’Extrême-Orient. Ses joues étaient creuses, le profil d’une aristocratie romaine, le visage sans un poil de barbe, les cheveux courts, la mèche en bataille. Il paraissait très jeune.

Sa taille moye

– Messieurs! gronda Carlier d’une voix d’airain qui, mieux que la so

– Vive la République! hurla Coudry. Je demande la parole!

Mulot eut toutes les peines du monde à le faire asseoir.

Carlier, à la tribune, s’était croisé les bras. On lui criait de l’extrême-gauche: «Continuez! Continuez!» Mais il n’avait point l’air de presser le mouvement.

Il s’attardait aux interruptions, attendait un silence impossible, bref, semblait vouloir gagner du temps. On s’en aperçut et, de tous les coins de la Chambre, des voix impatientes ou apeurées lui crièrent: «Des noms! Des noms!»

Il se retourna brusquement vers la gauche et lui jeta:

– Je les do

Son doigt n’avait pas besoin de désigner Jacques pour que tous les yeux se tournassent vers le jeune homme, Allait-on entendre le son de sa voix? Mais Jacques ne bronchait pas. Une pareille impassibilité finit par exaspérer ses amis eux-mêmes.

– Mais répondez! Répondez donc!

Tranquillement il prenait des notes, avec un crayon d’or sur un petit calepin.

Au-dessus de lui, dans les tribunes publiques où l’on s’écrasait, mille têtes étaient penchées… Mais dans aucune de ces tribunes l’angoisse n’était plus grande que dans celle où venait de s’asseoir, au premier rang, une femme dont les admirables cheveux blancs encadraient une figure belle encore malgré les a