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qui attelâtes à votre charrue

le loup de la montagne, etc.

(Mireille, chant VIII.)

Souvenir de jeunesse qu’il m’est doux encore de me remémorer.

A mon retour en Avignon eut lieu, pour nous faire poursuivre nos classes, une combinaison nouvelle. Tout en restant pensio

Nos maîtres du collège n’étaient pas, comme aujourd’hui, de jeunes normaliens stylés et élégants. Nous avions encore, dans leurs chaires, les vieux barbons sévères de l’ancie

Je me vois encore, un an, à la distribution des prix dans l’église du collège, avec tout le beau monde d’Avignon qui l’emplissait. J’avais, cette a

Quoi qu’il se fît, pourtant, pour me détourner de mon naturel, comme on ne fait que trop, aujourd’hui plus que jamais, aux enfants du Midi, je ne pouvais me sevrer des souvenances de ma langue, et tout m’y ramenait. Une fois, ayant lu, dans je ne sais plus quel journal, ces vers de Jasmin à Loïsa Puget:

Quand dins l’aire

Pèr nous plaire

Sones l’aire -

De tas nouvellos causous,

Sus la terro tout s’amaiso,

Tout se taiso,

Al refrin que fas souna:

Mai d’un cop se derebelho

E fremis coumo la felho

Qu’un vent fres lai frissouna.

Et voyant que ma langue avait encore des poètes qui la mettaient en gloire, pris d’un bel enthousiasme, je fis aussitôt, pour le célèbre perruquier, une piécette admirative qui commençait ainsi:

Pouèto, ounour de ta maire Gascougno.

Mais, petit criquet, je n’eus pas de réponse. Je sais bien que mes vers, pauvres vers d’apprenti, n’en méritaient guère; cependant, – pourquoi le nier? – ce dédain me fut sensible; et plus tard, à mon tour, quand j’ai reçu des lettres de tout pauvre venant, me rappelant ma déconvenue, je me suis fait un devoir de les bien accueillir toujours.

Vers l’âge de quatorze ans, ce regret de mes champs et de ma langue provençale, qui ne m’avait jamais quitté, finit par me jeter dans une nostalgie profonde.

«Combien sont plus heureux, me disais-je à part moi, comme l’Enfant Prodigue, les valets et les bergers de notre Mas, là-bas, qui mangent le bon pain que ma mère leur apprête, et mes amis d’enfance, les camarades de Maillane, qui vivent libres à la campagne et labourent, et moisso

Et mon chagrin se mélangeait d’un violent dégoût pour ce monde factice où j’étais claquemuré et d’une attraction vers un vague idéal que je voyais bleuir dans le lointain, à l’horizon. Or, voici qu’un jour, en lisant, je crois, le Magasin des Familles, je vais tomber sur une page où était la description de la chartreuse de Valbo

N’est-il pas vrai, lecteur, que je me monte la tête, et, m’échappant du pensio

«Tu iras, me dis-je, frapper à la porte du couvent; tu prieras, tu pleureras, jusqu’à ce qu’on veuille te recevoir; puis, une fois reçu, tu vas, comme un bienheureux, te promener tout le jour sous les arbres de la forêt, et, te plongeant dans l’amour de Dieu, tu te sanctifieras comme fit le bon saint Gent.»

Ce ressouvenir de saint Gent, dont la légende me hantait, sur le coup m’arrêta.

«Et ta mère, me dis-je, à laquelle, misérable, tu n’as pas dit adieu, et qui, en apprenant que tu as disparu, va être au désespoir et, par monts et par vaux, te cherchera, la pauvre femme, en criant, désolée comme la mère de saint Gent.!»

Et alors, tournant bride, le cœur gros, hésitant, je gagnai vers Maillane, autant dire pour embrasser, avant de fuir le monde, mes parents encore une fois; mais, à mesure que j’avançais vers la maison paternelle, voilà, pauvre petit, que mes projets de cénobite et mes fières résolutions fondaient dans l’émotion de mon amour filial comme un peloton de neige à un feu de cheminée; et lorsque, au seuil du Mas, j’arrivai sur le tard et que ma mère, éto

– Mais pourquoi donc as-tu quitté le pensio

– Je languissais, fis-je en pleurant, tout honteux de ma fugue, et je ne veux plus y aller, chez ce gros monsieur Millet.

– où l’on ne mange que des carottes!

Le lendemain, on me fit reconduire, par notre berger Rouquet, dans ma geôle abhorrée, en me promettant, cependant, de m’en libérer bientôt, après les vacances.