Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 20 из 60

M. Millet, tous les jours, par là, vers les cinq heures, allait lire la gazette au café Baretta, – qu’il appelait le «Café des Animaux parlants», – et qui, si je ne me trompe, était, tenu par l’oncle ou, peut-être, par l’aïeul de Mlle Baretta, du Théâtre-Français; ensuite, le lendemain, lorsqu’il était de bo

Je fis, cette a

Ce que c’est que les enfants: attendu que, tous les jours, on se rencontrait ensemble, assis l’un près de l’autre; que, sans penser à rien, nous nous touchions le coude, et que nous nous communiquions, dans la moiteur de notre haleine, à l’oreille, en chuchotant, nos petits sujets de rire, ne finîmes-nous pas (le bon Dieu me pardo

Mais c’était un amour d’une telle i

Voici mon souvenir de Mlle Praxède, telle que je la vis pour la dernière fois: tout de blanc vêtue, couro

Notre communion faite, la chose finit là. C’est en vain que longtemps, quand nous passions dans sa rue (elle habitait rue de la Lice), je portais mes regards avides sous les abat-jour verts de la maison de Praxède. Je ne pus jamais la revoir. On l’avait mise au couvent et, alors, de songer que ma charmante amie avec le vermillon et le sourire de son visage, m’était enlevée pour toujours, soit de cela, soit d’autre chose, je tombai dans une langueur à me dégoûter de tout.

Aussi les vacances venues, quand je retournai au Mas, ma mère en me voyant tout pâle, avec, de temps en temps, des atteintes de fièvre, décida dans sa foi, autant pour me guérir que pour me récréer, de me conduire à saint Gent, qui est le patron des fiévreux.

Saint Gent, qui a pareillement la vertu de faire pleuvoir, est une sorte de demi-dieu pour les paysans des deux côtés de la Durance.

– Moi, nous disait mon père, j’ai été à Saint-Gent avant la Révolution. Nous y allâmes les pieds nus, avec ma pauvre mère, je n’avais pas plus de dix ans. Mais, en ce temps, il y avait plus de foi.

Nous, avec l’oncle Bénoni qui conduisait le voyage et que vous co

Chantant ensemble, pêle-mêle, le cantique de saint Gent, – qui, du reste, est superbe, puisque Gounod en a mis l’air dans l’opéra de Mireille , – nous traversions de nuit, au bruit des coups de fouet, les villages endormis, et le lendemain soir, par là, vers les quatre heures, nous arrivions en foule au cri de: «Vive saint Gent!», dans la gorge du Bausset.

Et là, sur les lieux mêmes, où l’ermite vénéré avait passé sa pénitence, les vieux, avec animation, racontaient aux jeunes gens ce qu’ils avaient entendu dire:

– Gent, disait-il, était comme nous un enfant de paysans, un brave gars de Monteux, qui, à l’âge de quinze ans, se retira dans le désert, pour se consacrer à Dieu. Il labourait la terre avec deux vaches. Un jour, un loup lui en saigna une. Gent attrapa le loup, l’attela à sa charrue, et le fit labourer, sous le joug, avec l’autre vache. Mais à Monteux, depuis que Gent était parti, il n’avait pas plu de sept ans, et les Montelais dirent à la mère de Gent:

– Imberte, il faut aller à la recherche de votre fils, parce que, depuis son départ, il n’est plus tombé une goutte d’eau.

Et la mère de Gent, à force de chercher, à force de crier, trouva enfin son gars, là où nous sommes à présent, dans la gorge du Bausset, et, comme sa mère avait soif, Gent, pour la faire boire, planta deux de ses doigts dans le roc escarpé, et il en jaillit deux fontaines: une de vin et l’autre d’eau. Celle du vin est tarie, mais celle de l’eau coule toujours, – et c’est la main de Dieu pour les mauvaises fièvres.

On va, deux fois par an, à l’ermitage de Saint-Gent. D’abord, au mois de mai, où les Montelais, ses compatriotes, emportent sa statue de Monteux au Bausset, pèlerinage de trois lieues, qui se fait à la course, en mémoire et symbole de la fuite du saint.

Voici la lettre enthousiaste qu’Aubanel m’écrivait, un an qu’il y était allé (1886):

«Mon cher ami, avec Grivolas, nous arrivons de Saint-Gent. C’est une fête éto

«- Heureux voyage! garçons!

«Et les hommes qui ajoutent:

«- Le grand saint Gent vous maintie

«- Et de courir encore, de courir à perdre haleine.

Oh! ce voyage dans la nuit, cette petite troupe partant à la garde de Dieu et de saint Gent, et s’enfonçant dans les ténèbres, dans le désert, pour aller je ne sais où, tout cela, je te le redis, est d’une poésie si profonde et si grande qu’elle vous laisse une impression ineffaçable.»

Le second pèlerinage de Saint Gent est en septembre, et c’est celui où nous allâmes. Comme saint Gent, en somme, n’a été canonisé que par la voix du peuple, les prêtres y vie

La tradition dit que saint Gent couchait la tête en bas, les pieds en haut, dans un lit de pierre; et tous les pèlerins, dévotement, gaiement, font l’arbre fourchu au lit de saint Gent, qui est une auge dressée; – les femmes mêmes le font aussi, en se tenant, de l’une à l’autre, les jupes décemment serrées.

Nous fîmes l’arbre fourchu dans le lit, comme les autres; nous allâmes, avec ma mère, voir le Fontaine du Loup et la Fontaine de la Vache; et ensuite, entourés de quelques vieux noyers, la chapelle de saint Gent, où se trouve son tombeau et le «rocher affreux», comme dit le cantique, d’où sort, pour les fiévreux, la miraculeuse source.

Or, émerveillé de tous ces récits, de toutes ces croyances, de toutes ces visions, moi donc, l’âme enivrée par la vue de l’endroit, par la senteur des plantes, – encore embaumées, semblait-il, de l’empreinte des pieds du saint, avec la belle foi de ma douzième a

O bel et jeune laboureur