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III Une joyeuse soirée

Je n’étais pas assez déraiso

Il me quitta pour télégraphier à sa sœur, pendant que je bouclais ma valise et me disposais à prendre le premier train. Je regrettais pourtant un peu ma promenade en forêt, ma visite aux pavillons de chasse; aussi, quand la jeune servante me dit que je pouvais gagner une autre station par la forêt, à une dizaine de milles, pris-je le parti d’envoyer directement mon bagage à l’adresse indiquée par Jean et de faire à pied ce petit détour. Jean était parti, je ne pus l’avertir de mon changement d’itinéraire, ce qui avait peu d’importance, somme toute, puisque ce changement n’avait pas d’autre inconvénient que de retarder mon arrivée chez sa sœur de quelques heures. La bo

Je déjeunai de bo

J’eus bientôt gagné la forêt. Je marchai environ une heure sous l’ombre fraîche et délicieuse. Les grands arbres s’entrelaçaient les uns aux autres sur ma tête et le soleil couchant se glissait au travers, mettant parmi les branches d’énormes diamants miroitant de mille feux. Je fus enchanté de l’endroit, et, un tronc d’arbre abattu m’invitant à m’asseoir, je m’accotai confortablement, les jambes allongées devant moi et, allumant un bon cigare, je m’abando

Se préoccuper de l’heure du chemin de fer dans cet endroit désert, c’eût été presque un sacrilège. Au lieu de cela, je me mis à rêver que j’épousais la princesse Flavie, que j’habitais le château de Zenda, et que je passais avec la princesse des heures divines dans cette forêt.

Soudain j’entendis (je crus d’abord que c’était dans mon rêve) une voix rude qui disait:

«Ma parole, il y a là quelque méchant tour du diable. Rasez-le: c’est le roi à s’y méprendre.»

N’était-ce pas bizarre de m’en aller rêver qu’en faisant le sacrifice de mes moustaches et de ma barbe, je gagnais un trône?

En ouvrant les yeux, je vis devant moi deux hommes qui m’examinaient avec curiosité. Tous deux étaient vêtus en chasseur et portaient des fusils: l’un, trapu, gros, court, avec une tête ronde comme une boule, une moustache grise hérissée et de petits yeux pâles légèrement injectés de sang; l’autre, au contraire, très mince, très jeune, très brun, de taille moye

Je les classai du premier coup d’œil: l’un était un vieux soldat; l’autre, un homme du monde, habitué à fréquenter la meilleure société, ayant porté les armes aussi peut-être. Je sus par la suite que je ne m’étais pas trompé.

Le plus âgé des deux s’avança vers moi, faisant signe au plus jeune de le suivre; ce qu’il fit, en soulevant son chapeau de la meilleure grâce du monde. Je me redressai lentement et fus bientôt sur pied.

«La même taille aussi», murmura le vieux, mesurant de l’œil mes cinq pieds dix pouces.

Puis, touchant légèrement son chapeau d’un geste cavalier et s’adressant à moi:

«Puis-je vous demander votre nom?

– Puisque c’est vous, messieurs, qui avez pris les devants et entamé la conversation, répondis-je en souriant, voulez-vous me do

Le jeune homme fit un pas en avant, d’un air aimable.

«Monsieur, dit-il, est le colonel Sapt, et, moi, je m’appelle Fritz von Tarlenheim, tous deux au service du roi de Ruritanie.»

Je saluai et, restant la tête découverte:

«Mon nom est Rodolphe Rassendyll; je voyage; j’arrive d’Angleterre. J’ai été un an ou deux au service de Sa Gracieuse Majesté la reine Victoria.

– Nous sommes frères d’armes, alors, reprit Tarlenheim, en me tendant une main que je serrai cordialement.

– Rassendyll… Rassendyll», marmottait le colonel. Tout à coup son visage s’éclaira:

«Au nom du ciel, s’écria-t-il, seriez-vous un Burlesdon?

– Mon frère est lord Burlesdon.

– Votre tête vous trahit.»

Il riait en montrant du doigt mon occiput.

«Comment! Fritz, vous ne co

Le jeune homme me regardait d’un air embarrassé et comme s’il eût voulu me faire des excuses. Son trouble eût certainement plu à ma belle-sœur. Pour le mettre à son aise, je repris avec un sourire: «Je vois que l’histoire est co

– Co

Je commençais à me sentir mal à l’aise. En vérité, si je m’étais rendu compte que je portais mon origine si clairement inscrite sur ma perso

Nous entendîmes alors une voix claire qui appelait:

«Fritz! Fritz! où diable êtes-vous?»

Tarlenheim tressaillit.

«C’est le roi!»

Le vieux Sapt se reprit à rire.

Au même moment, un jeune homme, sautant par-dessus le tronc d’un arbre renversé, nous rejoignit.

Lorsque mes yeux se posèrent sur lui, ma surprise fut telle que je ne pus retenir une exclamation. De son côté, en m’apercevant, il recula, éto

Pendant un instant, nous demeurâmes muets, nous examinant sans mot dire. Puis je me découvris de nouveau et m’inclinai respectueusement.

Le roi, ayant recouvré l’usage de la parole que la surprise lui avait enlevé, s’écria:

«Fritz, colonel, qui est ce monsieur?»

J’allais répondre lorsque le colonel Sapt se mit entre moi et le roi, et commença à lui parler. Je n’entendais pas ce qu’il disait, ce n’était qu’une suite de grognements sourds. Le roi dépassait Sapt de la tête, et, tout en l’écoutant, ses yeux, de temps à autre, cherchaient les miens. Je le regardai longuement et attentivement. La ressemblance était certainement extraordinaire, bien que, pour moi, il existât certaines différences.

Le roi avait le visage plein, l’ovale un peu plus accentué, et dans la bouche moins de fermeté, d’obstination que n’en marquaient mes lèvres serrées, volontaires. Ces restrictions faites, la ressemblance n’en restait pas moins éto

Après que Sapt eut parlé, le roi resta un instant silencieux, les sourcils froncés; puis, peu à peu, les coins de sa bouche se contractèrent, son nez s’allongea comme fait le mien quand je ris, ses yeux brillèrent, et il éclata de rire, d’un rire clair et sonore qui so

«C’est une bo

Il riait encore:

«Excusez-moi; mais, au premier moment, je ne savais pas trop où j’en étais. Dame! c’est qu’un homme ne s’attend pas à voir son «double» à cette heure du jour. N’est-ce pas, Fritz?