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XVII Divertissements nocturnes de Rupert
La nuit se leva calme et claire. J’avais, demandé au ciel de la pluie, un mauvais temps comme celui que j’avais eu lors de ma première expédition dans le fossé, mais la Providence ne m’avait point exaucé.
J’espérais toutefois qu’en longeant le mur, en ayant bien soin de rester dans l’ombre, je pourrais éviter d’être aperçu des fenêtres du château qui do
«C’est là, dis-je à Sapt, que sera le danger… Et c’est là, continuai-je, que vous serez.»
Mais cela ne lui suffisait pas. Il désirait ardemment venir avec moi, et m’aurait certainement suivi si je n’avais refusé catégoriquement de l’emmener. Un seul homme peut, à la rigueur, passer inaperçu: doubler ce nombre, c’est plus que doubler les risques. Et, quand il s’aventura à me faire entendre, une fois de plus, que ma vie était trop précieuse, sachant la pensée secrète à laquelle il se crampo
À minuit, le détachement que conduisait Sapt quitta le château de Tarlenheim, prenant sur la droite, par des routes détournées, afin d’éviter la ville de Zenda.
Si tout se passait sans incidents, Sapt et ses hommes devaient arriver devant le château vers deux heures moins un quart, après avoir laissé leurs chevaux à un demi-mille environ. Massés sans bruit devant l’entrée, ils avaient ordre de se tenir prêts pour le moment où l’on ouvrirait la porte. Si, à deux heures, la porte n’avait pas été ouverte, Fritz ferait le tour du château, pour arriver par l’autre côté, où je serais, si toutefois j’étais encore en vie; nous verrions alors si nous devions tenter l’assaut de vive force. S’il ne m’y trouvait pas, il était convenu qu’ils retourneraient en toute hâte à Tarlenheim réveiller le maréchal, et marcher en nombre sur Zenda. Car, si je n’étais pas au rendez-vous, c’est que je serais mort, et, moi mort, le roi n’avait pas cinq minutes à vivre.
Il me faut maintenant laisser Sapt et ses amis pour reprendre le récit de mes propres aventures pendant cette nuit mémorable.
Monté sur le bon cheval qui m’avait ramené du pavillon de chasse, le soir du couro
J’étais parti un peu après Sapt et ses compagnons; mais, ayant pris un raccourci, je me trouvai sur la lisière de la forêt vers minuit et demi. J’attachai mon cheval dans un épais fourré, en ayant soin de laisser le revolver dans l’arçon de la selle – de quel secours eût-il pu m’être? – et, mon échelle sur l’épaule, je gagnai le bord du fossé.
Arrivé là, je déroulai ma corde, je la liai solidement au tronc d’un arbre, sur la berge, et je me laissai glisser.
L’horloge du château so
Un peu au-delà, à peu près au même niveau, j’aperçus une fenêtre. Cette fenêtre, si Jean ne m’avait pas menti, devait être une de celles de l’appartement du duc; de l’autre côté, à peu près en face, ce devait être la fenêtre de la chambre de Mme de Mauban. Les femmes sont des êtres inconscients et sans mémoire. Pourvu qu’elle n’ait pas oublié ce qui devait se passer à deux heures précises!
Vraiment, c’était une bo
J’étais là depuis dix minutes lorsque je vis la fenêtre du duc s’éclairer. Les volets n’étaient pas fermés et l’intérieur de la chambre me devint en partie visible, comme je me dressai sur la pointe des pieds. Placé où j’étais, mon regard embrassait un mètre et plus de l’autre côté de la fenêtre et le rayon de lumière, néanmoins, ne pouvait m’atteindre. Tout à coup la fenêtre s’ouvrit et quelqu’un regarda dehors. Je reco
Je fis bien, car, presque au même moment, je vis un homme s’approcher d’elle. C’était Rupert. Il dut dire à Antoinette le dessein qu’il avait formé de l’enlever, de s’enfuir avec elle; car je vis la jeune femme montrer du doigt le fossé et je l’entendis qui disait distinctement:
«J’aimerais mieux me jeter par la fenêtre.»
Rupert se rapprocha et regarda dans la nuit.
«L’eau doit être bien froide! Allons, Antoinette, vous n’êtes pas sérieuse.»
Je n’entendis pas la réponse d’Antoinette; Rupert tambourinait du bout de ses doigts sur l’appui de la fenêtre avec un geste d’impatience. Il reprit presque aussitôt d’un ton d’enfant gâté:
«Que le ciel confonde le duc Noir! Que diable lui trouvez-vous de si séduisant?
– Si je lui répétais ce que vous dites de lui?» commença-t-elle.
Si j’avais eu mon revolver sur moi, j’aurais été violemment tenté de brûler la tête du jeune bandit. Mais, cette tentation m’étant épargnée, j’inscrivis mentalement cette déception au compte que j’avais à régler avec lui.
«Vous pouvez le lui répéter, reprit-il, quoique, à vrai dire, je croie qu’il s’en soucie assez peu. Il est très épris de la princesse, il ne pense qu’à elle et ne parle que de couper la gorge du comédien.»
À peine achevait-il ces mots que j’entendis le bruit d’une porte qu’on ouvrait et une voix rude qui disait:
«Que faites-vous ici, monsieur?»
Rupert, le dos tourné à la fenêtre, salua fort bas, et répondit de sa voix éclatante:
«Je faisais agréer à madame vos excuses, Monseigneur, de l’avoir laissée seule.»
Le nouveau venu ne pouvait être que le duc Noir; je vis que c’était lui d’ailleurs, lorsqu’il s’avança vers la fenêtre et saisit le jeune Rupert par le bras.
«Le fossé est assez grand pour deux: s’il me plaisait de vous y envoyer tenir compagnie au roi? fit-il avec un geste significatif.
– Est-ce une menace? demanda Rupert.
– Les menaces sont des avertissements que je prends rarement la peine de do
– Bah! reprit Rupert, vous ne vous êtes pas fait faute de menacer Rodolphe Rassendyll, et cependant il vit encore!
– Est-ce ma faute si mes serviteurs ne savent pas s’y prendre, s’ils gâtent la besogne?
– Votre Seigneurie, elle, ne s’expose pas à gâter la besogne!» ricana Rupert.
C’était dire au duc aussi clairement qu’il est possible qu’il était un lâche et qu’il fuyait le danger.