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La douleur est un fruit, Dieu ne le fait pas croître
Sur la branche trop faible encor pour le porter ,
ou bien encore:
Les morts durent bien peu,
Hélas, dans le cercueil ils tombent en poussière
Moins vite qu'en nos cœurs !»
Et tandis qu'un sourire désenchanté fronçait d'une gracieuse sinuosité sa bouche douloureuse, la duchesse fixa sur Mme d'Arpajon le regard rêveur de ses yeux clairs et charmants. Je commençais à les co
A tant de raisons de déployer son originalité locale, les écrivains préférés de Mme de Guermantes: Mérimée, Meilhac et Halévy, étaient venus ajouter, avec le respect du naturel, un désir de prosaïsme par où elle atteignait à la poésie et un esprit purement de société qui ressuscitait devant moi des paysages. D'ailleurs la duchesse était fort capable, ajoutant à ces influences une recherche artiste, d'avoir choisi pour la plupart des mots la prononciation qui lui semblait le plus Ile-de-France , le plus Champenoise , puisque, sinon tout à fait au degré de sa belle-sœur Marsantes, elle n'usait guère que du pur vocabulaire dont eût pu se servir un vieil auteur français. Et quand on était fatigué du composite et bigarré langage moderne, c'était, tout en sachant qu'elle exprimait bien moins de choses, un grand repos d'écouter la causerie de Mme de Guermantes,-presque le même, si l'on était seul avec elle et qu'elle restreignît et clarifiât encore son flot, que celui qu'on éprouve à entendre une vieille chanson. Alors en regardant, en écoutant Mme de Guermantes, je voyais, priso
Ainsi, par ces diverses formations, Mme de Guermantes exprimait à la fois la plus ancie
Émue par les derniers vers, Mme d'Arpajon s'écria:
– Ces reliques du cœur ont aussi leur poussière! Monsieur, il faudra que vous m'écriviez cela sur mon éventail, dit-elle à M. de Guermantes.
– Pauvre femme, elle me fait de la peine! dit la princesse de Parme à Mme de Guermantes.
– Non, que madame ne s'attendrisse pas, elle n'a que ce qu'elle mérite.
– Mais… pardon de vous dire cela à vous… cependant elle l'aime vraiment!
– Mais pas du tout, elle en est incapable, elle croit qu'elle l'aime comme elle croit en ce moment qu'elle cite du Victor Hugo parce qu'elle dit un vers de Musset. Tenez, ajouta la duchesse sur un ton mélancolique, perso
Cependant c'est l'œil brillant de satisfaction que M. de Guermantes avait écouté sa femme parler de Victor Hugo à «brûle-pourpoint» et en citer ces quelques vers. La duchesse avait beau l'agacer souvent, dans des moments comme ceux-ci il était fier d'elle. «Oriane est vraiment extraordinaire. Elle peut parler de tout, elle a tout lu. Elle ne pouvait pas deviner que la conversation tomberait ce soir sur Victor Hugo. Sur quelque sujet qu'on l'entrepre
– Mais changeons de conversation, ajouta Mme de Guermantes, parce qu'elle est très susceptible. Vous devez me trouver bien démodée, reprit-elle en s'adressant à moi, je sais qu'aujourd'hui c'est considéré comme une faiblesse d'aimer les idées en poésie, la poésie où il y a une pensée.
– C'est démodé? dit la princesse de Parme avec le léger saisissement que lui causait cette vague nouvelle à laquelle elle ne s'attendait pas, bien qu'elle sût que la conversation de la duchesse de Guermantes lui réservât toujours ces chocs successifs et délicieux, cet essoufflant effroi, cette saine fatigue après lesquels elle pensait instinctivement à la nécessité de prendre un bain de pieds dans une cabine et de marcher vite pour «faire la réaction».
– Pour ma part, non, Oriane, dit Mme de Brissac, je n'en veux pas à Victor Hugo d'avoir des idées, bien au contraire, mais de les chercher dans ce qui est monstrueux. Au fond c'est lui qui nous a habitués au laid en littérature. Il y a déjà bien assez de laideurs dans la vie. Pourquoi au moins ne pas les oublier pendant que nous lisons? Un spectacle pénible dont nous nous détournerions dans la vie, voilà ce qui attire Victor Hugo.
– Victor Hugo n'est pas aussi réaliste que Zola, tout de même? demanda la princesse de Parme. Le nom de Zola ne fit pas bouger un muscle dans le visage de M. de Beautreillis. L'antidreyfusisme du général était trop profond pour qu'il cherchât à l'exprimer. Et son silence bienveillant quand on abordait ces sujets touchait les profanes par la même délicatesse qu'un prêtre montre en évitant de vous parler de vos devoirs religieux, un financier en s'appliquant à ne pas recommander les affaires qu'il dirige, un hercule en se montrant doux et en ne vous do
– Je sais que vous êtes parent de l'amiral Jurien de la Gravière, me dit d'un air entendu Mme de Varambon, la dame d'ho