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A la campagne, Mme de Marsantes était adorée pour le bien qu'elle faisait, mais surtout parce que la pureté d'un sang où depuis plusieurs générations on ne rencontrait que ce qu'il y a de plus grand dans l'histoire de France avait ôté à sa manière d'être tout ce que les gens du peuple appellent «des manières» et lui avait do
– Écoute, dit Mme de Villeparisis à la duchesse de Guermantes, je crois que j'aurai tout à l'heure la visite d'une femme que tu ne veux pas co
Mme Swa
– Je vous remercie de me prévenir, répondit la duchesse. Cela me serait en effet très désagréable. Mais comme je la co
– Je t'assure, Oriane, elle est très agréable, c'est une excellente femme, dit Mme de Marsantes.
– Je n'en doute pas, mais je n'éprouve aucun besoin de m'en assurer par moi-même.
– Est-ce que tu es invitée chez Lady Israël? demanda Mme de Villeparisis à la duchesse, pour changer la conversation.
– Mais, Dieu merci, je ne la co
– Je l'ai en effet co
En réalité Mme de Marsantes pensait que son fils n'aurait pas de permission; mais comme, en tout cas, elle savait que s'il en avait eu une il ne serait pas venu chez Mme de Villeparisis, elle espérait, en ayant l'air de croire qu'elle l'eût trouvé ici, lui faire pardo
– Robert ici! Mais je n'ai pas même eu un mot de lui; je crois que je ne l'ai pas vu depuis Balbec.
– Il est si occupé, il a tant à faire, dit Mme de Marsantes.
Un imperceptible sourire fit onduler les cils de Mme de Guermantes qui regarda le cercle qu'avec la pointe de son ombrelle elle traçait sur le tapis. Chaque fois que le duc avait délaissé trop ouvertement sa femme, Mme de Marsantes avait pris avec éclat contre son propre frère le parti de sa belle-soeur. Celle-ci gardait de cette protection un souvenir reco
– Tiens, quand on parle du Saint-Loup… dit Mme de Guermantes.
Mme de Marsantes, qui tournait le dos à la porte, n'avait pas vu entrer son fils. Quand elle l'aperçut, en cette mère la joie battit véritablement comme un coup d'aile, le corps de Mme de Marsantes se souleva à demi, son visage palpita et elle attachait sur Robert des yeux émerveillés:
– Comment, tu es venu! quel bonheur! quelle surprise!
– Ah! quand on parle du Saint-Loup … je comprends, dit le diplomate belge riant aux éclats.
– C'est délicieux, répliqua sèchement Mme de Guermantes qui détestait les calembours et n'avait hasardé celui-là qu'en ayant l'air de se moquer d'elle-même.
– Bonjour, Robert, dit-elle; eh bien! voilà comme on oublie sa tante.
Ils causèrent un instant ensemble et sans doute de moi, car tandis que Saint-Loup se rapprochait de sa mère, Mme de Guermantes se tourna vers moi.
– Bonjour, comme allez-vous? me dit-elle.
Elle laissa pleuvoir sur moi la lumière de son regard bleu, hésita un instant, déplia et tendit la tige de son bras, pencha en avant son corps, qui se redressa rapidement en arrière comme un arbuste qu'on a couché et qui, laissé libre, revient à sa position naturelle. Ainsi agissait-elle sous le feu des regards de Saint-Loup qui l'observait et faisait à distance des efforts désespérés pour obtenir un peu plus encore de sa tante. Craignant que la conversation ne tombât, il vint l'alimenter et répondit pour moi:
– Il ne va pas très bien, il est un peu fatigué; du reste, il irait peut-être mieux s'il te voyait plus souvent, car je ne te cache pas qu'il aime beaucoup te voir.
– Ah! mais, c'est très aimable, dit Mme de Guermantes d'un ton volontairement banal, comme si je lui eusse apporté son manteau. Je suis très flattée.
– Tiens, je vais un peu près de ma mère, je te do
Nous nous tûmes tous deux.
– Je vous aperçois quelquefois le matin, me dit-elle comme si ce fût une nouvelle qu'elle m'eût apprise, et comme si moi je ne la voyais pas. Ça fait beaucoup de bien à la santé.
– Oriane, dit à mi-voix Mme de Marsantes, vous disiez que vous alliez voir Mme de Saint-Ferréol, est-ce que vous auriez été assez gentille pour lui dire qu'elle ne m'attende pas à dîner? Je resterai chez moi puisque j'ai Robert. Si même j'avais osé vous demander de dire en passant qu'on achète tout de suite de ces cigares que Robert aime, ça s'appelle des «Corona», il n'y en a plus.
Robert se rapprocha; il avait seulement entendu le nom de Mme de Saint-Ferréol.
– Qu'est-ce que c'est encore que ça, Mme de Saint-Ferréol? demanda-t-il sur un ton d'éto
– Mais voyons, mon chéri, tu sais bien, dit sa mère, c'est la soeur de Vermandois; c'est elle qui t'avait do
– Comment, c'est la soeur de Vermandois, je n'en avais pas la moindre idée. Ah! ma famille est épatante, dit-il en se tournant à demi vers moi et en prenant sans s'en rendre compte les intonations de Bloch comme il empruntait ses idées, elle co
Mme de Guermantes fit avec la gorge ce bruit léger, bref et fort comme d'un sourire forcé qu'on ravale, et qui était destiné à montrer qu'elle prenait part, dans la mesure où la parenté l'y obligeait, à l'esprit de son neveu. On vint a
– Allez le chercher, monsieur, dit Mme de Villeparisis à l'ancien ambassadeur qui se porta au-devant du premier ministre allemand.
Mais la marquise le rappela:
– Attendez, monsieur; faudra-t-il que je lui montre la miniature de l'Impératrice Charlotte?
– Ah! je crois qu'il sera ravi, dit l'Ambassadeur d'un ton pénétré et comme s'il enviait ce fortuné ministre de la faveur qui l'attendait.
– Ah! je sais qu'il est très bien pensant , dit Mme de Marsantes, et c'est si rare parmi les étrangers. Mais je suis renseignée. C'est l'antisémitisme en perso
Le nom du prince gardait, dans la franchise avec, laquelle ses premières syllabes étaient-comme on dit en musique-attaquées, et dans la bégayante répétition qui les scandait, l'élan, la naïveté maniérée, les lourdes «délicatesses» germaniques projetées comme des branchages verdâtres sur le «Heim» d'émail bleu sombre qui déployait la mysticité d'un vitrail rhénan, derrière les dorures pâles et finement ciselées du XVIIIe siècle allemand. Ce nom contenait, parmi les noms divers dont il était formé, celui d'une petite ville d'eaux allemande, où tout enfant j'avais été avec ma grand'mère, au pied d'une montagne honorée par les promenades de Goethe, et des vignobles de laquelle nous buvions au Kurhof les crus illustres à l'appellation composée et retentissante comme les épithètes qu'Homère do