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– Mais Madame, s'écria-t-elle, Monserfeuil n'a aucune espèce de crédit ni de pouvoir avec le nouveau gouvernement. Ce serait un coup d'épée dans l'eau.
– Je crois qu'il pourrait nous entendre, murmura la princesse en invitant la duchesse à parler plus bas.
– Que Votre Altesse ne craigne rien, il est sourd comme un pot, dit sans baisser la voix la duchesse, que le général entendit parfaitement.
– C'est que je crois que M. de Saint-Loup n'est pas dans un endroit très rassurant, dit la princesse.
– Que voulez-vous, répondit la duchesse, il est dans le cas de tout le monde, avec la différence que c'est lui qui a demandé à y aller. Et puis, non, ce n'est pas dangereux; sans cela vous pensez bien que je m'en occuperais. J'en aurais parlé à Saint-Joseph pendant le dîner. Il est beaucoup plus influent, et d'un travailleur! Vous voyez, il est déjà parti. Du reste ce serait moins délicat qu'avec celui-ci, qui a justement trois de ses fils au Maroc et n'a pas voulu demander leur changement; il pourrait objecter cela. Puisque Votre Altesse y tient, j'en parlerai à Saint-Joseph… si je le vois, ou à Beautreillis. Mais si je ne les vois pas, ne plaignez pas trop Robert. On nous a expliqué l'autre jour où c'était. Je crois qu'il ne peut être nulle part mieux que là.
«Quelle jolie fleur, je n'en avais jamais vu de pareille, il n'y a que vous, Oriane, pour avoir de telles merveilles!» dit la princesse de Parme qui, de peur que le général de Monserfeuil n'eût entendu la duchesse, cherchait à changer de conversation. Je reco
– Je suis enchantée qu'elle vous plaise; elles sont ravissantes, regardez leur petit tour de cou de velours mauve; seulement, comme il peut arriver à des perso
– Mais elles sont en pot, ce ne sont pas des fleurs coupées, dit la princesse.
– Non, répondit la duchesse en riant, mais ça revient au même, comme ce sont des dames. C'est une espèce de plantes où les dames et les messieurs ne se trouvent pas sur le même pied. Je suis comme les gens qui ont une chie
– Comme c'est curieux. Mais alors dans la nature…
– Oui! il y a certains insectes qui se chargent d'effectuer le mariage, comme pour les souverains, par procuration, sans que le fiancé et la fiancée se soient jamais vus. Aussi je vous jure que je recommande à mon domestique de mettre ma plante à la fenêtre le plus qu'il peut, tantôt du côté cour, tantôt du côté jardin, dans l'espoir que viendra l'insecte indispensable. Mais cela exigerait un tel hasard. Pensez, il faudrait qu'il ait justement été voir une perso
– En effet, dit M. de Bréauté, vous auriez dû le faire abattre de quelques centimètres seulement, cela aurait suffi. Ce sont des opérations qu'il faut savoir pratiquer. Le parfum de vanille qu'il y avait dans l'excellente glace que vous nous avez servie tout à l'heure, duchesse, vient d'une plante qui s'appelle le vanillier. Celle-là produit bien des fleurs à la fois masculines et féminines, mais une sorte de paroi dure, placée entre elles, empêche toute communication. Aussi ne pouvait-on jamais avoir de fruits jusqu'au jour où un jeune nègre natif de la Réunion et nommé Albins, ce qui, entre parenthèses, est assez comique pour un noir puisque cela veut dire blanc, eut l'idée, à l'aide d'une petite pointe, de mettre en rapport les organes séparés.
– Babal, vous êtes divin, vous savez tout, s'écria la duchesse.
– Mais vous-même, Oriane, vous m'avez appris des choses dont je ne me doutais pas, dit la princesse.
– Je dirai à Votre Altesse que c'est Swa
– La commode sur laquelle la plante est posée est splendide aussi, c'est Empire, je crois, dit la princesse qui, n'étant pas familière avec les travaux de Darwin et de ses successeurs, comprenait mal la signification des plaisanteries de la duchesse.
– N'est-ce pas, c'est beau? Je suis ravie que Madame l'aime, répondit la duchesse. C'est une pièce magnifique. Je vous dirai que j'ai toujours adoré le style Empire, même au temps où cela n'était pas à la mode. Je me rappelle qu'à Guermantes je m'étais fait ho
– Madame, sincèrement, je ne peux pas vous dire à quel point vous trouverez cela beau! J'avoue que le style Empire m'a toujours impressio
– On n'est pas très bien assis dans les meubles Empire, hasarda la princesse.
– Non, répondit la duchesse, mais, ajouta Mme de Guermantes en insistant avec un sourire, j'aime être mal assise sur ces sièges d'acajou recouverts de velours grenat ou de soie verte. J'aime cet inconfort de guerriers qui ne compre