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CHAPITRE XXIX

Le soir de ce jour déjà si rempli d’émotions, Pierre et le Corinthien travaillaient à la lumière, agités eux-mêmes d’une sorte de fièvre. Amaury, e

Retranché dans le fond de l’atelier, Pierre avait depuis quelque temps travaillé sans relâche. Non seulement il voulait que son escalier fût une pièce conforme à toutes les lois de la science, mais il voulait encore en faire une œuvre d’art. Il songeait à lui do

Il était dix heures du soir, et il do

– Moi, j’ai fini! s’écria Pierre d’un coup en s’asseyant sur la marche qui joignait l’escalier à la tribune; et j’en suis presque fâché, ajouta-t-il en s’essuyant le front: je n’ai jamais rien fait avec tant d’amour et de zèle.

– Je le crois bien, répondit le Corinthien avec amertume; tu travailles pour quelqu’un qui en vaut la peine.

– Je travaille pour l’art, répondit Pierre.

– Non, répondit brusquement le Corinthien, tu travailles pour celle que tu aimes.

– Tais-toi, tais-toi, s’écria Pierre effrayé, en lui montrant la porte du cabinet.

– Bah! je sais bien qu’à cette heure elles pre

– C’est égal, parle moins haut, je t’en supplie.

– Je parlerai aussi bas que tu voudras, Pierre, dit le Corinthien en venant s’asseoir à côté de son ami. Mais j’ai besoin de parler, vois-tu, j’ai la tête brisée. Sais-tu que ton escalier est superbe? Tu as du talent, Pierre. Tu es né architecte comme je suis né sculpteur, et il me semble qu’il y a autant de gloire dans un art que dans l’autre. Est-ce que tu n’as jamais eu d’ambition, toi?

– Tu vois bien que j’en ai, puisque je me suis do

– Et voilà ton ambition satisfaite?

– Pour aujourd’hui; demain j’aurai à faire le corps de bibliothèque.

– Et tu comptes faire toute ta vie des escaliers et des armoires?

– Que pourrais-je faire de mieux? je ne sais pas faire autre chose.

– Mais tu peux tout ce que tu veux, Pierre, et tu ne veux pas rester menuisier, j’espère?

– Mon cher Corinthien, je compte rester menuisier. Que tu devie

– Mais ceci est une absurdité! Pierre, tu te ravales et tu te calomnies; tu n’es pas fait pour rester machine et pour suer comme un esclave. Est-ce que la manière dont le riche exploite le travail du peuple n’est pas une iniquité? Toi-même, tu l’as dit cent fois!

– Oui, en principe je hais cette exploitation; mais en fait je m’y soumets.

– C’est une inconséquence, Pierre, c’est une lâcheté! Que chacun en dise autant, et jamais les choses ne changeront.

– Cher Corinthien, les choses changeront! Dieu est trop juste pour abando

– Et pourtant tu te fais un devoir de rester pauvre?

– Oui, ne voulant pas devenir riche à tout prix.

– Et tu ne hais pas les riches?

– Non, parce qu’il est dans l’instinct de l’homme de fuir la misère.

– Explique-moi donc cela!

– C’est bien facile. Il est certain, n’est-ce pas, que, dès aujourd’hui, un pauvre peut devenir riche à force d’intelligence?

– Oui.

– Est-il certain que tous les pauvres intelligents puissent devenir riches?

– Je ne sais pas. Il y a tant de ces pauvres-là, qu’il n’y aurait peut-être pas de quoi les enrichir tous.

– Cela est bien certain, Amaury; ne voyons-nous pas tous les jours des hommes d’esprit et de talent qui meurent de faim?

– Il y en a beaucoup. Ce n’est pas tout d’avoir du génie, il faut encore avoir du bonheur.

– C’est-à-dire de l’adresse, du savoir-faire, de l’ambition, de l’audace. Et le plus sûr encore est de n’avoir pas de conscience.

– C’est possible, dit le Corinthien avec un soupir; Dieu sait si je pourrai conserver la mie

– J’espère que Dieu veillera sur toi, mon enfant. Mais moi, vois-tu, je ne dois pas me risquer. Je n’ai pas un assez grand génie pour que la voix du destin me commande d’engager cette lutte dangereuse avec les hommes. Je vois que la plupart de ceux qui abando