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– Cela est vrai, dit Pierre en rougissant.

– Mais je voudrais la savoir, moi, mon histoire! Voilà ce qui m’intéresse, et ce que jamais cette sotte de Julie n’a voulu dire à ma cousine!

Pierre était au supplice. L’histoire l’intéressait bien plus qu’Yseult. Que n’eût-il pas do

– Et que, sans cette catastrophe, reprit Yseult, qui écoutait avec un sang-froid terrible, j’aurais conservé ce teint de lis et de roses qu’on voit briller sur les joues de ma cousine?

– Ils ont dit quelque chose comme cela.

– Et qu’avez-vous répondu à ce dernier chef d’accusation?

– J’aurais pu leur répondre que je vous avais vue à l’âge de cinq ou six ans, et que vous étiez pâle comme aujourd’hui; mais je n’ai pas songé à nier l’effet, occupé que j’étais de nier la cause.

– Est-ce que vous vous souvenez vraiment de m’avoir vue enfant, maître Pierre?

– La première fois que vous vîntes ici, vous aviez les cheveux courts comme un petit garçon, mais aussi noirs que vous les avez aujourd’hui; vous portiez toujours une robe blanche et une ceinture noire, à cause du deuil de votre père; vous voyez que j’ai une bo

– Et moi, je me souviens que vous m’avez apporté deux ramiers dans une cage, et que vous aviez fait cette cage vous-même. Je vous do

– Que j’ai encore!

– Oh! vraiment? Mais voilà une digression qui ne me fera pas perdre de vue ce que je voulais savoir. Qu’avez vous répondu à ces messieurs?

– Qu’ils ne savaient ce qu’ils disaient, et qu’il y avait peu d’invention dans leurs romans.

– Et alors ils se sont fâchés?

– Un peu. Mais quand ils ont vu que nous n’avions aucune peur, ils ont quitté la table en disant que le tort était de leur côté, parce que, quand on s’assied auprès des manants, on doit s’attendre à quelque éclaboussure. Si je n’avais retenu de force le Berrichon, je crois qu’il aurait fallu se battre. J’eusse été au désespoir que pareille chose arrivât par suite d’une conversation où vous aviez été nommée.

Yseult sourit d’un air de remerciement, et garda le silence pendant quelques instants. Tout ce que Pierre souffrit dans l’attente de ses réflexions est impossible à exprimer. Enfin, elle prit la parole et lui dit d’un air sérieux: – Voyons, maître Pierre, pourquoi étiez-vous indigné de l’accusation portée contre moi? Le fait d’avoir voulu me marier avec un petit précepteur vous paraît-il si honteux et si criminel qu’il fallût, pour le nier, s’exposer à faire un mensonge?

Pierre pâlit et ne répondit point. Il n’écoutait nullement la question pleine de clarté qui lui était adressée; il ne songeait qu’à cette passion dont on semblait lui faire l’aveu; et qui le précipitait du ciel en terre.

– Allons, reprit mademoiselle de Villepreux, il faut me répondre, maître Pierre. Je tiens à ma réputation, voyez-vous, et je désire l’établir clairement dans l’esprit des perso

– Je ne l’ai pas nié. J’ai dit simplement que toute espèce de supposition sur certaines perso

– Cela est bien aristocratique, monsieur Pierre; je ne vais pas si loin que vous: je suis, vous le savez, pour la liberté de la presse, pour le libre vote, pour la liberté de conscience, pour toutes les libertés publiques. Il y aurait donc inconséquence à demander une exception en ma faveur.

– J’ai eu tort sans doute de le prendre sur ce ton; mais ce serait à recommencer que je ne serais pas plus sage. Votre nom me faisait mal dans la bouche de ces bavards grossiers.

– Eh bien, je vous absous; mais c’est à la condition que vous allez me dire ce que je vous demandais tous à l’heure. En quoi blâmez-vous…

– Mon Dieu, je ne blâme rien! s’écria Pierre, à qui ce jeu faisait saigner le cœur. Si vous avez le projet de vous marier avec un savant, je trouve cela tout aussi orgueilleux que de vouloir épouser un général, un duc ou un banquier.

– Ainsi vous ne seriez pas mon défenseur en pareille circonstance? Vous m’accuseriez, au contraire?

– Vous accuser, moi? jamais? Vous avez bien assez de grandes choses dans l’âme pour qu’on vous pardo

– Eh bien, j’aime votre réponse, et j’aime votre jugement sur mon Odyssée avec le professeur. Cela me paraît vu de plus haut que ne pourrait le faire aucune des perso

– Puis-je vous demander laquelle? car il paraît que j’ai fait de la prose sans le savoir.

– Eh bien, voici. Les romans sont à la mode. Les femmes du monde en lisent, et puis elles les mettent en action le plus qu’elles peuvent, et rien de tout cela n’est romanesque. Il n’y a pas une seule véritable affection sur mille aventures qu’on attribue à l’amour le plus exalté. Ainsi on voit des enlèvements, des duels, des mariages contrariés par les parents et contractés au grand scandale de l’opinion; on voit même des suicides, et dans tout cela il n’y a plus de passion que je n’en ai eu pour le professeur de mon frère. La vanité prend toutes les formes; on se perd, on se marie ou l’on se tue pour faire parler de soi. Croyez-moi, les vraies passions sont celles qu’on renferme; les vrais romans sont ceux que le public ignore; les vraies douleurs sont celles que l’on porte en silence et dont on ne veut ni être plaint ni consolé.

– Il n’y a donc rien de vrai dans l’histoire du précepteur? dit Pierre avec une naïve anxiété qui fit sourire mademoiselle de Villepreux.

– Si elle s’était passée comme on la raconte, reprit-elle, je vous réponds qu’on ne la raconterait pas. Car si j’avais eu de l’inclination pour ce jeune homme, il serait arrivé de deux choses l’une: ou il eût été digne de moi, et mon grand-père n’eût pas contrarié mon choix; ou je me serais trompée, et mon grand-père n’eût fait ouvrir les yeux. Dans ce dernier cas, j’aurais eu, je crois, la force de ne montrer ni fausse honte ni désespoir ridicule, et l’on n’aurait pas eu le plaisir de voir pâlir mon teint. Mais, comme il y a toujours quelque chose de réel au fond de toutes les inventions humaines, il faut que je vous dise ce qu’il y a de vrai dans ce roman. Mon frère avait effectivement un professeur de latin et de grec, qui n’était pas très fort, à ce qu’on assure, sur son grec et son latin, mais qui l’était bien assez, puisque mon frère était résolu à n’apprendre ni l’un ni l’autre. J’avais quatorze ans tout au plus, et de temps en temps, par pitié pour ce pauvre professeur qui perdait son temps chez nous, je prenais la leçon à la place de Raoul; au bout d’un an, j’en savais un peu plus que mon maître, ce qui n’était pas beaucoup dire.

Un beau jour, je remarquai que, tout en mangeant de fort bon appétit, il faisait de gros soupirs toutes les fois que je lui offrais de quelque plat. Je lui demandai s’il était souffrant; il me répondit qu’il souffrait horriblement, et je me mis à le questio