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CHAPITRE XI

Ils arrivèrent à Blois comme dix heures so

Par Mère , on entend l’hôtellerie où une société de compagnons loge, mange et tient ses assemblées. L’hôtesse de cette auberge s’appelle aussi la Mère; l’hôte, fut-il célibataire, s’appelle la Mère. Il n’est pas rare qu’on joue sur ces mots et qu’on appelle un bon vieux hôtelier le père la Mère.

Il y avait environ un an qu’Amaury le Corinthien n’était venu à Blois. Pierre avait remarqué qu’à mesure qu’ils approchaient de la ville, son ami l’avait écouté moins attentivement. Mais lorsqu’ils eurent dépassé les premières maisons, il fut tout à fait frappé de son trouble.

– Qu’as-tu donc? lui dit-il, tu marches tantôt si vite que je puis à peine te suivre, tantôt si lentement que je suis forcé de t’attendre. Tu te heurtes à chaque pas, et tu sembles agité comme si tu craignais et désirais à la fois d’arriver au terme de ton voyage.

– Ne m’interroge pas, cher Villepreux, répondit le Corinthien. Je suis ému, je ne le nie pas; mais il m’est impossible de t’en dire la cause. Je n’ai jamais eu de secrets pour toi, hormis un seul que je te confierai peut-être quelque jour; mais il me semble que le temps n’est pas venu.

Pierre n’insista pas, et ils arrivèrent chez la Mère au bout de quelques instants. L’auberge était située sur la rive gauche de la Loire, dans le faubourg que le fleuve sépare de la ville. Elle était toujours propre et bien tenue comme de coutume, et les deux amis reco

– Monsieur Villepreux, dit la servante à voix basse en attirant Pierre Huguenin à quelque distance, il ne faut pas que vous parliez de notre défunt maître devant la petite: ça la fait toujours pleurer, pauvre chère âme! Nous avons enterré monsieur Savinien il n’y a pas plus de quinze jours. Notre maîtresse en a bien du chagrin.

À peine avait-elle dit ces mots qu’une porte s’ouvrit, et la veuve de Savinien, celle qu’on appelait la Mère, parut en deuil et en cornette de veuve. C’était une femme d’environ vingt-huit ans, belle comme une Vierge de Raphaël, avec la même régularité de traits et la même expression de douceur calme et noble. Les traces d’une douleur récente et profonde étaient pourtant sur son visage, et ne le rendaient que plus touchant; car il y avait aussi dans son regard le sentiment d’une force évangélique.

Elle portait son second enfant dans ses bras, à demi déshabillé et déjà endormi, un gros garçon blond comme l’ambre, frais comme le matin. D’abord elle ne vit que Pierre Huguenin, sur lequel se projetait la lumière de la lampe.

– Mon fils Villepreux, s’écria-t-elle avec un sourire affectueux et mélancolique, soyez le bienvenu, et comme toujours le bien-aimé. Hélas! vous n’avez plus qu’une Mère! votre père Savinien est dans le ciel avec le bon Dieu.

À cette voix le Corinthien s’était vivement retourné; à ces paroles un cri partit du fond de sa poitrine.

– Savinien mort! s’écria-t-il; Savinie

Et il se laissa tomber sur une chaise.

À cette voix, à ces paroles, le calme résigné de la Savinie

La Mère reprit alors sa présence d’esprit; et, venant à lui, elle lui dit avec dignité: – Voyez la douleur de cette enfant. Elle a perdu un bon père; et vous, Corinthien, vous avez perdu un bon ami.

– Nous le pleurerons ensemble, dit Amaury sans oser la regarder ni prendre la main qu’elle lui tendait.

– Non pas ensemble, répondit la Savinie

En ce moment la porte de l’arrière-salle s’ouvrit, et Pierre vit une trentaine de compagnons attablés. Ils avaient pris leur repas si paisiblement qu’on n’eût guère pu soupço

Après l’effusion du premier accueil, qui ne fut pas moins cordial pour Amaury de la part de ceux qui le co

Huguenin remarqua que sa servante lui disait:

– Ne vous dérangez pas, notre maîtresse; couchez tranquillement votre petit; je servirai ces jeunes gens.

Et il remarqua aussi que la Savinie

– Non, je les servirai, moi; couche les enfants.

Puis elle do

– Chers compagnons fidèles! dit Lyo

Le Dignitaire entra. En reco

Lorsqu’ils rentrèrent dans la salle et que le Dignitaire de Blois aperçut Amaury le Corinthien, il devint pâle, et ils s’embrassèrent avec émotion.

– Soyez le bien arrivé, dit le Dignitaire au jeune homme. Je vous ai fait appeler pour le concours, et je vois avec satisfaction que vous avez accepté. Je vous en remercie au nom de la société. Mes pays, ce jeune homme est un des plus agréables talents que je co

– Je ne le savais pas, et j’en suis triste, répondit Amaury d’un ton de franchise qui rassura le Dignitaire.

– Et vous, le pays, reprit le Bon-soutien en s’adressant à Pierre Huguenin, quand on s’appelle l’Ami-du-trait, on est un savant modeste. Si nous avions su où vous prendre, nous vous aurions invité au concours; mais puisque vous témoignez par votre présence que vous n’avez point abando

– Je vous remercie cordialement, répondit Huguenin; mais je ne viens pas pour le concours. J’ai des engagements qui ne me permettent pas de séjourner ici. J’ai besoin d’aides, et je viens, au nom de mon père qui est Maître, pour embaucher ici deux compagnons.

– Peut-être pourriez-vous les embaucher et les envoyer à votre père à votre place. Quand il s’agit de l’ho