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CHAPITRE VII

Cependant Pierre Huguenin marchait toujours vers Blois par la traverse, tantôt sur la lisière des bois inclinés au flanc des collines, tantôt dans les sillons bordés de hauts épis. Quelquefois il s’asseyait au bord d’un ruisseau, pour laver et rafraîchir ses pieds brûlants, ou à l’ombre d’un grand chêne, au coin d’une prairie, pour prendre son repas modeste et solitaire. Il était excellent piéton et ne redoutait ni la chaleur ni la fatigue; et pourtant il abrégeait avec peine ces haltes délicieuses au sein d’une solitude agreste et poétique.

Il ne fallait pas plus de deux journées de marche au jeune menuisier pour se rendre à Blois. Il passa la nuit à Celles, dans une auberge de rouliers, et le lendemain, dès la pointe du jour, il se remit en route. La clarté du matin était encore incertaine et pâle, lorsqu’il vit venir à lui un homme de haute taille, ayant comme lui une blouse et un sac de voyage; mais à sa longue ca

L’étranger, voyant que Pierre n’acceptait pas son défi, en conclut également qu’il avait affaire à un e

À voir la force athlétique et l’air impérieux de l’étranger, Pierre comprit qu’il n’y aurait pas eu de salut pour lui-même si la nature ne l’eût doué, aussi bien que son adversaire, d’une taille avantageuse et de membres vigoureux. – Vous n’êtes donc pas ouvrier? lui dit l’étranger d’un ton méprisant dès qu’ils se virent face à face.

– Pardo

– En ce cas, vous n’êtes pas compagnon? reprit l’étranger d’un ton plus arrogant encore; pourquoi vous permettez-vous de porter la ca

– Je suis compagnon, répondit Pierre avec beaucoup de sang-froid, et vous prie de ne pas l’oublier maintenant que vous le savez.

– Qu’entendez-vous par là? avez-vous dessein de m’insulter?

– Nullement, mais j’ai la ferme résolution de vous répondre si vous me provoquez.

– Si vous avez du cœur, pourquoi vous soustrayez-vous au topage?

– J’ai apparemment des raisons pour cela.

– Mais savez-vous que ce n’est pas la manière de répondre? Entre compagnons on se doit la déclaration mutuelle de la profession et de la société. Voyons, ne sauriez-vous me dire à qui j’ai affaire, et faut-il que je vous y contraigne?

– Vous ne sauriez m’y contraindre, et il suffit que vous en montriez l’intention pour que je refuse de vous satisfaire.

L’étranger murmura entre ses dents: – Nous allons voir! et il serra convulsivement sa ca

– Si vous m’appelez gavot, répondit Pierre, je suis en droit de vous dire que je vous co

– Vous voulez politiquer, repartit l’étranger, et je vois à votre prudence que vous êtes un vrai fils de Salomon. Eh bien! moi, je me fais gloire d’être du Saint Devoir de Dieu, et par conséquent je suis votre supérieur et votre ancien; vous me devez le respect, et vous allez faire acte de soumission. À cette condition les choses se passeront tranquillement entre nous.

– Je ne vous ferai aucune soumission, répondit Pierre, fussiez-vous maître Jacques en perso

– Tu blasphèmes! s’écria l’étranger; en ce cas tu n’appartiens à aucune société constituée. Tu n’as pas de Devoir , ou bien tu es un révolté, un indépendant, un Renard de liberté , ce qu’il y a de plus méprisable au monde.

– Je ne suis rien de tout cela, répondit Pierre en souriant.

– Gavot, gavot, en ce cas! s’écria l’étranger en frappant du pied. Écoutez, qui que vous soyez, Coterie, Pays ou Monsieur , vous n’avez pas envie de vous battre, ni moi non plus; et j’aime à croire que ce n’est pas plus poltro

– S’il n’y en a qu’un, répondit Pierre en souriant, il est évident qu’il n’en est pas de plus ancien; et si vous exigez que je reco

Le Dévorant fut singulièrement mortifié de cette raillerie, et toute sa colère se ralluma.

– Je reco

– Ils ne se do

– Et vous, vous êtes partisans de la liberté de voler le nom et les titres des autres. C’est de quoi il faudra pourtant vous abstenir. Nous vous ferons la guerre jusqu’à la mort, ou jusqu’à ce que vous vous soyez soumis à vous intituler compagnons de liberté tout simplement.

– Je vous avoue que si cela dépendait de moi, répondit Pierre, on ne se disputerait pas pour si peu de chose. Le mot de liberté est si beau qu’il me paraîtrait bien suffisant pour illustrer ceux qui le portent sur leur ba

– Ah çà, vous n’êtes donc pas compagnon? Je vois que, depuis une heure, vous me raillez, et que vous n’avez de préférence pour aucune couleur. Ceci me prouve que vous êtes un Indépendant ou un Révolté; peut-être même avez-vous été chassé de quelque société pour votre mauvaise conduite. Je saurai vous reco

– Cette crainte ne m’inquiète pas, répondit Pierre; nous nous rencontrerons peut-être ailleurs et dans des relations plus cordiales que vos manières actuelles n’en marquent le désir. Vous plaît-il maintenant de me laisser partir? je ne puis m’arrêter plus longtemps.

– Vous êtes un homme fort prudent, repartit l’obstiné tailleur de pierres; mais je le suis aussi, et ne me soucie pas de compromettre ma réputation en vous laissant continuer votre chemin de la sorte. Voyons, finissons-en, faites-vous co

– Mon nom ne vous do

– Attendez donc! n’est-ce pas vous que l’on a surnommé L’ami du trait , à cause de vos co

– Précisément. Nous serions-nous rencontrés déjà?

– Non; mais vous quittiez cette ville comme j’arrivais, et j’ai entendu parler de vous. Vous êtes un habile menuisier, à ce qu’on dit, et un bon sujet; mais vous êtes un gavot, l’ami, un vrai gavot!

– Je suis, comme vous, le fils d’un père plus humain et plus illustre que Salomon ou Jacques.