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CHAPITRE VI
Tandis que Pierre Huguenin cheminait pédestrement parmi les coursières fleuries, si bien co
Il n’est besoin de dire que le bouillant économe, en proie depuis huit jours à de fortes émotions, était parti ce jour-là sur son bidet gris de fer pour aller au devant de la famille. Il était vivement contrarié de ce retour a
Il était en proie à ces réflexions déchirantes lorsque le galop d’un autre bidet, plus rapide et plus vigoureux que le sien, le tira de sa rêverie. Le bidet gris de fer dressa l’oreille et he
– Je commençais à craindre que tu n’eusses pas reçu ma lettre, dit le père.
– Je l’ai reçue ce matin même, répondit le fils; votre messager m’a trouvé à deux lieues d’ici sur la route nouvelle, et fort occupé avec l’ingénieur qui est un ignorant fieffé et qui ne peut faire un pas sans moi. Je lui ai demandé deux jours de congé qu’il a eu bien de la peine à m’accorder; car en vérité je ne sais comment il va se tirer d’affaires sans mes conseils. J’ai insisté; je n’avais garde de manquer à mon devoir envers la famille, et surtout je suis impatient comme tous les diables de revoir Joséphine et Yseult; elles doivent être bien changées! Joséphine sera toujours jolie, j’imagine! Quant à Yseult, elle va être bien contente de me voir!
– Mon fils, dit l’intendant en faisant allonger le trot à sa monture, j’ai deux objections à vous faire: d’abord, quand vous parlez de ces deux dames, vous ne devez pas nommer la cousine la première; et ensuite, quand vous parlez de la fille de M. le comte, vous ne devez pas dire Yseult tout court; vous ne devez même pas dire mademoiselle Yseult; vous devez dire tout au plus mademoiselle de Villepreux; vous devez dire en général mademoiselle .
– Et pourquoi donc cela? reprit l’employé aux ponts-et-chaussées. Est-ce que je ne l’ai pas toujours appelée ainsi sans que perso
– Par conséquent, mon fils, vous devez vous tenir à votre place, vous rappeler que mademoiselle n’est plus une enfant, et que, depuis quatre ans que vous ne l’avez vue, elle vous a sans doute parfaitement oublié. Vous devez surtout ne jamais oublier, vous, qui elle est, et qui vous êtes.
E
Nous n’avons rapporté cet entretien que pour montrer au lecteur perspicace la suffisance et la grossièreté qui étaient les faces les plus saillantes du caractère de M. Isidore Lerebours. Ignorant, envieux, borné, bruyant, emporté et intempérant, il couro
Isidore arriva à la poste la plus voisine du château vingt minutes avant son père. C’était là que la famille devait relayer pour la dernière fois. Son premier soin fut de demander une chambre dans l’auberge et de défaire sa valise pour mettre ordre à sa toilette. Il endossa la veste de chasse la plus ridicule du monde, quoiqu’il l’eût fait copier sur celle d’un jeune élégant de bo
Il n’en était pas moins content de sa perso
Enfin, vers le coucher du soleil, on entendit claquer les fouets des postillons sur la hauteur; M. Lerebours courut à l’écurie faire harnacher les chevaux qui devaient au plus vite conduire avant la nuit l’illustre famille à son gîte seigneurial. Lui-même fit brider son bidet, afin d’être prêt à escorter ses maîtres; et le front tout en sueur, le cœur palpitant d’émotion, il se trouva sur le seuil de l’hôtellerie au moment où la berline s’arrêta.
– Allons vite, les chevaux! cria d’une voix encore ferme le vieux comte en s’avançant à la portière. – Ah! vous voilà, monsieur Lerebours? J’ai bien l’ho
Tel fut l’accueil bref et poliment e
– Qu’est-ce que ce garçon-là? dit le comte en toisant Isidore.
– C’est mon fils, répondit l’intendant d’un air humble et triomphant en dessous.
– Ah! ah! c’est Isidore! Je ne te reco
– Oh oui! monsieur le comte, répondit Isidore, attribuant l’appréciation rapide que le comte faisait de son physique et de son moral à la bienveillance railleuse qu’il lui co
– En ce cas, dit le comte, tu es plus avancé que Raoul qui n’a pas terminé les sie
En parlant ainsi, le vieux comte désignait son petit-fils, jeune homme d’une vingtaine d’a
– Eh bien! où est donc le postillon? demanda le comte avec impatience.
– Appelez donc le postillon, cria le valet de chambre.
– Il est incroyable que le postillon se fasse attendre! vociféra M. Lerebours en se démenant à froid pour faire preuve de zèle.
Pendant ce temps, Isidore passait à l’autre portière afin de regarder la jolie marquise Joséphine des Frenays, nièce du comte de Villepreux. Elle seule fut affable pour lui, et cet accueil lui do