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Au-dessous de cette chambre il y en avait une autre. C’était l’oubliette véritable. On n’y entrait point par une porte, on y pénétrait par un trou; le patient, nu, était descendu, au moyen d’une corde sous les aisselles, dans la chambre d’en bas par un soupirail pratiqué au milieu du dallage de la chambre d’en haut. S’il s’obstinait à vivre, on lui jetait sa nourriture par ce trou. On voit encore aujourd’hui un trou de ce genre à Bouillon.

Par ce trou il venait du vent. La chambre d’en bas, creusée sous la salle du rez-de-chaussée, était plutôt un puits qu’une chambre. Elle aboutissait à de l’eau et un souffle glacial l’emplissait. Ce vent qui faisait mourir le priso

C’est là ce que nos aïeux appelaient «un cul-de-basse-fosse». La chose ayant disparu, le nom pour nous n’a plus de sens. Grâce à la révolution, nous entendons prononcer ces mots-là avec indifférence.

Du dehors de la tour, au-dessus de la brèche qui en était, il y a quarante ans, l’entrée unique, on apercevait une embrasure plus large que les autres meurtrières, à laquelle pendait un grillage de fer descellé et défoncé.

IV. LE PONT-CHATELET

À cette tour, et du côté opposé à la brèche, se rattachait un pont de pierre de trois arches peu endommagées. Le pont avait porté un corps de logis dont il restait quelques tronçons. Ce corps de logis, où étaient visibles les marques d’un incendie, n’avait plus que sa charpente noircie, sorte d’ossature à travers laquelle passait le jour, et qui se dressait auprès de la tour, comme un squelette à côté d’un fantôme.

Cette ruine est aujourd’hui tout à fait démolie, et il n’en reste aucune trace. Ce qu’ont fait beaucoup de siècles et beaucoup de rois, il suffit d’un jour et d’un paysan pour le défaire.

La Tourgue , abréviation paysa

La Tourgue, qui il y a quarante ans était une ruine et qui aujourd’hui est une ombre, était en 1793 une forteresse. C’était la vieille bastille des Gauvain, gardant à l’occident l’entrée de la forêt de Fougères, forêt qui, elle-même, est à peine un bois maintenant.

On avait construit cette citadelle sur un de ces gros blocs de schiste qui abondent entre Maye

La tour était toute la forteresse; sous la tour le rocher, au pied du rocher un de ces cours d’eau que le mois de janvier change en torrents et que le mois de juin met à sec.

Simplifiée à ce point, cette forteresse était, au moyen âge, à peu près imprenable. Le pont l’affaiblissait. Les Gauvain gothiques l’avaient bâtie sans pont. On y abordait par une de ces passerelles branlantes qu’un coup de hache suffisait à rompre. Tant que les Gauvain furent vicomtes, elle leur plut ainsi, et ils s’en contentèrent; mais quand ils furent marquis, et quand ils quittèrent la caverne pour la cour, ils jetèrent trois arches sur le torrent, et ils se firent accessibles du côté de la plaine de même qu’ils s’étaient faits accessibles du côté du roi. Les marquis au dix-septième siècle et les marquises au dix-huitième, ne tenaient plus à être imprenables. Copier Versailles remplaça ceci: continuer les aïeux.

En face de la tour, du côté occidental, il y avait un plateau assez élevé allant aboutir aux plaines; ce plateau venait presque toucher la tour, et n’en était séparé que par un ravin très creux où coulait le cours d’eau qui est un affluent du Couesnon. Le pont, trait d’union entre la forteresse et le plateau, fut fait haut sur piles; et sur ces piles on construisit, comme à Chenonceaux, un édifice en style Mansard, plus logeable que la tour. Mais les mœurs étaient encore très rudes; les seigneurs gardèrent la coutume d’habiter les chambres du donjon pareilles à des cachots. Quant au bâtiment sur le pont, qui était une sorte de petit châtelet, on y pratiqua un long couloir qui servait d’entrée et qu’on appela la salle des gardes; au-dessus de cette salle des gardes, qui était une sorte d’entresol, on mit une bibliothèque, au-dessus de la bibliothèque un grenier. De longues fenêtres à petites vitres en verre de Bohême, des pilastres entre les fenêtres, des médaillons sculptés dans le mur; trois étages; en bas, des pertuisanes et des mousquets; au milieu, des livres; en haut, des sacs d’avoine; tout cela était un peu sauvage et fort noble.

La tour à côté était farouche.

Elle dominait cette bâtisse coquette de toute sa hauteur lugubre. De la plate-forme on pouvait foudroyer le pont.

Les deux édifices, l’un abrupt, l’autre poli, se choquaient plus qu’ils ne s’accostaient. Les deux styles n’étaient point d’accord; bien que deux demi-cercles semblent devoir être identiques, rien ne ressemble moins à un plein-cintre roman qu’une archivolte classique. Cette tour digne des forêts était une étrange voisine pour ce pont digne de Versailles. Qu’on se figure Alain Barbe-Torte do

Au point de vue militaire, le pont, insistons-y, livrait presque la tour. Il l’embellissait et la désarmait; en gagnant de l’ornement elle avait perdu de la force. Le pont la mettait de plain-pied avec le plateau. Toujours inexpugnable du côté de la forêt, elle était maintenant vulnérable du côté de la plaine. Autrefois elle commandait le plateau, à présent le plateau la commandait. Un e

Pourtant les constructeurs du pont avaient pris quelques précautions. Premièrement, ils avaient prévu l’incendie; au-dessous des trois fenêtres du côté aval, ils avaient accroché transversalement, à des crampons qu’on voyait encore il y a un demi-siècle, une forte échelle de sauvetage ayant pour longueur la hauteur des deux premiers étages du pont, hauteur qui dépassait celle de trois étages ordinaires; deuxièmement, ils avaient prévu l’assaut; ils avaient isolé le pont de la tour au moyen d’une lourde et basse porte de fer; cette porte était cintrée; on la fermait avec une grosse clef qui était dans une cachette co

Il fallait passer par le pont pour arriver à cette porte, et passer par cette porte pour pénétrer dans la tour.

Pas d’autre entrée.

V. LA PORTE DE FER

Le deuxième étage du châtelet du pont, surélevé à cause des piles, correspondait avec le deuxième étage de la tour; c’est à cette hauteur que, pour plus de sûreté, avait été placée la porte de fer.

La porte de fer s’ouvrait du côté du pont sur la bibliothèque et du côté de la tour sur une grande salle voûtée avec pilier au centre. Cette salle, on vient de le dire, était le second étage du donjon. Elle était ronde comme la tour; de longues meurtrières, do

Il y avait au-dessous de la salle ronde à pilier deux chambres pareilles, qui étaient le premier étage et le rez-de-chaussée, et au-dessus trois; sur ces six chambres superposées la tour se fermait par un couvercle de pierre qui était la plate-forme, et où l’on arrivait par une étroite guérite.

Les quinze pieds d’épaisseur de muraille qu’on avait dû percer pour y placer la porte de fer, et au milieu desquels elle était scellée, l’emboîtaient dans une longue voussure; de sorte que la porte, quand elle était fermée, était, tant du côté de la tour que du côté du pont, sous un porche de six ou sept pieds de profondeur; quand elle était ouverte, ces deux porches se confondaient et faisaient la voûte d’entrée.