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Le chanvreur

– Cela ne sera point; vous nous faites dégoût et point du tout pitié. M’est avis que vous êtes ivres, que vous n’avez besoin de rien et que vous voulez entrer chez nous pour nous voler notre feu et nos filles.

Le fossoyeur

– Puisque vous ne voulez entendre à aucune bo

Le chanvreur

– Essayez, si vous voulez. Nous sommes assez bien renfermés pour ne pas vous craindre. Et puisque vous êtes insolents, nous ne vous répondrons pas davantage.

Là-dessus le chanvreur ferma à grand bruit l’huis de la lucarne et redescendit dans la chambre au-dessous, par une échelle. Puis il reprit la fiancée par la main et, les jeunes gens des deux sexes se joignant à eux, tous se mirent à danser et à crier joyeusement tandis que les matrones chantaient d’une voix perçante et poussaient de grands éclats de rire en signe de mépris et de bravade contre ceux du dehors qui tentaient l’assaut.

Les assiégeants, de leur coté, faisaient rage: ils déchargeaient leurs pistolets dans les portes, faisaient gronder les chiens, frappaient de grand coups sur les murs, secouaient les volets, poussaient des cris effroyables; enfin, c’était un vacarme à ne pas s’entendre, une poussière et une fumée à ne se point voir

Pourtant cette attaque était simulée: le moment n’était pas venu de violer l’étiquette. Si l’on parvenait, en rôdant, à trouver un passage non gardé, une ouverture quelconque, on pouvait chercher à s’introduire par surprise, et alors, si le porteur de la broche arrivait à mettre son rôti au feu, la prise de possession du foyer ainsi constatée, la comédie finissait et le fiancé était vainqueur.

Mais les issues de la maison n’étaient pas assez nombreuses pour qu’on eût négligé les précautions d’usage et nul ne se fût arrogé le droit d’employer la violence avant le moment fixé pour la lutte.

Quand on fut las de sauter et de crier, le chanvreur songea à capituler. Il remonta à sa lucarne, l’ouvrit avec précaution et salua les assiégeants désappointés par un éclat de rire.

– Eh bien, mes gars, dit-il, vous voilà bien penauds! Vous pensiez que rien n’était plus facile que d’entrer céans et vous voyez que notre défense est bo

Le fossoyeur

– Parlez, mes braves gens; dites ce qu’il faut faire pour approcher de votre foyer.

Le chanvreur

– Il faut chanter, mes amis, mais chanter une chanson que nous ne co

– Qu’à cela ne tie

Voilà six mois que c’était le printemps,

– Me promenais sur l’herbette naissante, répondit le chanvreur d’une voix un peu enrouée, mais terrible. Vous moquez-vous, mes pauvres gens, de nous chanter une pareille vieillerie? Vous voyez bien que nous vous arrêtons au premier mot!

– C’était la fille d’un prince…

– Qui voulait se marier, répondit le chanvreur. Passez, passez à une autre! nous co

Le fossoyeur

– Voulez-vous celle-ci? En revenant de Nantes…

Le chanvreur

– J’étais bien fatigué, voyez! J’étais bien fatigué. Celle-là est du temps de ma grand’mère. Voyons-en une autre!

Le fossoyeur

– L’autre jour en me promenant…

Le chanvreur

– Le long de ce bois charmant! En voilà une qui est bête! Nos petits enfants ne voudraient pas se do

Le fossoyeur

– Oh! nous vous en dirons tant que vous finirez par rester court.

Il se passa bien une heure à combattre ainsi. Comme les deux antagonistes étaient les deux plus forts du pays sur la chanson, et que leur répertoire semblait inépuisable, cela eût pu durer toute la nuit, d’autant plus que le chanvreur mit un peu de malice à laisser chanter certaines complaintes en dix, vingt ou trente couplets, feignant, par son silence, de se déclarer vaincu. Alors on triomphait dans le camp du fiancé, on chantait en chœur à pleine voix et on croyait que, cette fois, la partie adverse ferait défaut; mais, à la moitié du couplet final, on entendait la voix, rude et enrhumée du vieux chanvreur beugler les derniers vers; après quoi il s’écriait:

– Vous n’aviez pas besoin de vous fatiguer à en dire une si longue, mes enfants! Nous la savions sur le bout du doigt!

Une ou deux fois pourtant le chanvreur fit la grimace, fronça le sourcil et se retourna d’un air désappointé vers les matrones attentives. Le fossoyeur chantait quelque chose de si vieux, que son adversaire l’avait oublié, ou peut-être qu’il ne l’avait jamais su; mais aussitôt les bo

Il eût trop long d’attendre de quel côté resterait la victoire à condition qu’on offrirait à celle-ci un présent digne d’elle.

Alors commença le chant des livrées sur un air sole

Les hommes du dehors dirent en basse-taille à l’unisson:

Ouvrez la porte, ouvrez,

Marie, ma migno

J’ons de beaux cadeaux à vous présenter

Hélas! ma mie, laissez-nous entrer

À quoi les femmes répondirent de l’intérieur, et en fausset, d’un ton dolent:

Mon père est en chagrin, ma mère en grand tristesse,

Et moi je suis fille de trop grand merci

Pour ouvrir ma porte à cette heures ici.

Les hommes reprirent le premier couplet jusqu’au quatrième vers, qu’ils modifièrent de la sorte:

J’ons un beau cadeau à vous présenter.

Mais au nom de la fiancée, les femmes répondirent de même que la première fois.

Pendant vingt couplets, au moins, les hommes énumérèrent tous les cadeaux de la livrée, mentio

Ouvrez la porte, ouvrez,

Marie, ma migno

C’est un beau mari qui vient vous chercher,

Allons ma mie, laissons les entrer.

III. Le mariage

Aussitôt le chanvreur tira la cheville de bois qui fermait la porte à l’intérieur: c’était encore, à cette époque, la seule serrure co

Cette lutte fut encore assez passio