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XVI. La mère Maurice

Un jour, la mère Maurice se trouvant seule dans le verger avec Germain, lui dit d’un air d’amitié: «Mon pauvre gendre, je crois que vous n’êtes pas bien. Vous ne mangez pas aussi bien qu’à l’ordinaire, vous ne riez plus, vous causez de moins en moins. Est-ce que quelqu’un de chez nous, ou nous-mêmes, sans le savoir et sans le vouloir, vous avons fait de la peine?

– Non, ma mère, répondit Germain, vous avez toujours été aussi bo

– En ce cas, mon enfant, c’est le chagrin de la mort de votre femme qui vous revient. Au lieu de s’en aller avec le temps, votre e

– Oui, ma mère, ce serait aussi mon idée; mais les femmes que vous m’avez conseillé de rechercher ne me convie

– C’est qu’apparemment, Germain, nous n’avons pas su deviner votre goût. Il faut donc que vous nous aidiez en nous disant la vérité. Sans doute il y a quelque part une femme qui est faite pour vous, car le bon Dieu ne fait perso

– Ma mère vous êtes aussi bo

– C’est donc qu’elle est trop jeune? S’attacher à une jeunesse est déraison pour vous.

– Eh bien! oui, bo

– Alors c’est comme un sort qu’on vous a jeté, Germain? Il n’y a à ça qu’un remède, c’est que cette fille change d’idée et vous écoute. Il faudra donc que je m’en mêle et que je voie si c’est possible. Vous allez me dire où elle est et comment on l’appelle.

– Hélas! ma chère mère, je n’ose pas, dit Germain, parce que vous allez vous moquer de moi.

– Je ne me moquerai pas de vous, Germain, parce que vous êtes dans la peine et que je ne veux pas vous y mettre davantage. Serait-ce point la Fanchette?

– Non, ma mère, ça ne l’est point.

– Ou la Rosette?

– Non.

– Dites donc, car je n’en finirai pas, s’il faut que je nomme toutes les filles du pays.

Germain baissa la tête et ne put se décider à répondre.

– Allons! dit la mère Maurice, je vous laisse tranquille pour aujourd’hui, Germain; peut-être que demain vous serez plus confiant avec moi ou bien que votre belle-sœur sera plus adroite à vous questio

Et elle ramassa sa corbeille pour aller étendre son linge sur les buissons.

Germain fit comme les enfants qui se décident quand ils voient qu’on ne s’occupera plus d’eux. Il suivit sa belle-mère et lui nomma enfin en tremblant la petite Marie à la Guillette.

Grande fut la surprise de la mère Maurice: c’était la dernière à laquelle elle eût songé. Mais elle eut la délicatesse de ne point se récrier et de faire mentalement ses commentaires. Puis, voyant que son silence accablait Germain, elle lui tendit sa corbeille en lui disant.

– Alors, est-ce une raison pour ne point m’aider dans mon travail? Portez donc cette charge et venez parler avec moi. Avez-vous bien réfléchi, Germain? êtes-vous bien décidé?

– Hélas! ma chère mère, ce n’est pas comme cela qu’il faut parler: je serais décidé si je pouvais réussir; mais comme je ne serais pas écouté, je ne suis décidé qu’à m’en guérir si je peux.

– Et si vous ne pouvez pas?

– Toute chose a son terme, mère Maurice: quand le cheval est trop chargé, il tombe; et quand le bœuf n’a rien à manger, il meurt.

– C’est donc à dire que vous mourrez si vous ne réussissez point? à Dieu ne plaise, Germain! Je n’aime pas qu’un homme comme vous dise ces choses-là parce que quand il les dit il les pense. Vous êtes d’un grand courage et la faiblesse est dangereuse chez les gens forts. Allons, prenez de l’espérance. Je ne conçois pas qu’une fille dans la misère, et à laquelle vous faites beaucoup d’ho

– C’est pourtant la vérité, elle me refuse.

– Et quelles raisons vous en do

– Que vous lui avez toujours fait du bien, que sa famille doit beaucoup à la vôtre et qu’elle ne veut point vous déplaire en me détournant d’un mariage riche.

– Si elle dit cela, elle prouve de bons sentiments, et c’est ho

– Voilà le pire! elle dit que son cœur n’est point porté vers moi.

– Si elle dit ce qu’elle ne pense pas pour mieux vous éloigner d’elle, c’est une enfant qui mérite que nous l’aimions et que nous passions par-dessus sa jeunesse à cause de sa grande raison.

– Oui? dit Germain, frappé d’une espérance qu’il n’avait pas encore conçue: ça serait bien sage et bien comme il faut de sa part! mais si elle est si raiso

– Germain, dit la mère Maurice, vous allez me promettre de vous tenir tranquille pendant toute la semaine, de ne point vous tourmenter, de manger, de dormir, et d’être gai comme autrefois. Moi, je parlerai à mon vieux, et si je le fais consentir, vous aurez alors le vrai sentiment de la fille à votre endroit.

Germain promit et la semaine se passa sans que le père Maurice lui dit un mot en particulier et parût se douter de rien. Le laboureur s’efforça de paraître tranquille, mais il était toujours plus pâle et plus tourmenté.