Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 66 из 70

– Que Javert s’est suicidé.

– Prouvez! prouvez! cria Marius hors de lui.

Thénardier reprit en scandant sa phrase à la façon d’un alexandrin antique:

– L’a gent-de-police-Ja-vert-a-été-trouvé-noyé-sous-un-bateau-du-Pont-au-Change.

– Mais prouvez donc!

Thénardier tira de sa poche de côté une large enveloppe de papier gris qui semblait contenir des feuilles pliées de diverses grandeurs.

– J’ai mon dossier, dit-il avec calme.

Et il ajouta:

– Monsieur le baron, dans votre intérêt, j’ai voulu co

Tout en parlant, Thénardier extrayait de l’enveloppe deux numéros de journaux jaunis, fanés, et fortement saturés de tabac. L’un de ces deux journaux, cassé à tous les plis et tombant en lambeaux carrés, semblait beaucoup plus ancien que l’autre.

– Deux faits, deux preuves, fit Thénardier. Et il tendit à Marius les deux journaux déployés.

Ces deux journaux, le lecteur les co

Marius lut. Il y avait évidence, date certaine, preuve irréfragable, ces deux journaux n’avaient pas été imprimés exprès pour appuyer les dires de Thénardier; la note publiée dans le Moniteur était communiquée administrativement par la préfecture de police. Marius ne pouvait douter. Les renseignements du commis-caissier étaient faux et lui-même s’était trompé. Jean Valjean, grandi brusquement, sortait du nuage. Marius ne put retenir un cri de joie:

– Eh bien alors, ce malheureux est un admirable homme! toute cette fortune était vraiment à lui! c’est Madeleine, la providence de tout un pays! c’est Jean Valjean, le sauveur de Javert! c’est un héros! c’est un saint!

– Ce n’est pas un saint, et ce n’est pas un héros, dit Thénardier. C’est un assassin et un voleur.

Et il ajouta du ton d’un homme qui commence à se sentir quelque autorité: – Calmons-nous.

Voleur, assassin, ces mots que Marius croyait disparus, et qui revenaient, tombèrent sur lui comme une douche de glace.

– Encore! dit-il.

– Toujours, fit Thénardier. Jean Valjean n’a pas volé Madeleine, mais c’est un voleur. Il n’a pas tué Javert, mais c’est un meurtrier.

– Voulez-vous parler, reprit Marius, de ce misérable vol d’il y a quarante ans, expié, cela résulte de vos journaux mêmes, par toute une vie de repentir, d’abnégation et de vertu?

– Je dis assassinat et vol, monsieur le baron. Et je répète que je parle de faits actuels. Ce que j’ai à vous révéler est absolument inco

– Je pourrais vous interrompre ici, observa Marius, mais continuez.

– Monsieur le baron, je vais vous dire tout, laissant la récompense à votre générosité. Ce secret vaut de l’or massif. Vous me direz: Pourquoi ne t’es-tu pas adressé à Jean Valjean? Par une raison toute simple; je sais qu’il s’est dessaisi, et dessaisi en votre faveur, et je trouve la combinaison ingénieuse; mais il n’a plus le sou, il me montrerait ses mains vides, et, puisque j’ai besoin de quelque argent pour mon voyage à la Joya, je vous préfère, vous qui avez tout, à lui qui n’a rien. Je suis un peu fatigué, permettez-moi de prendre une chaise.

Marius s’assit et lui fit signe de s’asseoir.

Thénardier s’installa sur une chaise capito

– Monsieur le baron, le 6 juin 1832, il y a un an environ, le jour de l’émeute, un homme était dans le Grand Égout de Paris, du côté où l’égout vient rejoindre la Seine, entre le pont des Invalides et le pont d’Iéna.

Marius rapprocha brusquement sa chaise de celle de Thénardier. Thénardier remarqua ce mouvement et continua avec la lenteur d’un orateur qui tient son interlocuteur et qui sent la palpitation de son adversaire sous ses paroles:

– Cet homme, forcé de se cacher, pour des raisons du reste étrangères à la politique, avait pris l’égout pour domicile et en avait une clef. C’était, je le répète, le 6 juin; il pouvait être huit heures du soir. L’homme entendit du bruit dans l’égout. Très surpris, il se blottit, et guetta. C’était un bruit de pas, on marchait dans l’ombre, on venait de son côté. Chose étrange, il y avait dans l’égout un autre homme que lui. La grille de sortie de l’égout n’était pas loin. Un peu de lumière qui en venait lui permit de reco

La chaise de Marius se rapprocha encore. Thénardier en profita pour respirer longuement. Il poursuivit:

– Monsieur le baron, un égout n’est pas le Champ de Mars. On y manque de tout, et même de place. Quand deux hommes sont là, il faut qu’ils se rencontrent. C’est ce qui arriva. Le domicilié et le passant furent forcés de se dire bonjour, à regret l’un et l’autre. Le passant dit au domicilié: – Tu vois ce que j’ai sur le dos, il faut que je sorte, tu as la clef, do

Thénardier acheva la phrase en tirant de sa poche et en tenant, à la hauteur de ses yeux, pincé entre ses deux pouces et ses deux index, un lambeau de drap noir déchiqueté, tout couvert de taches sombres.

Marius s’était levé, pâle, respirant à peine, l’œil fixé sur le morceau de drap noir, et, sans prononcer une parole, sans quitter ce haillon du regard, il reculait vers le mur et, de sa main droite étendue derrière lui, cherchait en tâto

Cependant Thénardier continuait:

– Monsieur le baron, j’ai les plus fortes raisons de croire que le jeune homme assassiné était un opulent étranger attiré par Jean Valjean dans un piège et porteur d’une somme énorme.

– Le jeune homme c'était moi, et voici l’habit! cria Marius, et il jeta sur le parquet un vieil habit noir tout sanglant.

[117] Les références sont celles de l'édition reproduite. Dans la présente: II, 2, 1 pour Le Drapeau blanc et V, 5, S pour Le Moniteur , cité indirectement.