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Quand ces pauvres êtres sont des hommes, presque toujours la meule de l’ordre social les rencontre et les broie, mais tant qu’ils sont enfants, ils échappent, étant petits. Le moindre trou les sauve.
Pourtant, si abando
À cette époque, la masure 50-52, habituellement déserte et éternellement décorée de l’écriteau: «Chambres à louer», se trouvait, chose rare, habitée par plusieurs individus qui, du reste, comme cela est toujours à Paris, n’avaient aucun lien ni aucun rapport entre eux. Tous appartenaient à cette classe indigente qui commence à partir du dernier petit bourgeois gêné et qui se prolonge de misère en misère dans les bas-fonds de la société jusqu’à ces deux êtres auxquels toutes les choses matérielles de la civilisation vie
La «principale locataire» du temps de Jean Valjean était morte et avait été remplacée par toute pareille. Je ne sais quel philosophe a dit: On ne manque jamais de vieilles femmes.
Cette nouvelle vieille s’appelait madame Burgon, et n’avait rien de remarquable dans sa vie qu’une dynastie de trois perroquets, lesquels avaient successivement régné sur son âme.
Les plus misérables entre ceux qui habitaient la masure étaient une famille de quatre perso
Cette famille n’offrait au premier abord rien de très particulier que son extrême dénûment. Le père en louant la chambre avait dit s’appeler Jondrette. Quelque temps après son emménagement qui avait singulièrement ressemblé, pour emprunté l’expression mémorable de la principale locataire, à l’entrée de rien du tout , ce Jondrette avait dit à cette femme qui, comme sa devancière, était en même temps portière et balayait l’escalier: – Mère une telle, si quelqu’un venait par hasard demander un polonais ou un italien, ou peut-être un espagnol, ce serait moi.
Cette famille était la famille du joyeux va-nu-pieds. Il y arrivait et il y trouvait la pauvreté, la détresse, et, ce qui est plus triste, aucun sourire; le froid dans l’âtre et le froid dans les cœurs. Quand il entrait, on lui demandait: – D’où viens-tu? Il répondait: – De la rue. Quand il s’en allait, on lui demandait: – Où vas-tu? il répondait: – Dans la rue. Sa mère lui disait: – Qu’est-ce que tu viens faire ici?
Cet enfant vivait dans cette absence d’affection comme ces herbes pâles qui vie
Du reste sa mère aimait ses sœurs.
Nous avons oublié de dire que sur le boulevard du Temple on nommait cet enfant le petit Gavroche. Pourquoi s’appelait-il Gavroche [28] ? Probablement parce que son père s’appelait Jondrette.
Casser le fil semble être l’instinct de certaines familles misérables.
La chambre que les Jondrette habitaient dans la masure Gorbeau était la dernière au bout du corridor. La cellule d’à côté était occupée par un jeune homme très pauvre qu’on nommait Marius.
Disons ce que c’était que monsieur Marius.
[28] Hugo l'avait d'abord appelé Chavroche. Le nom, un moment envisagé, de Grimebodin explique peut-être le passage de Chavroche à Gavroche. Sont à prendre aussi en considération, comme origine possible, le terme de «gavache», francisation de gavacho , mot espagnol méprisant à l'égard des Français (malpropre) dont le féminin gavacha signifie «fille publique». Hugo pouvait avoir entendu tous ces mots lors de ses voyages en Espagne. Il existe aussi un «gavauche», terme de marine désignant, selon Larousse, un état de désordre dans l'arrimage et le gréement. Sur ce nom et sur le perso