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Maintenant ce n’était pas seulement par le testament du colonel, c’était par son amour même, par le péril de celle qu’il aimait, qu’il se sentait retenu.

Cette effroyable situation, qui durait déjà depuis plus d’une heure, changeait d’aspect à chaque instant. Marius eut la force de passer successivement en revue toutes les plus poignantes conjectures, cherchant une espérance et ne la trouvant pas. Le tumulte de ses pensées contrastait avec le silence funèbre du repaire.

Au milieu de ce silence on entendit le bruit de la porte de l’escalier qui s’ouvrait, puis se fermait.

Le priso

– Voici la bourgeoise, dit Thénardier.

Il achevait à peine qu’en effet la Thénardier se précipita dans la chambre, rouge, essoufflée, haletante, les yeux flambants, et cria en frappant de ses grosses mains sur ses deux cuisses à la fois:

– Fausse adresse!

Le bandit qu’elle avait emmené avec elle, parut derrière elle et vint reprendre son merlin.

– Fausse adresse? répéta Thénardier.

Elle reprit:

– Perso

Elle s’arrêta suffoquée, puis continua:

– Monsieur Thénardier! ce vieux t’a fait poser! Tu es trop bon, vois-tu! Moi, je te vous lui aurais coupé la margoulette en quatre pour commencer! et s’il avait fait le méchant, je l’aurais fait cuire tout vivant! Il aurait bien fallu qu’il parle, et qu’il dise où est la fille, et qu’il dise où est le magot! Voilà comment j’aurais mené cela, moi! On a bien raison de dire que les hommes sont plus bêtes que les femmes! Perso

Marius respira. Elle, Ursule, ou l’Alouette, celle qu’il ne savait plus comment nommer, était sauvée.

Pendant que sa femme exaspérée vociférait, Thénardier s’était assis sur la table; il resta quelques instants sans prononcer une parole, balançant sa jambe droite qui pendait, et considérant le réchaud d’un air de rêverie sauvage.

Enfin il dit au priso

– Une fausse adresse? qu’est-ce que tu as donc espéré?

– Gagner du temps! cria le priso

Et au même instant il secoua ses liens; ils étaient coupés. Le priso

Avant que les sept hommes eussent eu le temps de se reco

L’enquête judiciaire, à laquelle le guet-apens de la masure Gorbeau do

N’ayant pu se baisser de peur de se trahir, il n’avait point coupé les liens de sa jambe gauche.

Les bandits étaient revenus de leur première surprise.

– Sois tranquille, dit Bigrenaille à Thénardier. Il tient encore par une jambe, et il ne s’en ira pas. J’en réponds. C’est moi qui lui ai ficelé cette patte-là.

Cependant le priso

– Vous êtes des malheureux, mais ma vie ne vaut pas la peine d’être tant défendue. Quant à vous imaginer que vous me feriez parler, que vous me feriez écrire ce que je ne veux pas écrire, que vous me feriez dire ce que je ne veux pas dire…

Il releva la manche de son bras gauche et ajouta:

– Tenez.

En même temps il tendit son bras et posa sur la chair nue le ciseau ardent qu’il tenait dans sa main droite par le manche de bois.

On entendit le frémissement de la chair brûlée, l’odeur propre aux chambres de torture se répandit dans le taudis. Marius chancela éperdu d’horreur, les brigands eux-mêmes eurent un frisson, le visage de l’étrange vieillard se contracta à peine, et, tandis que le fer rouge s’enfonçait dans la plaie fumante, impassible et presque auguste, il attachait sur Thénardier son beau regard sans haine où la souffrance s’évanouissait dans une majesté sereine.

Chez les grandes et hautes natures les révoltes de la chair et des sens en proie à la douleur physique font sortir l’âme et la font apparaître sur le front, de même que les rébellions de la soldatesque forcent le capitaine à se montrer.

– Misérables, dit-il, n’ayez pas plus peur de moi que je n’ai peur de vous.

Et arrachant le ciseau de la plaie, il le lança par la fenêtre qui était restée ouverte, l’horrible outil embrasé disparut dans la nuit en tournoyant et alla tomber au loin et s’éteindre dans la neige.

Le priso

– Faites de moi ce que vous voudrez.

Il était désarmé.

– Empoignez-le! dit Thénardier.

Deux des brigands lui posèrent la main sur l’épaule, et l’homme masqué à voix de ventriloque se tint en face de lui, prêt à lui faire sauter le crâne d’un coup de clef au moindre mouvement.

En même temps Marius entendit au-dessous de lui, au bas de la cloison, mais tellement près qu’il ne pouvait voir ceux qui parlaient, ce colloque échangé à voix basse:

– Il n’y a plus qu’une chose à faire.

– L’escarper!

– C’est cela.

C’étaient le mari et la femme qui tenaient conseil.

Thénardier marcha à pas lents vers la table, ouvrit le tiroir et y prit le couteau.

Marius tourmentait le pommeau du pistolet. Perplexité inouïe. Depuis une heure il y avait deux voix dans sa conscience, l’une lui disait de respecter le testament de son père, l’autre lui criait de secourir le priso

Marius égaré promenait ses yeux autour de lui, dernière ressource machinale du désespoir.

Tout à coup il tressaillit.

À ses pieds, sur sa table, un vif rayon de pleine lune éclairait et semblait lui montrer une feuille de papier. Sur cette feuille il lut cette ligne écrite en grosses lettres le matin même par l’aînée des filles Thénardier:

– Les cognes sont là.

Une idée, une clarté traversa l’esprit de Marius; c’était le moyen qu’il cherchait, la solution de cet affreux problème qui le torturait, épargner l’assassin et sauver la victime. Il s’agenouilla sur la commode, étendit le bras, saisit la feuille de papier, détacha doucement un morceau de plâtre de la cloison, l’enveloppa dans le papier, et jeta le tout par la crevasse au milieu du bouge.

Il était temps. Thénardier avait vaincu ses dernières craintes ou ses derniers scrupules et se dirigeait vers le priso