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On le voit, à la façon de tous les nouveaux venus dans une religion, sa conversion l’enivrait, il se précipitait dans l’adhésion et il allait trop loin. Sa nature était ainsi: une fois sur une pente, il lui était presque impossible d’enrayer. Le fanatisme pour l’épée le gagnait et compliquait dans son esprit l’enthousiasme pour l’idée. Il ne s’apercevait point qu’avec le génie, et pêle-mêle, il admirait la force, c’est-à-dire qu’il installait dans les deux compartiments de son idolâtrie, d’un côté ce qui est divin, de l’autre ce qui est brutal. À plusieurs égards, il s’était mis à se tromper autrement. Il admettait tout. Il y a une manière de rencontrer l’erreur en allant à la vérité. Il avait une sorte de bo

Quoi qu’il en fût, un pas prodigieux était fait. Où il avait vu autrefois la chute de la monarchie, il voyait maintenant l’avènement de la France. Son orientation était changée. Ce qui avait été le couchant était le levant. Il s’était retourné.

Toutes ces révolutions s’accomplissaient en lui sans que sa famille s’en doutât.

Quand, dans ce mystérieux travail, il eut tout à fait perdu son ancie

Ce qui n’était qu’une conséquence très logique du changement qui s’était opéré en lui, changement dans lequel tout gravitait autour de son père. Seulement, comme il ne co

Par une autre conséquence naturelle, à mesure qu’il se rapprochait de son père, de sa mémoire, et des choses pour lesquelles le colonel avait combattu vingt-cinq ans, il s’éloignait de son grand-père. Nous l’avons dit, dès longtemps l’humeur de M. Gillenormand ne lui agréait point. Il y avait déjà entre eux toutes les dissonances de jeune homme grave à vieillard frivole. La gaîté de Géronte choque et exaspère la mélancolie de Werther. Tant que les mêmes opinions politiques et les mêmes idées leur avaient été communes, Marius s’était rencontré là avec M. Gillenormand comme sur un pont. Quand ce pont tomba, l’abîme se fit. Et puis, par-dessus tout, Marius éprouvait des mouvements de révolte inexprimables en songeant que c’était M. Gillenormand qui, pour des motifs stupides, l’avait arraché sans pitié au colonel, privant ainsi le père de l’enfant et l’enfant du père.

À force de piété pour son père, Marius en était presque venu à l’aversion pour son aïeul.

Rien de cela du reste, nous l’avons dit, ne se trahissait au dehors. Seulement il était froid de plus en plus; laconique aux repas, et rare dans la maison. Quand sa tante l’en grondait, il était très doux et do

Marius faisait de temps en temps quelques absences.

Où va-t-il donc comme cela? demandait la tante.

Dans un de ces voyages, toujours très courts, il était allé à Montfermeil pour obéir à l’indication que son père lui avait laissée, et il avait cherché l’ancien sergent de Waterloo, l’aubergiste Thénardier. Thénardier avait fait faillite, l’auberge était fermée, et l’on ne savait ce qu’il était devenu. Pour ces recherches, Marius fut quatre jours hors de la maison.

– Décidément, dit le grand-père, il se dérange.

On avait cru remarquer qu’il portait sur sa poitrine et sous sa chemise quelque chose qui était attaché à son cou par un ruban noir.

Chapitre VII Quelque cotillon

Nous avons parlé d’un lancier.

C’était un arrière-petit-neveu que M. Gillenormand avait du côté paternel, et qui menait, en dehors de la famille et loin de tous les foyers domestiques, la vie de garnison. Le lieutenant Théodule Gillenormand remplissait toutes les conditions voulues pour être ce qu’on appelle un joli officier. Il avait «une taille de demoiselle», une façon de traîner le sabre victorieuse, et la moustache en croc. Il venait fort rarement à Paris, si rarement que Marius ne l’avait jamais vu. Les deux cousins ne se co

Un matin, Mlle Gillenormand a

Elle était donc en proie au vague appétit de savoir une histoire.

Pour se distraire de cette curiosité qui l’agitait un peu au delà de ses habitudes, elle s’était réfugiée dans ses talents, et elle s’était mise à festo

– Toi ici, Théodule! s’écria-t-elle.

– En passant, ma tante.

– Mais embrasse-moi donc.

– Voilà! dit Théodule.

Et il l’embrassa. La tante Gillenormand alla à son secrétaire, et l’ouvrit.

– Tu nous restes au moins toute la semaine?

– Ma tante, je repars ce soir.

– Pas possible!

– Mathématiquement!

– Reste, mon petit Théodule, je t’en prie.

– Le cœur dit oui, mais la consigne dit non. L’histoire est simple. On nous change de garnison; nous étions à Melun, on nous met à Gaillon. Pour aller de l’ancie

– Et voici pour ta peine.

Elle lui mit dix louis dans la main.

– Vous voulez dire pour mon plaisir, chère tante.

Théodule l’embrassa une seconde fois, et elle eut la joie d’avoir le cou un peu écorché par les soutaches de l’uniforme.

– Est-ce que tu fais le voyage à cheval avec ton régiment? lui demanda-t-elle.

– Non, ma tante. J’ai tenu à vous voir. J’ai une permission spéciale. Mon Grosseur mène mon cheval; je vais par la diligence. Et à ce propos, il faut que je vous demande une chose.

– Quoi?

– Mon cousin Marius Pontmercy voyage donc aussi, lui?

– Comment sais-tu cela? fit la tante, subitement chatouillée au vif de la curiosité.

– En arrivant, je suis allé à la diligence retenir une place dans le coupé.

– Eh bien?

– Un voyageur était déjà venu retenir une place sur l’impériale. J’ai vu sur la feuille son nom.

– Quel nom?

– Marius Pontmercy.

– Le mauvais sujet! s’écria la tante. Ah! ton cousin n’est pas un garçon rangé comme toi. Dire qu’il va passer la nuit en diligence!

– Comme moi.

– Mais toi, c’est par devoir; lui, c’est par désordre.

– Bigre! fit Théodule.

Ici, il arriva un événement à Mlle Gillenormand aînée; elle eut une idée. Si elle eût été homme, elle se fût frappée le front. Elle apostropha Théodule:

– Sais-tu que ton cousin ne te co

– Non. Je l’ai vu, moi; mais il n’a jamais daigné me remarquer.

– Vous allez donc voyager ensemble comme cela?

– Lui sur l’impériale, moi dans le coupé.

[54] V. Hugo prit le titre de baron à la mort de son père, en 1828, puis celui de vicomte après celle d'Eugène en 1837, noblesse reco