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Quelqu’un qui, dans le même temps, aurait lu les mémoires militaires, les biographies, le Moniteur et les bulletins de la grande Armée, aurait pu être frappé d’un nom qui y revient assez souvent, le nom de Georges Pontmercy. Tout jeune, ce Georges Pontmercy était soldat au régiment de Saintonge. La Révolution éclata. Le régiment de Saintonge fit partie de l’armée du Rhin. Car les anciens régiments de la monarchie gardèrent leurs noms de province, même après la chute de la monarchie, et ne furent embrigadés qu’en 1794. Pontmercy se battit à Spire, à Worms, à Neustadt, à Turkheim, à Alzey, à Mayence [39] où il était des deux cents qui formaient l’arrière-garde de Houchard. Il tint, lui douzième, contre le corps du prince de Hesse, derrière le vieux rempart d’Andernach, et ne se replia sur le gros de l’armée que lorsque le canon e

On a déjà vu quelque chose de son histoire. Après Waterloo, Pontmercy, tiré, on s’en souvient, du chemin creux d’Ohain, avait réussi à regagner l’armée, et s’était traîné d’ambulance en ambulance jusqu’aux canto

La Restauration l’avait mis à la demi-solde, puis l’avait envoyé en résidence, c’est-à-dire en surveillance, à Vernon. Le roi Louis XVIII, considérant comme non avenu tout ce qui s’était fait dans les Cent-Jours, ne lui avait reco

Il y avait ainsi à Rome des soldats carthaginois priso

Un matin, il rencontra le procureur du roi dans une rue de Vernon, alla à lui, et lui dit: – Monsieur le procureur du roi, m’est-il permis de porter ma balafre?

Il n’avait rien, que sa très chétive demi-solde de chef d’escadron. Il avait loué à Vernon la plus petite maison qu’il avait pu trouver. Il y vivait seul, on vient de voir comment. Sous l’Empire, entre deux guerres, il avait trouvé le temps d’épouser mademoiselle Gillenormand. Le vieux bourgeois, indigné au fond, avait consenti en soupirant et en disant: Les plus grandes familles y sont forcées . En 1815, madame Pontmercy, femme du reste de tout point admirable, élevée et rare et digne de son mari, était morte, laissant un enfant. Cet enfant eût été la joie du colonel dans sa solitude; mais l’aïeul avait impérieusement réclamé son petit-fils, déclarant que, si on ne le lui do

Il avait du reste renoncé à tout, ne remuant ni ne conspirant. Il partageait sa pensée entre les choses i

M. Gillenormand n’avait aucune relation avec son gendre. Le colonel était pour lui «un bandit», et il était pour le colonel «une ganache». M. Gillenormand ne parlait jamais du colonel, si ce n’est quelquefois pour faire des allusions moqueuses à «sa baro

L’enfant, qui s’appelait Marius, savait qu’il avait un père, mais rien de plus. Perso

Pendant qu’il grandissait ainsi, tous les deux ou trois mois, le colonel s’échappait, venait furtivement à Paris comme un repris de justice qui rompt son ban, et allait se poster à Saint-Sulpice [42] , à l’heure où la tante Gillenormand menait Marius à la messe. Là, tremblant que la tante ne se retournât, caché derrière un pilier, immobile, n’osant respirer, il regardait son enfant. Ce balafré avait peur de cette vieille fille.

De là même était venue sa liaison avec le curé de Vernon, M. l’abbé Mabeuf.

[39] Les carrières de Léopold Hugo et de G. Pontmercy sont donc identiques à leurs début et fin (engagement avant 1789, armée du Rhin, campagne d'Allemagne, mise en demi-solde). Mais Pontmercy concentre tous les hauts faits des armées impériales: voir plus loin Eylau, Waterloo où Léopold n'était pas.

[40] Louis avait fait aux Hugo le récit de ce combat reproduit dans le Victor Hugo raconté … (ouv. cit., p. 155-165) et repris dans le célèbre Cimetière d'Eylau de La Légende des siècles (Nouvelle série, XXI, 4 – volume Poésie III).

[41] Louis XVIII ne reco

[42] Dans la même église, et aussi «furtivement», Victor venait contempler Adèle Foucher que le veto de Sophie lui interdisait de voir et d'épouser en 1820. Leur mariage, qui eut lieu précisément à Saint-Sulpice en octobre 1822, fut l'occasion du premier rapprochement entre Hugo et son père. De même, le voyage à Vernon (chap. 7) emprunte à celui que Victor fit à Dreux en juillet 1821 pour voir Adèle et demander sa main à ses parents. Les retrouvailles posthumes de Marius et de son père seront donc le résultat d'une transposition complexe de l'expérience vécue.