Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 3 из 18

Mon père me parlait. S'il avait été un autre homme, si lui aussi avait poussé autrement? Il pouvait avoir cette même forme d'esprit et ne pas réussir à me l'imposer s'il n'avait raiso

Mais si je n'avais jamais co

Ou si l'épouvante m'avait saisie, un soir de mon enfance, altérant pour toujours dans leurs claires orbites, mes prunelles étoilées?

Voir le monde avec un regard autre…

Le voir avec les yeux de celui auprès de qui, dès l'enfance, passa la foudre. De grands yeux verts comme l'Arno qui lui a do

Et celui qui dans son enfance souffrit tant du froid, qui dans son enfance ne joua jamais… je l'ai rencontré alors qu'il avait déjà le visage ombré de fines rides, et qu'il n'espérait plus aucun bien pour lui sur la terre. Durant des a

Également loin de la vie et de la mort? J'ai dans la bouche une saveur de terre. Je ne compte plus les soirs; je regarde le bois qui brûle, le reflet des flammes blanchit les plis de ma robe et fait trembler sur la paroi l'ombre d'une branche fleurie où l'on sent déjà le printemps, branche achetée presque furtivement, comme l'homme achète une heure d'ivresse, emportée ici dans mes bras en rougissant; oh! parfum doux, pétales légers que je ne veux pas baiser! J'ai dans la bouche une saveur de terre.

Sur l'autre paroi, je sais que tremble mon profil. C'est ainsi que le vit, peut-être seulement ainsi que se le rappelle, celui qui me dit un jour que cette ombre chinoise resterait pour toujours l'image la plus charmante qu'il eût vue de sa vie.

Chose de grâce sertie, chose reflétée, obscur contour, âme murée. C'est ainsi qu'il m'aimait.

Lui à qui j'avais murmuré: "Joie de mes yeux, ris", quand la première fois je lui plus sous la lumière solitaire.

Fuyant, son rêve, et pourtant, comme ces flammes, il avait vigueur d'élément, semblance d'éternité.

Comme le satin des eaux quand le soleil se couche parmi des nuages jamais pareils.

J'étouffe. Semblables à de noires ondes compactes qui se gonflent et retombent et remontent, les visions de mon esprit m'enviro

Satiété de cette mer en furie, de ces i

Combien d'autres fois tournerai-je ainsi comme en cage entre quatre murs?

Dans le monde et sous le soleil et sous les brumes. Aucune maison n'est mie

Et les arrêts nocturnes sous les toitures de fer, noms divers, nord ou sud, une même fuite de fumées rougeâtres, un même grincement de chaînes!

Les bords des champs-combien d'autres hivers? Humides sous des nuées mouvantes, avec des chênes jaunes sur un fil d'horizon ou sous l'ombre épaisse des vergers d'orangers. La terre est partout noire, de novembre.

J'appuie mes poignets à mes tempes.

Ma raison, es-tu là encore? Oui, tu domines encore toute pulsation et tout bourdo

Ce geste que je fais souvent d'appuyer mes poignets à mes tempes pour m'assurer que je ne suis pas folle, un temps viendrait-il jamais où je l'oublierai? Le jour où la ruine viendrait derrière mon front, je n'aurais plus ces torturants instants de doute. Mais peut-être referais-je encore, sans plus en savoir le sens, ce geste qui, depuis l'enfance, m'appartient, depuis que j'ai vu la folie détruire ma mère.

Au delà, au delà de ma raison, de ma raison opiniâtre, m'attend peut-être mon fantôme. Sur une plage errera peut-être un jour une femme qui rappellera aux autres celle que je fus, et ne saura plus son nom, rêvera et ne se sentira jamais seule, rêvera la petite tête blonde de son enfant sous sa caresse, rêvera de blondes lumières enamourées et de blondes ombres de forêts, et peut-être sourira doucement, et les paumes de ses mains et ses doigts s'agiteront sur sa tête comme des ailes d'or.

S'il est vrai que cette plage m'attend au bout de mon destin, pourrai-je prévoir le moment où j'y serai jetée?

Je suis encore, c'est cela, la fillette qui, tant de fois, restait le soir éveillée dans l'obscurité pour tâcher de surprendre le moment où elle entrerait dans le sommeil…

LA LETTRE

Parmi tant de routes que j'ai parcourues, ouvertes à mon courage, il en est une que je n'ai pas cherchée, qui m'est apparue à l'improviste, une route entre toutes tracée pour que j'apprisse ce que veut dire cheminer. Cheminer, aller de l'avant, après avoir laissé tout derrière soi, tout ce qu'il y a de plus amer, mais aussi tout ce qu'il y a de plus cher-et perso

O mon enfant, mais de ce sombre rêve, tu étais pourtant sorti, vivante réalité de chair, mon enfant, passion profonde de mon sang…

Pourquoi t'ont-ils arraché de moi?

Tu étais à moi, tu étais avec mon âme la seule chose vivante de ma sombre jeunesse; je t'avais fait grandir comme je grandissais moi-même, non pour ce jour-là, mais pour d'autres qui devaient venir… Mon enfant, et j'ai pu sauver mon âme de ce cauchemar, et toi, je n'ai pas pu te sauver! Ils ne t'ont pas rendu à moi, bien que je te réclamasse en hurlant… Ils n'ont pas voulu, tu es resté loin de moi, loin de moi. Resté pour toujours le petit qui avait déjà presque sept ans. J'ai essayé, ma créature, j'ai essayé de te deviner autre, d'imaginer comment pouvaient être tes yeux quand tu avais huit ans, quand tu avais dix ans et douze ans… Je cherchais à me représenter ta taille, mois par mois, et ton sourire et tes cheveux… Mais ta voix, mon fils, je ne la pouvais savoir! Tu venais dans mon sommeil, rêve d'un rêve. Et rien d'autre, plus jamais.

Une seconde destinée.

Route montante, parcourue tant de fois ce printemps-là, blanche sous le soleil, sans un bruit sous les étoiles, et je cheminais seule, je descendais à la ville, je remontais à la maison près de la pinède, et je me parlais à moi-même pendant toute une bo

Moi seule pour me répondre.

Seule avec quelque chose de ferme et de rude, mais que je ne savais pas, qui restait sans représentation, sans aucun rapport avec l'immensité et la majesté enviro

Printemps lointain et sacré! Je le revis de temps en temps dans mon coeur avec un éto

Quelle était véritablement ma nouvelle destinée? Qu'attendais-je de ma résistance?

Mais je ne me demandais pas cela. Je m'étais soustraite à une existence vile, je m'étais libérée saignante après un combat qui avait duré dix ans en moi. Pour moi, oui. Pour apporter plus tard à mon fils une conscience sauve, oui. Mais déjà il me semblait que j'allais par le monde comme une i

Et ce que maintenant je veux écrire ici s'agite sournoisement, essaie de m'échapper…

Mon âme, sois forte. Il y a des cimes de glaces étincelantes sous le soleil que mes yeux pourront revoir quand tu te seras purifiée.

J'ai dit à cette époque que je n'avais obéi qu'à un ordre intérieur en quittant la maison où j'étais épouse et mère. Comme on va au martyre. Et c'était vrai. J'ai dit que perso