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– C'est vous qui déciderez, lui dis-je. S'il nous fallait attendre encore pour célébrer ce bonheur en même temps que le vôtre…
Il secoua la tête et m'interrompant:
– J'avais formé certains projets… auxquels il me faut renoncer et auxquels je renonce sans dépit. Arrêtons-nous sur ce banc. Je me sens très fatigué, j'ai travaillé beaucoup cette nuit, j'ai beaucoup marché dans la matinée…
– Vous êtes souffrant ou vous avez un grand chagrin, lui dit Émilien en lui saisissant les deux mains! votre mère…
– Bien, très bien, ma bo
– Et Louise?…
– Votre sœur… très bien aussi; mais vous ne la verrez pas ici. Elle est… partie.
– Partie!… où? comment?
– Avec sa vieille parente, madame de Montifault, la Vendée
– Sans résistance?
– Et sans regret! Vous aurez donc le regret, vous, de ne pas l'embrasser aujourd'hui, ni peut-être de sitôt…
– J'irai la chercher! Où qu'elle soit, je la retrouverai, je la ramènerai. Je suis majeur, elle est ma pupille, elle ne dépend que de moi. Je n'entends pas que ma sœur aille vivre parmi les brigands.
– La paix est faite, mon ami, il faut en finir avec toutes ces haines; moi, j'en suis las, et je vous engage à laisser à votre sœur la liberté de ses actions et de ses opinions. Dans quelques mois, elle aura vingt ans; un an encore et elle aura le droit légal de résider où il lui plaira, comme elle a déjà le droit moral de penser ce qui lui plaît, de haïr et de repousser qui bon lui semble. Nous avons souffert et combattu pour la liberté, mon enfant, chacun selon nos forces. Respectons la liberté des consciences et reco
– Vous avez raison, reprit Émilien, et, si ma sœur se rend bien compte de ce qu'elle a fait en quittant ainsi votre maison, je l'abando
– Non! jamais! reprit Costejoux en se levant: elle ne m'aime pas, – et, moi, je ne l'aime plus! Son obstination a lassé ma patience, sa froideur a glacé mon âme! J'en ai souffert, je l'avoue; j'ai passé une nuit affreuse, mais je me suis raiso
– Et votre mère! m'écriai-je.
– Ma mère! Exception aussi! Vous êtes deux, et, après cela, je n'en co
– Permettez-moi de croire ma sœur moins indigne! répondit Émilien avec feu. Je pars, je veux partir à l'instant même. Je vous confie Nanette. Je serai de retour demain; ma sœur ne peut être loin, puisqu'elle est partie hier au soir. Dites-moi quelle route elle a dû suivre.
– C'est inutile! puisque le sacrifice est accompli…
– Non, il ne l'est pas!
– Émilien, laissez-moi guérir. J'aime mieux ne pas la revoir.
– Vous guérirez si elle est réellement ingrate, car, pour vous comme pour moi, pour nous qui sommes des cœurs dévoués, l'ingratitude est impardo
Émilien, malgré ses habitudes de douceur et de patience, était si résolu devant l'appel du devoir, que M. Costejoux dut céder et lui indiquer la route que Louise et madame de Montifault avaient prise pour gagner la Vendée. Il m'embrassa, remonta dans la voiture qui nous avait amenés et partit sans entrer sous le toit de ses pères, sans y jeter même un regard.
Je réussis à rassurer madame Costejoux sur l'état d'esprit de son fils; lui-même réussit à lui faire croire, pendant le souper, qu'il était fatigué, brisé, mais tout à fait calmé, et que, Louise revînt-elle, il la reverrait avec une tranquille indifférence.
Il prit tellement sur lui-même, qu'il réussit à me persuader aussi. Il nous quitta de bo
Madame Costejoux me pria de coucher dans sa chambre. Elle avait besoin de parler de Louise et de se plaindre de la dureté inouïe de la vieille Vendée
– Et pourtant, lui dis-je, Louise aime votre fils, elle me l'avait confié, et, à présent, pour la justifier, je trahis son secret.
– Elle l'aimait, reprit-elle, oui, je l'ai cru aussi; mais elle en rougit à présent, et bientôt, dans ce pays de prêtres où on l'emmène, elle s'en confessera comme d'un crime. Elle fera pénitence pour laver cette honte. Voilà comment son cœur nous remerciera de tant de bienfaits, de tendresses, d'hommages et de soins. Ah! mon pauvre fils! puisse-t-il guérir par le mépris!
Elle s'endormit en gémissant; moi, je ne pus fermer l'œil. Je me demandais si, en effet, le mépris guérit de la passion: je ne savais! Je n'avais pas d'expérience. Je n'avais jamais co