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XXVI

Pendant le déjeuner, elle me fit de plus franches amitiés que je n'en avais encore reçu d'elle, et me dit à plusieurs reprises que, si j'étais au-dessous d'elle par la naissance, j'étais fort au-dessus par l'intelligence et l'instruction. Mais M. Costejoux ne put jamais lui faire reco

Ils insistèrent tellement pour me garder, que je dus passer encore la journée avec eux. Ils étaient si bons et Louise se montrait si aimable, que je n'eus aucun déplaisir en leur compagnie; mais l'habitude d'agir et de m'occuper d'autre chose que de paroles me fit trouver le temps long, et, malgré de tendres adieux à mes hôtes, je fus contente de remonter en voiture pour retourner chez nous.

Comme je disais cela en route, à Dumont:

– Pourquoi, répondit-il, ne dites-vous pas chez moi, puisque vous voilà maîtresse de maison, propriétaire, et aussi dame que qui que ce soit?

– Non, mon ami, lui répondis-je après un moment de réflexion. Je veux rester paysa

Cette idée me resta dans la tête et me do

Les événements de Paris, les émeutes du 1er avril et du 20 mai eurent chez nous le retentissement tardif accoutumé. On arriva jusqu'en juin sans comprendre ce que signifiaient ces luttes si graves. Enfin l'on comprit que c'en était fait du jacobinisme et du pouvoir du peuple parisien. Les paysans s'en réjouirent et perso

Sans être bien ardent comme l'on voit, cela était sincère. Elle ne songeait point à se réjouir des vengeances de la réaction. Pour la distraire de la solitude, madame Costejoux lui offrit de me rendre ma visite; je les y engageai vivement, et, par un beau jour de l'été de 95, elles arrivèrent au moutier.

Louise était mise très simplement et paraissait revenue de ses idées vaines et fausses. Elle admira beaucoup la propreté, l'ordre et le confort que j'avais enfin pu établir au moutier malgré la rigueur des temps. Mon intérieur était loin d'être somptueux, mais j'avais su tirer parti de tout. Avec de vieux meubles brisés et abando

Le moutier était donc rangé et rafraîchi quand Louise y rentra, surprise de le voir plus conservé et plus imposant qu'elle n'en avait gardé souvenance.

Je lui avais préparé la chambre d'Émilien, que j'avais rendue tout à fait gentille et j'avais aussi très soigneusement arrangé la mie

Louise fit beaucoup de réflexions sur tout cela; elle parut s'éveiller au bon sens et voulut m'aider aux soins du ménage pour me faire voir, disait-elle, qu'on avait tort de la traiter comme une poupée à Franqueville. Mais, moi, je vis bien qu'elle n'était pas née pour s'aider elle-même. Elle était maladroite, distraite, et tout de suite fatiguée. Elle ne comprenait pas que j'eusse le temps de faire tant de choses et encore celui de lire et de m'instruire tous les jours un peu plus que la veille.

– Tu es une perso

– Donc, lui disais-je, il vous faut un avocat pour mari, et vous ne tomberez jamais mieux.

Elle fut charmante pour Dumont, avec qui elle dîna sans hésiter, et pour la Mariotte, à qui elle demanda pardon de l'avoir fait beaucoup enrager. Elle était si gentille quand elle voulait, qu'on l'aimait sans se demander si elle était bien capable de vous payer de retour. Elle était de ces perso

La guerre avec la Hollande était finie, la paix était faite. J'avais espéré revoir Émilien tout de suite, et pourtant il ne revenait pas comme il me l'avait fait espérer. Dumont me disait que cela ne pouvait pas se passer ainsi, que l'armée de Sambre-et-Meuse allait être envoyée ailleurs si elle n'était déjà en route pour entrer en campagne. Malgré les retards et les manquements de la poste, qui était en désarroi comme toutes choses, nous avions eu le bonheur de recevoir toutes les lettres d'Émilien, et je ne voulais pas prévoir le cas où elles ne me parviendraient pas. Aussi mon inquiétude fut-elle grande et douloureuse quand je m'en vis privée durant trois mortels mois. Dumont me disait tout ce qu'il pouvait imaginer pour me rassurer, mais je voyais bien qu'il était inquiet aussi. Si nous avions pu savoir où était le régiment d'Émilien, nous serions partis pour aller le voir, ne fût-ce que le temps de l'embrasser au milieu des boulets.

Les jours se succédaient et ce silence me devenait atroce à supporter. Quand on s'éveille tous les matins avec l'idée fixe d'une espérance aussitôt déçue, chaque jour décuple l'impatience. Je m'efforçais en vain de me distraire par le travail. Je sentais que, si je perdais le but de ma vie, je n'aimerais plus ni le travail ni la vie, et je m'en allais rêver sur la tombe que j'avais fait élever au prieur. Je parlais dans mon esprit à cette bo

Un soir que j'étais assise auprès de ce tombeau, la tête appuyée sur la croix de pierre qui avait remplacé la croix de bois des premiers jours, je me trouvai plus faible et plus attendrie que de coutume. J'avais eu jusque-là le courage de me soutenir un peu en me disant qu'Émilien mort, je mourrais de chagrin en peu de temps. J'en avais bien la conviction, mais je me mis à pleurer comme une enfant en songeant à tout ce que j'avais espéré de bonheur à lui do

J'essayai de me tourner vers l'image de ma réunion à celui que j'aimais, dans une vie meilleure, plus douce et plus sûre; mais je n'étais pas une nature mystique. Très soumise à Dieu, et aussi religieuse que mon éducation le comportait, je n'avais pas grand enthousiasme pour les choses inco