Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 59 из 67

XXV

Elle arriva enfin, toute vêtue de deuil et belle comme un ange. Elle commença par tendre la main à M. Costejoux en lui disant:

– Eh bien, vous savez le nouveau malheur qui me frappe?

Il lui baisa la main en lui répondant:

– Nous tâcherons d'autant plus de vous remplacer tous ceux que vous perdez.

Elle le remercia par un sourire triste et charmant et vint à moi, gracieuse, bo

– Ma bo

– Certainement, répondis-je; sans M. Costejoux d'abord, et sans Dumont ensuite, je n'aurais peut-être réussi à rien.

– Et comment va-t-il, ce pauvre homme? est-ce que nous ne le verrons pas?

– Si fait, répondit M. Costejoux, mais voilà le dîner servi et notre amie doit avoir faim.

Il offrit son bras à Louise, et nous passâmes dans la salle à manger qui était à l'étage au-dessous. Le service ne se faisait pas vite, bien qu'il occupât deux domestiques, mais M. Costejoux aimait à rester longtemps à table quand il était dans sa famille; c'était, disait-il, pour tout le temps qu'il mangeait seul, debout, ou en travaillant.

Le repas était servi avec une certaine élégance qui me frappa, car c'était la première fois que je mangeais à une table bourgeoise, et M. Costejoux était assez riche pour qu'il y parût, même dans cette installation improvisée. Sa mère était une savante femme de ménage qui s'occupait de tout avec vigilance et lenteur, et qui tenait avant tout à ce que son fils et sa pupille ne manquassent d'aucun bien-être et même d'aucune recherche. M. Costejoux semblait, lui, ne tenir à rien pour lui-même, mais il prenait un grand plaisir à voir Louise satisfaite de son hospitalité. Sans paraître la regarder, il ne perdait pas de vue ses mouvements et tout aussitôt il devinait ce qu'elle voulait et s'empressait pour qu'elle n'eût pas même la peine de parler. Il était auprès d'elle comme j'étais auprès d'Émilien quand j'avais le bonheur de le prévenir en le servant. Tout ce que je voyais là m'éto

Elle s'aperçut de l'admiration qu'elle m'inspirait, et, se penchant vers moi, elle me passa son bras autour du col avec beaucoup de gentillesse, mettant sa joue contre la mie

– N'est-ce pas qu'elle est changée?

– Elle est embellie, lui répondis-je.

– Eh bien, et toi? dit-elle en me regardant comme si elle ne m'eût pas encore vue: sais-tu que tu n'es pas reco

– Soigner mes mains? repris-je en riant: moi?…

Je m'arrêtai, craignant de mettre un reproche dans ma comparaison, mais elle le devina et me dit avec une grande douceur:

– Oui, toi, tu soignes tout ce qui n'est pas toi, et moi, je suis une perso

– Et qui donc êtes-vous? lui dit M. Costejoux avec une tendre inquiétude. Voyons, confessez-vous un peu, puisque vous voilà dans un jour de mélancolie et d'abandon. Dites du mal de vous, c'est votre procédé pour avoir nos mamours.

– Vous voulez que je me confesse? reprit-elle; je veux bien; je suis si sûre d'une maternelle absolution de ma tante (elle appelait ainsi madame Costejoux)! et, quant à vous, il n'y a pas de papa plus indulgent. Nanon est une gâteuse d'enfants, de premier ordre. J'en sais quelque chose. L'ai-je fait assez enrager avec mes colères et mes caprices! J'étais détestable, Nanon, j'étais odieuse, et toi, patiente comme un ange, tu disais: «Ce n'est pas sa faute, elle a trop souffert, cela passera!» Tu empêchais Émilien de me gronder, et tu voulais persuader à ce pauvre prieur que mes malices devaient l'amuser. Elles ne l'amusaient pas, elles le rendaient plus malade. Je rendais tout le monde malheureux, et, si mes autres souvenirs d'enfance sont des cauchemars, mes souvenirs du moutier sont tous des remords.

– Ne parlez pas comme cela, lui dis-je, vous me faites du chagrin; j'aurais voulu souffrir pour vous davantage; on ne regrette pas sa peine quand on aime.

– Je sais cela; aimer est ta religion. Pourquoi n'est-ce pas la mie

Pendant qu'elle disait ces choses tristes avec un sourire singulier et des yeux qui erraient comme si elle ne s'adressait à perso

Il ne voulait point croire à cela, lui; il prit la chose gaiement.

– Ainsi, lui dit-il, vous êtes triste parce que vous êtes aimée et que vous n'aimez pas? Voilà un grand malheur, en effet, mais difficile à comprendre, car, si vous n'aimiez pas du tout, vous n'auriez aucun regret de faire de la peine aux autres.

Elle le regarda attentivement, et pourtant, comme si elle ne l'eût pas entendu, elle se retourna vers moi.

– Tu es aimante à l'excès, toi, me dit-elle. Tu as le malheur contraire au mien. Certainement mon frère doit être reco

M. Costejoux était impétueux, il ne put supporter cette sortie, qui me rendit pâle et confuse; il oublia la promesse qu'il m'avait faite et répondit vivement à ma place:

– Son avenir sera d'être adorée de son mari: tout le monde n'est pas privé de cœur ni de raison.

Louise devint rouge de dépit.

– Il est possible, dit-elle, que mon frère ait conçu le généreux dessein d'épouser celle qui lui a sauvé la vie: mais le voilà marquis, monsieur Costejoux, il devient l'aîné de la famille…

– Par conséquent, le maître de disposer de son avenir, mademoiselle de Franqueville! et, s'il n'épousait pas sa meilleure amie, il serait le plus lâche des gentilshommes.

M. Costejoux était en colère, Louise n'osa répliquer. Madame Costejoux s'efforça de renouer la conversation, mais tout le monde était blessé, elle échoua.

Le dîner était fini, elle me prit le bras et m'emmena dans sa chambre qui était disposée pour servir de salon. Elle me montra avec une certaine complaisance comme tout était bien arrangé, la chambre de Louise à côté de la sie

– Nous sommes à l'étroit, me dit-elle, mais ne craignez rien, nous vous logerons pour le mieux. On mettra un lit dans ma chambre et vous dormirez près de moi. J'ai le sommeil tranquille; mais, si vous voulez causer, nous causerons; je m'arrange de tout. Rien ne me gêne ni ne me contrarie pourvu que mon cher fils soit content. Je l'ai laissé exprès un peu seul avec Louise. Quand ils sont ensemble, il plaide mieux et elle se laisse charmer, il parle si bien!

– Je le sais, répondis-je. Tout ce qu'il dit, tout ce qu'il pense est beau et bien! Mais croyez-vous vraiment travailler à son bonheur?…

– Ah! je sais bien! je sais bien! reprit-elle avec plus de vivacité que ne le lui permettait d'habitude son parler lent et mesuré. Elle a bien des préjugés, de gros préjugés, et avec cela certains petits défauts. Mais on change tant quand on aime! N'est-ce pas votre avis?