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XXIV
Je ne sus ces choses que beaucoup plus tard, car cette alerte si heureusement déjouée amena de graves résultats d'un autre genre.
Malgré tout ce que nous avions fait pour rassurer le prieur, il avait eu une peur affreuse, et, le lendemain, il fut pris d'une grosse fièvre avec le délire. Je dus le garder durant trois nuits, bien que je me sentisse très malade moi-même sans savoir de quoi et pourquoi, car je n'avais pas eu d'autre peur que celle d'être surprise aux écoutes dans le bois et celle de ne pas arriver chez nous à temps pour déjouer les projets des brigands. J'avais eu à songer à tant de choses ensuite, que je me souvenais à peine d'avoir été effrayée et surmenée de fatigue. Je m'étais mise en quatre et en dix, après la fuite des bandits, pour do
– Eh mon Dieu, lui dis-je, ne sachant plus quelles raisons lui faire entendre, quand même ils seraient chez nous et voudraient nous dépouiller, nous ne serions pas torturés pour cela. Il serait bien facile de leur abando
– Ma bourse! s'écria-t-il en s'agitant sur son lit, jamais! jamais! Mon avoir, mon bien! J'y tiens plus qu'à ma vie. Non! Jamais! Je mourrai dans les supplices plutôt que de rien révéler. Qu'on apprête le bûcher, me voilà! brûlez-moi, coupez-moi par morceaux, faites, misérables, je suis prêt, je ne dirai rien!
Il ne se calma que dans la matinée, et, le soir, il recommença son rêve, ses cris, ses terreurs, ses protestations. Le médecin le trouva bien mal, et, la nuit suivante, ce fut encore pire. Je m'épuisais à le tranquilliser, il ne m'écoutait pas et ne me co
– Je ne suis pas du tout malade, lui répondis-je; ne vous occupez que de ce pauvre homme qui souffre tant!
Et, comme je disais cela, il paraît que je tombai tout à coup comme morte et qu'on m'emporta dans ma chambre. Je ne m'aperçus de rien, j'étais tout à fait sans force, sans co
J'eus de la peine à rassembler mes souvenirs. J'avais rêvé dans la fièvre que le prieur était mort. Je l'avais vu enterrer; – et puis c'était Émilien, et puis moi-même. Enfin je réussis à questio
– Vous êtes sauvée, me dit-il.
– Et les autres?
– Tous les autres vont bien.
– Émilien?
– Bo
– Le prieur?
– Mieux, mieux! beaucoup mieux!
– Mariotte?
– Elle est là.
– Ah oui! mais qui donc soigne…?
– Le prieur? Il est bien. J'y retourne. Dormez, ne vous inquiétez de rien.
Je me rendormis et j'entrai tout de suite en convalescence. La maladie n'avait pas duré assez longtemps pour m'affaiblir beaucoup. Je fus bientôt en état de me tenir sur un fauteuil et j'aurais voulu aller voir le prieur, mais on m'en empêcha.
– Puisqu'il va si bien, dis-je à Dumont, pourquoi ne vient-il pas me voir?
– Le médecin a défendu qu'on vous fît parler, ayez patience deux ou trois jours encore. Vous devez cela à vos amis qui ont été si inquiets de vous.
Je me soumis; mais, le lendemain, sentant que je pouvais faire le tour de la chambre sans fatigue, je m'approchai de ma fenêtre et je regardai celle du prieur; elle était fermée, ce qui était tout à fait contraire aux habitudes d'un asthmatique qui permettait à peine qu'elle fût fermée la nuit par les grands froids.
– Dumont, m'écriai-je, vous me trompez!… Le prieur…
– Voilà que vous vous tourmentez, répondit-il, et que vous risquez de retomber malade! Ce n'est pas bien, vous avez promis de patienter.
Je me rassis et je cachai mon angoisse; Dumont, pour me faire croire qu'il allait chez le prieur, me laissa avec la Mariotte que je ne voulus pas questio
Voilà donc tout ce qui restait de ce cher malade que j'avais tant disputé à la mort! Pendant que je luttais moi-même contre elle, elle s'était emparée de lui. Je ne l'avais pas su…, à moins que mon rêve de fièvre n'eût été une vision de ce qui se passait réellement à ce moment-là.
Je retournai chez moi brisée et j'eus encore un accès de fièvre, mais sans gravité. Les larmes vinrent et me soulagèrent physiquement; mais mon cœur était brisé de n'avoir pu recueillir le dernier adieu et la bénédiction suprême de mon pauvre cher ami.
Quand je fus tout à fait remise, on se décida à m'apprendre les détails de sa mort. Il avait succombé à son mal après un mieux apparent et avec un grand calme.
Ce malheur nous était arrivé au moment où j'étais au plus mal. Il m'avait beaucoup demandée, on lui avait caché mon état, mais il avait bien fallu lui dire que j'étais indisposée; alors il avait appelé Dumont et s'était entretenu avec lui de ses dernières volontés.
– À présent, ajouta Dumont, si vous vous sentez bien et de force à supporter une nouvelle émotion qui ne fera, je le sais, qu'ajouter à vos regrets, écoutez-moi. M. le prieur, à qui vous supposiez de très petites ressources et que vous entreteniez de tout par votre travail sans lui permettre de rien dépenser, sachant combien il tenait à son argent, était riche d'une somme de vingt-cinq mille francs que je lui avais rapportée de Guéret, son pays, où il m'envoya, il y a quatre ans, pour toucher son héritage. Je lui avais promis le secret, je le lui ai gardé; je co
«- Ces enfants m'ont sauvé, m'a dit le prieur. Ils m'ont tiré d'un cachot où j'ai laissé ma santé, mais où, sans eux, j'aurais laissé ma vie. Voilà maintenant que la vie aussi me quitte, ne laissez pas les prêtres venir me tourmenter. J'en sais aussi long qu'eux. Je me confesse à Dieu directement, à Dieu auquel je crois, tandis que, pour la plupart, ils en doutent. J'espère mourir en paix avec lui, et, si j'ai fait des fautes en ma vie, je les répare par une bo
«J'objectai au prieur, continua Dumont, qu'il avait une famille qu'il n'avait peut-être pas le droit de frustrer de cet héritage. Il me répondit qu'il était en règle: que ses frères et sœurs, ayant joui de ses revenus pendant les quarante a