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Je m'étais détachée de mes compagnons, en chemin, pour aller acheter dans un village un peu d'huile, de sel et de pain, quelques ustensiles de ménage et menue vaisselle. Nous ne nous tourmentions guère du repas du soir, mais il devait être exquis. Les châtaigneraies étaient remplies de ceps énormes, et sous les buissons les chanterelles d'un jaune d'ambre sortaient propres et fraîches de la mousse. Dans notre pays, on co
Nous pénétrâmes, après une longue marche, dans la partie que nous devions habiter. Nous passâmes un ruisseau qui chantait en sautillant à travers ces énormes cailloux de granit ronds comme des pains et gros comme des maisons. Il n'y avait ni pont ni passerelle, on sautait d'un bloc à l'autre. Nous montâmes une petite falaise de rochers et nous nous trouvâmes dans un beau jardin naturel de gazon, de fleurs et d'arbustes. C'était la partie où l'on avait, de tout temps, exploité le granit pour les pays qui n'ont pas de bo
– Elle n'est pas belle, nous dit-il en s'enfonçant sous les arbres qui ombrageaient une forte pente, mais elle est solide, assez grande, et bien cachée. Nous l'arrangerons. Tout le terrain enviro
Cette baraque n'était, en effet, qu'un campement de carriers; mais elle eût pu braver un siège quant aux murailles, formées de blocs entaillés de manière à présenter des parois à peu près lisses à l'intérieur. La toiture était faite d'un long bloc effrayant à voir, mais si bien posé en équilibre, qu'il ne pouvait tomber; et, comme il était trop près du sol pour qu'on pût se tenir debout dans l'habitation qu'il couvrait, on avait creusé plus bas dans l'épaisseur du sable. C'était donc très propre et assez sain, pour peu qu'on entretînt les rigoles pour empêcher l'eau pluviale de s'y engouffrer.
– Mais vois donc! me dit Émilien qui examinait cette construction massive avec éto
Il ne se trompait pas. Malgré les entaillures faites récemment et les parties de maço
Il était très facile, avec une claie de branches et de la fougère tressée, de me faire une chambre à côté de la grande, et tout de suite Émilien voulut se mettre à l'œuvre, pendant qu'avec de la terre du ruisseau et des mousses très épaisses qui tapissaient son lit à une profondeur de deux ou trois pieds, Dumont calfeutrait les parois disjointes de la bâtisse. Moi, je m'occupai du mobilier. Il était facile à inventorier, un vieux trépied de fer pour la cuisine en plein vent, une grande cruche, une grande écuelle, une douzaine de planches mal équarries, plus quelques souches taillées sur une face et servant d'escabeaux. De lits et de literie, il ne fallait point parler: ni table, ni armoires, point de cheminée. Je n'eus d'autre ouvrage à faire que des projets pour tirer parti de ce dénûment, tout en préparant la souper. On passa la première nuit à la belle étoile comme tant d'autres. Mais le pays était froid, et nous touchions à la fin de l'été. Dès le lendemain, on se mit à l'œuvre. Avant tout, on s'assura que la porte était solide, car il ne manquait pas de pistes de loup sur le sable aux environs. On répara le battant de la fenêtre, qui ne tenait plus. On fit une séparation pour que j'eusse ma chambre bien à moi, et on laissa une grosse fente entre deux roches pour que j'eusse aussi ma fenêtre que je bouchais le soir avec une botte d'herbes et de mousses. Nous avions apporté de Châteauroux, dans le chargement de l'âne, les outils nécessaires pour travailler le bois. Avec les planches, on fit trois caisses que l'on remplit de cette bo
On s'occupa aussi d'une hutte bien solide pour l'âne. Il avait remplacé Rosette dans mes affections; car, au milieu du drame de ma vie, j'étais restée bien enfant, ou plutôt je le redevenais au premier jour de répit. C'était un bon âne, très intelligent, très fort et même ardent au travail malgré sa petite taille et son air tranquille. Il était dressé comme un chien et je ne pouvais faire un pas qu'il ne fût à mes côtés, toujours prêt à jouer ou à accepter le service. Il nous fut bien utile pour porter le bois et la terre de nos constructions, car ce qu'il y avait de moins facile à nous procurer, c'était la terre grasse, et nous étions forcés de sortir des sables et des cailloux pour l'aller chercher assez loin dans les fossés.
Malgré toutes nos prévisions et nos provisions, il nous manquait encore bien des choses, mais nous avions l'essentiel pour le moment, et nous eûmes la chance de faire notre installation, qui dura huit jours, sans apercevoir une figure humaine.
Pareille chose serait bien impossible aujourd'hui, quoique ce pays soit encore très sauvage d'apparence, peu bâti, et médiocrement peuplé; mais on a fait des chemins, on a défriché une grande partie des terres incultes, on a brisé beaucoup de rochers et il s'est créé d'assez bo