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XI

Quant à Émilien, il n'avait jamais quitté le costume de campagne depuis qu'il avait dépouillé l'habit religieux.

Je faisais durer les nippes autant que possible. Je veillais avec la Mariotte pour rapiécer avec ce que nous avions. Bien souvent M. le prieur a eu des coudes gros bleu sur une veste grise, et, comme Émilien et Pierre grandissaient encore, on leur mettait des rallonges de toute sorte. Notre cuisine serait devenue bien maigre sans le gibier qui n'appartenait plus à perso

On avait été tant poussé et menacé par les gens des environs qui vivaient plus près des villes et qui en recevaient l'influence, qu'on nous avait forcés de remplacer à la municipalité, nos vieux amis par des jeunes gens plus hardis, mais moins ho

Un moment vint pourtant où Émilien eut comme une vision soudaine de la vérité. Il venait de recevoir de Paris une lettre de M. Costejoux qui lui a

– Écoute, me dit Émilien, je ne sais plus que penser de Costejoux. Je le croyais girondin et je pense encore qu'il l'a été; mais il ne l'est plus, puisqu'il accepte des fonctions où il faut déployer beaucoup de rigueur. Il me dit qu'il n'aura pas le temps de venir au moutier et qu'il a besoin de me parler à la ville. J'irai certainement, mais auparavant, je ne veux pas te tromper, Nanette; je veux te dire ma résolution. On ne m'a pas pris pour la réquisition, mais je peux m'engager et je le veux; c'est un devoir bien clair, à présent que la moitié, sinon les deux tiers de la France sont en révolte contre le gouvernement révolutio

Tout ce qu'Émilien m'avait dit m'avait consternée et je pleurais comme une enfant; mais, à mesure qu'il se montait la tête, je me la montais aussi, et, quand il eut fini, je ne trouvai rien à lui répondre.

– Tu me désapprouves? reprit-il, à quoi songes-tu?

– Je songe à Louise, lui répondis-je. Je voudrais la suivre partout pour vous tranquilliser; mais, si je quitte M. le prieur, qui le soignera?

Il m'embrassa de toute sa force.

– Tu penses à ceux qui restent, s'écria-t-il; donc, tu me vois partir sans te désespérer! Tu comprends mon devoir: tu es un brave cœur! À présent, oui, songeons à Louise et à notre vieux ami. Il faut tâcher que tous deux restent ensemble, soit au prieuré, soit dans la famille de Costejoux, qui, étant attaché au gouvernement, doit être tout-puissant désormais dans sa province. C'est de cela que je veux lui parler, et j'irai le plus tôt possible.

Le lendemain, il fit son petit paquet, qu'il mit au bout d'un bâton sur son épaule, et s'en alla à pied à Limoges, nous promettant de revenir nous faire ses adieux avant de partir pour l'armée. J'étais bien triste, mais j'avais du courage. Je ne prévoyais pas pour lui un danger immédiat.

Je le suivrai dans son voyage, car ce qui lui arriva est plus intéressant que le chagrin contre lequel je me débattais en attendant son retour. Dumont avait voulu l'accompagner, c'est par lui que j'ai su une partie des détails. Ce brave homme avait placé toutes ses économies chez M. Costejoux, dont le frère était banquier. Il voulait, sans en rien dire d'avance à Émilien, faire un testament en sa faveur. Cette idée lui était venue après un accident qui lui arriva dans l'ivresse et auquel par miracle il avait échappé. Mais il se disait que cela pourrait être plus sérieux une autre fois, et il comptait se mettre en règle. Il avait dit à la Mariotte:

– Je n'ai pas d'enfants et je n'ai jamais aimé dans la famille de Franqueville que le pauvre Émilien. J'ai amassé deux cents livres de rente; mon vice qui m'est venu sur mes vieux jours, m'empêche d'augmenter le capital, car j'en bois le revenu. Mais le fonds, je n'y veux jamais toucher, et il faut que M. Costejoux trouve un moyen de m'en empêcher.

À peine arrivés à Limoges, ils coururent chez M. Costejoux; ils le trouvèrent très agité.

– Citoyens, leur dit-il d'un ton brusque et sans leur faire le bon accueil accoutumé, je désire savoir, avant tout, quels sont vos sentiments politiques dans les terribles circonstances où nous nous trouvons.

– Je ne vous demande pas quels sont à présent les vôtres, répondit Émilien; mais, comme je venais pour vous dire les miens, je vais le faire sans savoir si vous les approuverez. Je veux être soldat et ne pas servir d'autre cause que celle du salut de mon pays et de la révolution, je viens m'engager à vous demander votre protection pour ma sœur.

– Protection! qui peut promettre protection, et que parlez-vous de vous engager, quand la levée en masse est décrétée? nous en sommes tous.

– Je l'ignorais; eh bien, je m'applaudis d'être prêt à marcher.

– Mais vos parents?…

– Je ne sais plus rien d'eux, et j'ai refusé tout secours qu'ils eussent voulu me do

– Pour les rejoindre?

– Je ne dis pas, je n'ai pas dit cela.

– Vous le niez?

– Je vous prie de ne pas m'interroger davantage. Il vous suffit de co

– Malheureux enfant! s'écria M. Costejoux, vous me trompez! Vous vous jouez des plus nobles sentiments et vous abusez de ma folle confiance! Vous voulez déserter et passer à l'e

Et il lui mit sous les yeux une lettre signée marquis de Franqueville, qui était adressée à. M. Prémel et qui portait ceci en substance: